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Entretien avec Elisa Langlois,
Curatrice de m3 COLLECTION

21 Mai 2021
m3 GROUPE, m3 MAGAZINE

Ça y est ! Après plusieurs mois de recherches et de travail, m3 GROUPE est fier de présenter m3 COLLECTION, sa nouvelle collection d’art regroupant des œuvres originales d’artistes suisses contemporains. La motivation qui a guidé cette aventure n’est pas seulement la constitution d’une collection d’entreprise, mais également et surtout la volonté pour m3 GROUPE de soutenir les arts et de poursuivre sa vocation de promotion du patrimoine. Elisa Langlois, la curatrice de m3 COLLECTION, a accepté de nous présenter ce nouveau projet que le public pourra également découvrir au mois de juin à artgenève.

ELISA LANGLOIS, POUVEZ-VOUS NOUS PRÉSENTER VOTRE PARCOURS ?
Mon parcours dans l’art a commencé par des études d’histoire des arts, à l’École du Louvre, à Paris. On y étudie l’archéologie et l’histoire de l’art, la muséologie. Après, je suis arrivée en Suisse où j’ai commencé à travailler comme assistante pour Jan Runnqvist qui était directeur de la galerie Bonnier. La galerie n’était plus en activité, j’étais en charge de mettre de l’ordre dans les archives et les inventaires. Parallèlement à ça, j’ai eu l’occasion de débuter en tant que curatrice indépendante. J’ai fait une brève incursion chez Christie’s.

COMMENT ÊTES-VOUS ARRIVÉE CHEZ m3 ?
La fondation Sesam (créée par Abdallah Chatila) cherchait à soutenir la jeune création à Genève. Pour cela, elle a réuni une commission de professionnels du monde de l’art. Cette commission – Mai Thu Perret, Veronique Bacchetta, Marc Blondeau et Philippe Davet – voulait créer un mini Centre d’art et donner les rênes à un jeune curateur pour développer le projet. Mai Thu Perret, que j’aidais dans son archivage numérique, m’a proposé de présenter un projet dans ce sens.

J’ai pu développer cette opportunité avec Céline de Wurstemberger, secrétaire générale de Sesam : nous avons alors lancé cet espace que j’ai appelé « Quark », en référence à la plus petite particule de la matière. Cela me permettait d’évoquer à la fois le minimalisme, l’abstraction, mais aussi quelque chose de très matériel et figuratif.
Au mois de mars 2014, nous nous sommes installés dans le quartier des Bains, pour profiter du flux des visiteurs férus d’art contemporain. Quark se trouvait du coup dans le centre névralgique de l’art à Genève.
La première année, la Fondation Sesam a financé tous les projets Quark. Ensuite, en 2015, nous sommes devenus une association autonome. Des membres nous ont aidés dans nos projets (historiens de l’art, curateurs, etc.). La Fondation Sesam est restée dès lors partenaire de notre association tout comme d’autres fondations privées ou semi-étatiques. Nous sommes devenus un offspace classique qui a eu la chance de démarrer de manière très confortable, et nous avons pu présenter beaucoup de jeunes artistes suisses et internationaux.

VOUS AVEZ LANCÉ m3 COLLECTION ? QUELLE EST SA VOCATION ?
Le président du groupe m3, Abdallah Chatila, était à la recherche d’œuvres pour les nouveaux locaux qu’il mettait en place et les différents établissements qu’il ouvrait, pour soutenir et relayer la force de la jeune création en Suisse. Il voulait que je constitue une collection d’entreprise. L’idée de m3 COLLECTION est de valoriser des œuvres, mais également de constituer un patrimoine collectif. C’est un projet qui a un dessein sociétal puisqu’il s’intègre dans la Cité et dans la vie des gens (l’habitat, les hôtels, les restaurants, etc.). La collection d’entreprise vient compléter ce projet.
Comprendre la société par le regard des artistes. « Que disent les artistes ici ? » serait la question. Les artistes montrent le reflet d’une posture globale actuelle.
J’imagine que l’on peut prendre le pouls d’une génération, d’une société, par l’art qu’elle produit. Cet aspect de la société n’était pas encore représenté dans m3 GROUPE avant la création de cette collection d’entreprise. Ce projet est venu enrichir un champ de considérations. Je pense qu’une collection, c’est un outil fédérateur et ludique. L’art permet de déconnecter des sciences exactes, de voyager, de réfléchir, de rester alerte.
Au sein d’une entreprise c’est assez nécessaire : L’art permet de se décoller des réalités immédiates et offre un recul, une mise en perspective.

