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Tatiana Valovaya, femme de valeurs et gardienne de la paix

27 Jan 2022
m3 GROUPE, m3 MAGAZINE

Directrice générale de l’Office des Nations Unies à Genève, Tatiana Valovaya surprend par sa simplicité, son franc parler, mais aussi son inlassable passion de la paix et des valeurs véhiculées par le multilatéralisme. Et puis au fait, le saviez-vous ? : la diplomate russe a profité du premier confinement, au printemps dernier, pour photographier le Palais des Nations sous un angle inédit. L’occasion de nous parler de sa passion pour la photographie, sans oublier son amour pour Genève qu’elle affectionne, et qu’elle a redécouverte… Grâce à la pandémie !

© UN Photo / Jean Marc Ferre 
 

Madame la Directrice générale, aimez-vous Genève ? Quels sont vos lieux, monuments, quartiers préférés à Genève ?

J’aime beaucoup Genève. Je commence à bien la connaître, maintenant que j’y ai passé deux ans. D’autant plus que pendant le confinement, on ne voyage pas beaucoup ! J’ai donc surtout passé du temps dans les environs. Mon quartier préféré est celui où je vis : les Pâquis, près des quais. Lors de mon premier séjour à Genève, je logeais dans un petit appartement de ce même quartier. J’aimais beaucoup l’endroit, et j’ai voulu y rester quand j’ai cherché mon logement actuel. C’est très beau, très animé, très proche de tout… J’adore me balader sur les quais, le soir… J’y rencontre beaucoup de gens que je connais, ce qui me donne de belles occasions de discuter, d’échanger nos points de vue. Ce quartier est aussi très proche de celui des Nations Unies car il se prolonge vers le Parc de l’Ariana avoisinant. En termes de monuments, j’aime beaucoup l’Église russe de Genève. C’est un magnifique monument genevois. Elle a été construite il y a plus de 150 ans. Elle est non seulement particulière du point de vue architectural, mais aussi parce qu’elle a été l’un des premiers monuments érigés dans ce secteur de la ville. Son orientation a donc déterminé le plan du quartier qui s’est ensuite construit autour d’elle. Le square adjacent a été nommé d’après un citoyen genevois, François Le Fort, né à Genève au XVIIe siècle. Mais, les russes, considèrent ce M. Le Fort comme russe, car il a passé la majeure partie de sa vie en Russie. Quand François Le Fort s’est rendu en Russie, il s’y est fait des amis et est devenu amiral et conseiller de notre tsar Pierre le Grand. Pour moi, le lien que ce personnage crée entre Genève, la Suisse et mon pays natal est très important ! Ce que les Genevois ignorent par exemple, c’est qu’à Moscou, on appelle cette église « Lefortova », d’après François Le Fort !

« La Genève internationale est une vraie réussite et le berceau de grandes initiatives »

Vous avez profité du premier confinement, au printemps dernier, pour photographier sous un jour différent le Palais des Nations… Et si vous deviez photographier Genève ? Que prendriez-vous en photo ?

Je photographie déjà beaucoup Genève ! Je photographie bien sûr les lieux historiques dans la vieille ville et la cathédrale, mais je suis surtout attirée par le lac. Il change tous les jours : la lumière, le soleil, les couleurs de l’eau, les gens, l’atmosphère y sont toujours différents. C’est l’élément essentiel, le cœur de Genève qui se concentre autour du lac.

© UN Photo / Antoine Tardy
Que représente la Genève internationale pour vous ?

La Genève internationale est une vraie réussite et le berceau de grandes initiatives. Par exemple, on ne pourrait plus imaginer notre monde sans l’engagement de la Croix-Rouge, car le monde entier connaît et reçoit l’aide, un jour ou l’autre, de la Croix-Rouge ! C’est elle qui a véritablement fondé la Genève internationale. Ensuite, Genève est aussi devenue le siège de la Société des Nations. C’était en 1919. Cette société a été la première organisation multilatérale. Et il me semble très important de relever que le multilatéralisme moderne est né à Genève.

