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Entretien avec Elisa Langlois,
Curatrice de m3 COLLECTION

Ça y est ! Après plusieurs mois de recherches et de travail, m3 GROUPE est fier de présenter m3 COLLECTION, sa nouvelle collection d’art regroupant des œuvres originales d’artistes suisses contemporains. La motivation qui a guidé cette aventure n’est pas seulement la constitution d’une collection d’entreprise, mais également et surtout la volonté pour m3 GROUPE de soutenir les arts et de poursuivre sa vocation de promotion du patrimoine. Elisa Langlois, la curatrice de m3 COLLECTION, a accepté de nous présenter ce nouveau projet que le public pourra également découvrir au mois de juin à artgenève.

ELISA LANGLOIS, POUVEZ-VOUS NOUS PRÉSENTER VOTRE PARCOURS ?
Mon parcours dans l’art a commencé par des études d’histoire des arts, à l’École du Louvre, à Paris. On y étudie l’archéologie et l’histoire de l’art, la muséologie. Après, je suis arrivée en Suisse où j’ai commencé à travailler comme assistante pour Jan Runnqvist qui était directeur de la galerie Bonnier. La galerie n’était plus en activité, j’étais en charge de mettre de l’ordre dans les archives et les inventaires. Parallèlement à ça, j’ai eu l’occasion de débuter en tant que curatrice indépendante. J’ai fait une brève incursion chez Christie’s.

COMMENT ÊTES-VOUS ARRIVÉE CHEZ m3 ?
La fondation Sesam (créée par Abdallah Chatila) cherchait à soutenir la jeune création à Genève. Pour cela, elle a réuni une commission de professionnels du monde de l’art. Cette commission – Mai Thu Perret, Veronique Bacchetta, Marc Blondeau et Philippe Davet – voulait créer un mini Centre d’art et donner les rênes à un jeune curateur pour développer le projet. Mai Thu Perret, que j’aidais dans son archivage numérique, m’a proposé de présenter un projet dans ce sens.

J’ai pu développer cette opportunité avec Céline de Wurstemberger, secrétaire générale de Sesam : nous avons alors lancé cet espace que j’ai appelé « Quark », en référence à la plus petite particule de la matière. Cela me permettait d’évoquer à la fois le minimalisme, l’abstraction, mais aussi quelque chose de très matériel et figuratif.
Au mois de mars 2014, nous nous sommes installés dans le quartier des Bains, pour profiter du flux des visiteurs férus d’art contemporain. Quark se trouvait du coup dans le centre névralgique de l’art à Genève.
La première année, la Fondation Sesam a financé tous les projets Quark. Ensuite, en 2015, nous sommes devenus une association autonome. Des membres nous ont aidés dans nos projets (historiens de l’art, curateurs, etc.). La Fondation Sesam est restée dès lors partenaire de notre association tout comme d’autres fondations privées ou semi-étatiques. Nous sommes devenus un offspace classique qui a eu la chance de démarrer de manière très confortable, et nous avons pu présenter beaucoup de jeunes artistes suisses et internationaux.

VOUS AVEZ LANCÉ m3 COLLECTION ? QUELLE EST SA VOCATION ?
Le président du groupe m3, Abdallah Chatila, était à la recherche d’œuvres pour les nouveaux locaux qu’il mettait en place et les différents établissements qu’il ouvrait, pour soutenir et relayer la force de la jeune création en Suisse. Il voulait que je constitue une collection d’entreprise. L’idée de m3 COLLECTION est de valoriser des œuvres, mais également de constituer un patrimoine collectif. C’est un projet qui a un dessein sociétal puisqu’il s’intègre dans la Cité et dans la vie des gens (l’habitat, les hôtels, les restaurants, etc.). La collection d’entreprise vient compléter ce projet.
Comprendre la société par le regard des artistes. « Que disent les artistes ici ? » serait la question. Les artistes montrent le reflet d’une posture globale actuelle.
J’imagine que l’on peut prendre le pouls d’une génération, d’une société, par l’art qu’elle produit. Cet aspect de la société n’était pas encore représenté dans m3 GROUPE avant la création de cette collection d’entreprise. Ce projet est venu enrichir un champ de considérations. Je pense qu’une collection, c’est un outil fédérateur et ludique. L’art permet de déconnecter des sciences exactes, de voyager, de réfléchir, de rester alerte.
Au sein d’une entreprise c’est assez nécessaire : L’art permet de se décoller des réalités immédiates et offre un recul, une mise en perspective.