« On peut prendre le pouls d’une génération, d’une société, par l’art qu’elle produit. »


QUELLE EST LA MÉTHODOLOGIE UTILISÉE POUR SÉLECTIONNER DES ARTISTES OU DES ŒUVRES ?

L’idée propose d’embrasser le spectre le plus complet des artistes suisses contemporains. Le socle de réflexion de notre politique d’acquisition repose sur l’enrichissante coexistence de jeunes artistes pertinents et artistes historiques ou confirmés, sans pour autant considérer la valeur spéculative des œuvres.
L’idée de ce fonds est aussi de pouvoir le montrer, le vivre. D’où son omniprésence dans les lieux m3. Il s’agit aussi de mettre en place une méthodologie « de médiation ». Par exemple, dans les restaurants, nous allons mettre à disposition des plans de salle, des petits textes, pour faire sortir les gens de leur zone de confort, mais toujours sous le prisme de l’humour et de la sensibilité. Pour m3, en termes de logistique, cet art doit être activé par sa proximité au public. Ce n’est pas simple car en termes d’assurances, exposer des œuvres dans des lieux ouverts au public est risqué, ce n’est pas non plus évident pour les artistes pour lesquels ce genre de lieux ne coule pas de source. Pourtant ces accrochages atypiques se distinguent par leur générosité : ils offrent une expérience artistique au plus près de la vie des gens et permettent aux artistes de diffuser leurs travaux par des biais alternatifs aux galeries et institutions.
Nous avons deux manières d’acquérir les pièces : il y a d’une part, l’achat simple en visite d’atelier, et d’autre part, les commandes. Pour les hôtels, j’ai mis en place des concours pour l’acquisition de trois pièces. Pour le restaurant bistronomique Le Vallon par exemple, une artiste, Sarah Haug, a réalisé un triptyque pour le lieu dans son ambiance champêtre et un peu décalée. L’activation par la commande est encore un geste, hyper intéressant : les artistes pensent leurs pièces pour des contextes d’exposition. Ce n’est pas évident de voir son œuvre dans un lieu de consommation. Dans le cadre de la commande in situ c’est plus clair  : l’œuvre intègre la nature du lieu dans son récit originel. L’artiste est soutenu et il n’y a pas de confusion possible.

 « L’activité de m3 COLLECTION n’est ni philanthropique, ni politique et n’a rien de militant, mais cela reste un réel engagement envers la jeune création.»


QUELLES SONT AU JUSTE LES ATTENTES CONCERNANT LA COLLECTION ? OÙ LES ŒUVRES SONT-ELLES DESTINÉES ?

Les attentes seraient de pouvoir faire de cette activité un pattern, que cela rentre dans le mode de fonctionnement de m3, qui est un holding avec des sociétés liées à des associations philanthropiques, via, notamment, la Fondation Sesam.

L’activité de m3 COLLECTION n’est ni philanthropique, ni politique et n’a rien de militant, mais cela reste un réel engagement envers la jeune création. Nous avons aussi des pièces d’artistes historiques et reconnus. Cela permet d’avoir des « artistes locomotives » qui rendent visibles les plus jeunes, mis sur un même pied d’égalité.
Un autre aspect important est le «  ralentissement du temps  » car dans une entreprise, tout va vite alors que la collection d’entreprise va jouer sur l’idée de la conservation du patrimoine, formant un recul positif, une histoire de l’entreprise. Un moyen de s’arrêter un instant et de constater.
La collection d’entreprise joue le jeu d’un projet transversal voué à transmettre des valeurs et un engagement commun aux différentes entités d’un grand groupe.