En outre, ce qui compte n’est pas tant la création de ces organisations, mais le fait que celles-ci aient été créées avec l’intention d’avoir un impact durable. Après quatre années de guerre, les pays ont décidé de construire le Palais des Nations parce qu’ils avaient de l’espoir en l’avenir et dans le devenir des organisations internationales multilatérales. C’est une leçon importante pour nous, car dans les conflits, comme dans la pandémie, il est important de réfléchir, d’avoir une vision, de renforcer les organisations multilatérales. Les Nations Unies ont choisi Genève comme siège en Europe. Genève accueille maintenant une famille internationale unique, de nombreuses institutions de l’ONU, comme l’Organisation internationale du Travail, l’Organisation mondiale de la santé et beaucoup d’autres. Toutes ces organisations travaillent main dans la main, car nous opérons en réseau.

« Nous devons renforcer le système multilatéral »

Pandémies, crises climatiques, guerres, crises politiques, inégalités sociales… Alors que le protectionnisme se développe un peu partout dans le monde, comment convaincre les dirigeants que le multilatéralisme est essentiel pour résoudre les grands problèmes de notre temps ?

Les principaux conflits mondiaux du passé ont appris aux pays du monde entier qu’il leur fallait renforcer leur système multilatéral. Nous subissons maintenant un des plus hauts degrés de tensions géopolitiques depuis la fin de la Deuxième Guerre. Pour faire comme et mieux que nos prédécesseurs, nous devons renforcer le système multilatéral. Tous nos défis actuels sont mondiaux : le changement climatique, la pandémie… Or un bouleversement mondial implique une solution mondiale. Et pour définir une solution mondiale, nous avons vraiment besoin d’un système multilatéral, où tout le monde s’exprime et peut participer à la prise de décision. C’est la condition sine qua non pour pouvoir parvenir à une solution acceptable et bénéfique pour tous. Nous devons également tenir compte de ce que veulent nos concitoyens. Ainsi, l’an dernier, quand nous avons célébré le 75e   anniversaire de l’Organisation des Nations Unies, nous avons mené un « Dialogue mondial », une discussion avec les citoyens du monde entier sur le thème : « L’avenir que nous voulons, l’ONU dont nous avons besoin ». Dans ce cadre, un sondage a notamment été mené, auquel des représentants des Nations Unies et des citoyens de tous les États membres ont répondu. Des manifestations spéciales ont été organisées. Beaucoup de ces manifestations ont impliqué de jeunes participants et nous avons mené plusieurs tables rondes, ici à Genève, en personne et, pendant la pandémie, en virtuel. Les débats ont porté sur l’avenir du multilatéralisme. Ce fut un franc succès. Les participants étaient du monde entier, dont des jeunes de plus de 100 pays différents. Ces discussions ont abouti à un résultat très clair. Une très large majorité de la population, près de 90 %, souhaite davantage de multilatéralisme, davantage de coopération multilatérale. Monsieur et Madame Tout le monde s’est rendu compte que seuls, les gouvernements ne pourraient venir à bout du changement climatique et des autres bouleversements mondiaux. Nous devons donc vraiment travailler ensemble.

« J’aime photographier Genève : je suis surtout attirée par le lac. Il change tous les jours : la lumière, le soleil, les couleurs de l’eau, les gens, l’atmosphère y sont toujours différents. C’est l’élément essentiel, le cœur de Genève »

À l’heure de l’information de masse et des réseaux sociaux, quelles sont les qualités requises pour développer une action diplomatique efficace ?

À chaque fois que nous sommes confrontés à l’arrivée d’un nouveau moyen de communication, nous devons relever un nouveau défi. Aujourd’hui il y a les médias sociaux. Par le passé, la naissance des livres imprimés a été comparable : les gens ont commencé à lire, et tout cela a créé la tentation d’interdire certaines choses. À l’apparition de l’imprimerie, des autorités ont interdit certains livres, en créant même un index répertoriant ceux qu’elles censuraient. Alors comment faire face à la nouveauté, à l’inconnu ? À l’heure des médias sociaux, d’Internet, ce qui importe, c’est justement de mettre à disposition des informations honnêtes et transparentes. Il importe de combattre les fausses informations, comme nous le faisons dans le cadre de la pandémie avec l’initiative « Vérifié » du Secrétaire général. Parallèlement, les médias digitaux sont d’excellents instruments pour promouvoir nos valeurs et notre Nous devons renforcer le système multilatéral engagement. Très peu de gens savent à quel point le système des Nations Unies est important et diversifié. Alors nous allons davantage parler de ce que nous faisons, qui est très peu connu. Il est donc essentiel que nous renforcions notre stratégie de communication mondiale. Et en même temps, il est important pour nous de continuer de créer des projets locaux, et de communiquer sur ce que nous faisons ici, à Genève.