« On peut prendre le pouls d’une génération, d’une société, par l’art qu’elle produit. »


QUELLE EST LA MÉTHODOLOGIE UTILISÉE POUR SÉLECTIONNER DES ARTISTES OU DES ŒUVRES ?

L’idée propose d’embrasser le spectre le plus complet des artistes suisses contemporains. Le socle de réflexion de notre politique d’acquisition repose sur l’enrichissante coexistence de jeunes artistes pertinents et artistes historiques ou confirmés, sans pour autant considérer la valeur spéculative des œuvres.
L’idée de ce fonds est aussi de pouvoir le montrer, le vivre. D’où son omniprésence dans les lieux m3. Il s’agit aussi de mettre en place une méthodologie « de médiation ». Par exemple, dans les restaurants, nous allons mettre à disposition des plans de salle, des petits textes, pour faire sortir les gens de leur zone de confort, mais toujours sous le prisme de l’humour et de la sensibilité. Pour m3, en termes de logistique, cet art doit être activé par sa proximité au public. Ce n’est pas simple car en termes d’assurances, exposer des œuvres dans des lieux ouverts au public est risqué, ce n’est pas non plus évident pour les artistes pour lesquels ce genre de lieux ne coule pas de source. Pourtant ces accrochages atypiques se distinguent par leur générosité : ils offrent une expérience artistique au plus près de la vie des gens et permettent aux artistes de diffuser leurs travaux par des biais alternatifs aux galeries et institutions.
Nous avons deux manières d’acquérir les pièces : il y a d’une part, l’achat simple en visite d’atelier, et d’autre part, les commandes. Pour les hôtels, j’ai mis en place des concours pour l’acquisition de trois pièces. Pour le restaurant bistronomique Le Vallon par exemple, une artiste, Sarah Haug, a réalisé un triptyque pour le lieu dans son ambiance champêtre et un peu décalée. L’activation par la commande est encore un geste, hyper intéressant : les artistes pensent leurs pièces pour des contextes d’exposition. Ce n’est pas évident de voir son œuvre dans un lieu de consommation. Dans le cadre de la commande in situ c’est plus clair  : l’œuvre intègre la nature du lieu dans son récit originel. L’artiste est soutenu et il n’y a pas de confusion possible.

 « L’activité de m3 COLLECTION n’est ni philanthropique, ni politique et n’a rien de militant, mais cela reste un réel engagement envers la jeune création.»


QUELLES SONT AU JUSTE LES ATTENTES CONCERNANT LA COLLECTION ? OÙ LES ŒUVRES SONT-ELLES DESTINÉES ?

Les attentes seraient de pouvoir faire de cette activité un pattern, que cela rentre dans le mode de fonctionnement de m3, qui est un holding avec des sociétés liées à des associations philanthropiques, via, notamment, la Fondation Sesam.

L’activité de m3 COLLECTION n’est ni philanthropique, ni politique et n’a rien de militant, mais cela reste un réel engagement envers la jeune création. Nous avons aussi des pièces d’artistes historiques et reconnus. Cela permet d’avoir des « artistes locomotives » qui rendent visibles les plus jeunes, mis sur un même pied d’égalité.
Un autre aspect important est le «  ralentissement du temps  » car dans une entreprise, tout va vite alors que la collection d’entreprise va jouer sur l’idée de la conservation du patrimoine, formant un recul positif, une histoire de l’entreprise. Un moyen de s’arrêter un instant et de constater.
La collection d’entreprise joue le jeu d’un projet transversal voué à transmettre des valeurs et un engagement commun aux différentes entités d’un grand groupe.

Entretien avec Florian Rais, cofondateur de Chatila Rais Investments, société du groupe m3

m3 GROUPE a investi 2 millions de francs dans la start-up de l’EPFL Technis, à l’occasion de sa récente augmentation de capital de 3,2 millions de francs. Avec cette prise de participation, via sa société de private equity, Chatila Rais Investments, M3 Groupe devient le distributeur exclusif de la solution Technis en Suisse, et entend contribuer à sa croissance commerciale. Lancée en 2018, cette société de private equity réalise son premier investissement dans une pure start-up de l’EPFL. En temps normal, l’entreprise investit dans divers domaines tels que les technologies de rupture, les technologies de la santé, l’intelligence artificielle, les actifs cryptographiques, l’immobilier et la communication. Mais la crise sanitaire actuelle impacte les marchés et demande aux entreprises et investisseurs d’être créatifs. Ce qu’Abdallah Chatila et Florian Rais ont choisi de développer en tant qu’amis dans la vie et partenaires professionnels.

FLORIAN RAIS, POUVEZ-VOUS NOUS RACONTER VOTRE HISTOIRE, VOTRE PARCOURS ? 

Genevois d’origine, j’ai fait toute ma scolarité jusqu’à la maturité à Genève, puis j’ai fait un premier voyage aux États-Unis, à l’âge de 20 ans pour perfectionner mon anglais. Dans l’État du Colorado, j’ai vraiment compris là-bas le sens de l’humain, en y découvrant un monde plus rural que celui dans lequel j’avais évolué. Retour ensuite en Suisse où j’ai fait mes études à HEC Lausanne. Pour repartir ensuite aux États-Unis avec une bourse à la Business School de l’Université du Michigan. Puis j’ai commencé ma carrière en 1998 chez Pictet où j’ai fait de la gestion, une carrière de banquier. Ensuite je suis parti à Londres en tant que responsable du team d’investissement de Pictet Londres pour sa clientèle privée. Ce poste m’a fait énormément voyager. C’est à cette époque que j’ai commencé à avoir des clients russes. En 2004, j’ai créé ma propre société de gestion. Puis, entre 2004 et 2015, j’ai passé beaucoup de temps en Russie (Kazakhstan, Ouzbékistan, Ukraine…). J’y ai appris le russe, découvert des pays fascinants, des gens chaleureux et accueillants contrairement à l’image qu’ils véhiculent trop souvent. Ils étaient curieux de tout et souhaitaient investir dans des technologies innovantes et diverses, sortir de leur quotidien des matières premières. L’aventure de cibler ou de rechercher le projet innovant est née de cette période-là.

 

Notre modèle d’affaires : participer à la vie des entreprises.

 

Ensuite, j’ai dirigé un projet en Israël pendant trois ans et participé à des joint-ventures avec des entreprises chinoises, dans le secteur des machines industrielles et des chemins de fer. Donc, une forte activité entre Russes, Chinois et Israéliens qui nous a permis de nouer des accords stratégiques avec d’importantes sociétés. Ce fut une période et une expérience passionnante. Aucun code n’était commun et j’ai dû y acquérir une grande souplesse d’esprit, et souvent chercher le compromis, en vrai Suisse.

En 2014, le partnership s’est malheureusement arrêté avec des partenaires russes, suite à la crise en Crimée. Ensuite, j’ai continué sur des investissements internationaux. En 2017, ma vie privée a changé et mes enfants sont restés à Londres avec leur mère. Je vis depuis lors entre Londres, Dubaï et Genève pour revenir sur mes terres natales et tisser des liens plus étroits avec la famille. Alors que je passais finalement un peu plus de temps à Genève, j’ai soudainement perdu mon père. Je n’ai partagé que trop peu de moments avec lui, le temps file et nous rappelle que nos enfants méritent toute notre attention, quelles que soient les circonstances. Je partage mon temps entre ces grandes villes.

Fin 2017, on m’a proposé d’investir dans une technologie de la construction. J’ai contacté mon ami Abdallah Chatila pour réfléchir ensemble à cet investissement, j’ai toujours été fasciné par son aptitude à cerner rapidement un modèle et à visualiser immédiatement son éventuel potentiel. Pour moi, comme pour lui, le côté humain est le plus important et lorsque quelque chose fait qu’on ne le sent pas, il vaut mieux attendre un autre deal. Avec Abdallah Chatila nous voulions créer un business, pas juste faire des investissements, et donc nous avons décidé de créer Chatila Rais Investments. Une société dans laquelle nous mettons en avant qui nous sommes, avec nos expériences, nos personnalités. L’idée au départ était de faire une sorte de Club Deal, pour fédérer les investisseurs. Mais souvent les bonnes opérations se font vite, à l’instinct, donc il faut agir plutôt seuls.

EST-CE QU’IL Y A UN ÉVÈNEMENT PARTICULIER, UNE QUESTION PRÉCISE QUE VOUS-MÊME, FLORIAN, ET ABDALLAH CHATILA, VOUS ÊTES POSÉS AVANT DE CRÉER CHATILA RAIS ?

Nous avons focalisé sur ce point essentiel : investir dans la technologie, oui, mais avec ce point important de répondre à la question essentielle : « Comment apporter tous les jours une valeur à la vie et au développement de l’entreprise ?  ». « Pourquoi ne pas faire le modèle à l’inverse » ? Nous investissons dans diverses start-up pour offrir ce que nous avons et savons. Surtout une expérience de vie, d’entrepreneurs, pas uniquement centrée sur l’argent, le côté humain étant primordial. J’ai appris parfois douloureusement que les expériences dans lesquelles nous perdons sont finalement celles qui nous instruisent le plus. Quand on gagne, on apprend finalement peu. En tant qu’investisseurs ou co-entrepreneurs, si on peut éviter à nos partenaires de prendre certains coups ou de com-mettre certaines erreurs, nous devenons un associé stratégique et nous leur permettons d’avoir l’esprit serein et de se concentrer sur leurs talents. Notre modèle d’affaires est là. Participer à la vie des entreprises.

C’est ce que nous faisons avec Technis, une société qui propose des solutions de sols intelligents. Technis est un bon exemple de ce qu’on a pu mettre en place en termes de modèle.

VOTRE BUSINESS MODEL EST LÀ ? QUE POUVEZ-VOUS EN DIRE DE PLUS ?

L’ADN de Chatila Rais Investments est là. Le but n’est pas de faire un nombre important de deals, mais plutôt de participer à la vie d’une entreprise, en termes d’accompagnement et en vue d’accélérer la croissance. Le développement à l’international fait égale-ment partie de nos objectifs. Nous fournissons ensuite du conseil à l’activité journalière d’une distribution et son organisation, afin que cela cohabite avec son écosystème. Ensuite, contrairement à d’autres modèles de fonds de private equity, notre modèle nous permet de nous rémunérer sur la durée. Notre modèle n’est pas «  scalable  » et on ne pourra pas prendre 50  participations en même temps. À l’époque, j’ai pensé rejoindre des fonds de private equity purs. Ce sont des fonds qui imposent souvent un modèle de gestion à leurs cibles, et ont une durée de vie fixe, souvent incompatible avec les cycles naturels d’une industrie ou de l’économie. Nous voyons plus loin car nous savons que ces sociétés sont vouées à une expansion à l’international. Elles peuvent en effet avoir un marché presque partout. Au travers de mes expériences, j’ai remarqué qu’exporter un modèle à l’étranger imposait qu’il soit parfaitement « huilé » sur son marché domestique.

 

Une des vocations de m3 GROUPE : toujours plus proche des gens.

 

Par exemple, on ne peut pas prétendre réussir à l’international un modèle sans avoir testé son fonctionnement en l’appliquant à plusieurs environnements locaux, en observant les réactions de nos partenaires et clients. L’humain est le baromètre du succès, chaque région du monde fonctionne différemment, avec ses codes et ses habitudes. Le produit doit fonctionner et son modèle être parfaitement rodé afin de s’adapter à n’importe quel environnement. L’inverse ne fonctionne pas.

m3  GROUPE est un modèle, regroupant plusieurs verticales d’affaires, un groupe proche des gens. C’est l’environnement idéal pour réaliser de vraies « proofs of concept », en anglais, ces modèles ont une vraie valeur. On a devant nous un écosystème suffisamment diversifié pour implémenter des utilisations, basées sur des modèles (services de vente, d’après-vente, etc.) reproductibles.

EN TANT QU’ACTEUR ET PARTENAIRE AU SEIN DE CES START-UP, SI ON VOUS DEMANDE : « COMMENT FAITES-VOUS LA DIFFÉRENCE, POURQUOI VOUS ? », QUE RÉPONDRIEZ-VOUS ?

L’idée du modèle est là, dans la réponse à la question : « Pourquoi ça va marcher avec vous ? ». C’est un package. On arrive avec une vraie solution adaptée à l’entreprise, ensuite l’alchimie humaine doit évidemment prendre. Nous rencontrons des personnes remarquables, dotées de talents uniques comme le fondateur de Technis, un homme visionnaire, réfléchi et fonceur. Notre objectif avec Technis et d’autres partenaires d’investissement est de réunir le plus d’expériences personnelles possible entre tous les acteurs de notre groupe. Nous détenons un capital extraordinaire car indirectement, nous avons 1400 personnes dans l’écosystème de m3 GROUPE. Cela représente 1400 sources potentielles d’idées, d’innovations de personnes qui sont en réseau, de critiques nécessaires aussi. Ces ressources-là sont notre modèle. On ne fait rien sans l’humain. Nous avons « évolué » dans la société du toujours plus, toujours plus grand, toujours moins cher, créant ainsi des poches de misère à l’autre bout du monde et qui viennent se rappeler à nous sous la forme d’une crise sanitaire. Et aujourd’hui on se retrouve là, confinés tous chez soi, sans pouvoir voyager comme avant. Et finalement qui on découvre ? Son voisin… Et des gens avec qui on parlait peu, vivant à côté, une espèce d’atterrissage et de recentrage sur notre vie de tous les jours. Il ne s’agit bien entendu pas de ne plus jamais voyager et d’ignorer à l’avenir les contacts à l’étranger ou de se replier sur soi-même, mais ne nous oublions pas dans l’aventure. Nos enfants, nos amis, nos proches, nous-mêmes sommes là aujourd’hui et maintenant, et c’est tous ensemble que nous pourrons apprendre le monde de demain, plus juste, plus respectueux, simplement plus à l’écoute. Pour répondre alors plus synthétiquement à la question « pourquoi nous ? » ; nous n’avons pas l’arrogance de vouloir changer l’ADN des start-up ou des projets qui nous entourent, mais de mettre à disposition tout ce que l’on peut, d’avancer ensemble, de leur faciliter la vie. Ces partenariats nous permettent de nous asseoir et de réfléchir ensemble, de partager nos expériences, nos réussites et nos échecs, de devenir un conseiller fidèle et un partenaire utile. D’apporter ce dont ils manquent et de le chercher ensemble s’il fait défaut. Être simplement plus à l’écoute.

À PROPOS DE TECHNIS

GRÂCE À SON TAPIS DE COMPTAGE INTELLIGENT ET SES BORNES DIGITALES, TECHNIS PERMET DE RÉGULER LES FLUX DE PERSONNES EN TEMPS RÉEL DANS DES LIEUX PRIVÉS ET PUBLICS (ENTREPRISES, MAGASINS, DISCOTHÈQUES, MUSÉES, PISCINES PUBLIQUES, ETC.), FACILITANT AINSI LE RESPECT DES RÈGLES SANITAIRES.
Le coronavirus a fait passer la jeune pousse Technis basée à Écublens au niveau supérieur. La nécessité de contrôler le nombre de clients dans les commerces, notamment dans la grande distribution, a fait bondir le chiffre d’affaires de 20% par mois.
m3 GROUPE a investi 2 millions de francs, prenant une participation «importante» mais non majoritaire dans l’entreprise, précise Wiktor Bourée, fondateur de Technis.
Son produit phare est un tapis connecté qui a convaincu notamment une multinationale comme Nestlé, le groupe de casinos Barrière ou encore le CERN. Wiktor Bourée vante un produit «plug and play», qui peut être expédié et monté directement par le client, sans modification structurelle.
Les ventes devraient être multipliées par dix cette année. La société vise un chiffre d’affaires de «plusieurs dizaines de millions» de francs à fin 2021. Les effectifs seront multipliés par deux d’ici à la fin de l’année prochaine, passant à une cinquantaine d’employés. Le recrutement se fera majoritairement (60%) pour la partie commerciale, mais également dans la recherche et développement.
En termes de marchés, Technis va ouvrir en octobre un bureau commercial en France, doté de cinq personnes, afin de servir sa clientèle dans l’Hexagone, entre autres l’école de Sciences Po à Paris et le Puy du Fou, un parc d’attractions vendéen très fréquenté.

Entretien avec Walter el Nagar, fondateur de la fondation Mater

La fondation Mater est une fondation genevoise créée par le chef « cuisinier solidaire », Walter el Nagar. Créée au début d’année 2020, la fondation a distribué plus de 10 000 repas gratuits à ce jour. Des repas sains, équilibrés et préparés à base d’ingrédients locaux, pour les personnes démunies. Un beau projet, soutenu par des associations telles que Serve the City, MA-Terre, pour ne citer qu’elles. Un très bel engagement social de la part de ce chef solidaire au pari audacieux : peu de moyens mais des qualités humaines et gastronomiques au rendez-vous.

POUVEZ-VOUS NOUS PARLER DE VOTRE HISTOIRE ?

Walter el Nagar  : j’ai 39  ans, bientôt 40 en février, et mon bébé naîtra à cette occasion ! Je suis Italien d’origine égyptienne, et mon parcours est marqué par des étapes, des lieux, des projets. Avec toujours ces 4 principes à l’origine de mes choix et activités  : la justice, le dialogue, la solidarité, l’humanité.
J’ai quitté l’Italie en 2007 pour vivre au gré de mes envies de voyages. Barcelone, Ibiza, Dubaï, Moscou, Singapour, Los Angeles, le Mexique. Comme un globe-trotter, avec pour outil principal un set de couteaux. Ce fut chaque fois l’occasion de rencontrer des personnes, des cultures, et de pouvoir exercer mon art : la cuisine. Je montais des restaurants éphémères « pop-up ». Cela m’a permis d’apprendre beaucoup.
Il y a trois ans, je suis arrivé à Genève pour deux raisons principales. D’abord, par choix : la Croix-Rouge et l’ONU y sont nées, et pour moi c’est une ville si rebelle que c’est ici qu’a eu lieu la Réforme. Aussi ici, le dialogue est possible. Pas besoin de «  fighter  », de créer des conflits. On communique vraiment.
Ensuite je suis tombé amoureux non seulement de la Cité de Calvin, mais aussi de celle qui me donnera mon premier enfant bientôt.
En 2017, lorsque je suis arrivé à Genève, j’avais de façon évidente le besoin d’ouvrir un restaurant. Le projet s’est concrétisé en 2018, année de l’ouverture du Cinquième Jour.
L’idée reposait sur le principe d’un vrai business, actif, tourné vers la solidarité, le dialogue. Quatre jours de la semaine étaient consacrés à une cuisine raffinée, pour et devant des clients et chefs. Le profit étant reversé le cinquième jour pour offrir des repas «  solidaires  ». Les samedis étaient consacrés à une cuisine gastronomique «  pour tous  ». Car pendant que je cuisine, je suis un activiste, représentant de mes valeurs… Valeurs que j’ai tatouées sur les mains de Walter : « Cohérence », « Dignité ».
Cependant cette belle initiative qui s’est arrêtée en janvier  2020, lorsque mon partenaire a décidé de se retirer.

ET ENSUITE, VOUS AVEZ VOULU REBONDIR RAPIDEMENT ?

Pour moi, c’était essentiel. Il fallait très vite changer l’idée du Cinquième Jour mais toujours se baser sur les mêmes principes : la cuisine et la solidarité. La bonne cuisine accessible à des personnes en situation critique. À ce moment, plusieurs collègues, des chefs de différents restaurants genevois m’ont appelé. Et plutôt que d’être en chômage technique, ils ont préféré cuisiner avec moi.
L’idée principale est de produire avec des chefs locaux qui nous fournissent des aliments à bas prix, une cuisine saine, locale et de saison pour les plus démunis. Notre objectif est de donner à manger, mais aussi une espérance.
La distribution de repas se fait sur différents endroits  : le Bateau Genève, le Jardin de Montbrillant, l’Armée du Salut, etc. Nous avons vite pu offrir deux à trois cents repas par jour. Le Bateau Genève, par exemple, est une embarcation-café connue des quais du bout du Léman, un lieu culte.
Notre engagement est également écologique et local car nous nous fournissons auprès de producteurs et restaurateurs locaux. Le gaspillage alimentaire est presque inexistant et les repas sont servis dans des boîtes biodégradables.

COMMENT TROUVEZ-VOUS VOS FINANCEMENTS ?

Un « sustainable restaurant » est un business tendance mais la réalité d’une vraie charité est encore différente. Nous vivons sur la base de dons et nous avons eu la chance d’avoir été soutenus jusqu’ici par l’association Serve the City notamment, qui nous a permis d’acheter les ingrédients nécessaires à la création de nos repas solidaires. Ensuite, nous sommes allés trouver la Ville de Genève, le Canton, les hospices, l’ONU, pour solliciter des subsides. « But we got zero help ! ». Tous ont applaudi le projet mais personne n’a répondu favorablement à l’appel financier. Le climat actuel de la pandémie rend les donateurs et les investisseurs plus frileux, sûrement.

COMMENT ENVISAGEZ-VOUS L’AVENIR ?

Nous sommes confiants. L’objectif est de stabiliser la fondation en espérant un élan de solidarité auprès des donateurs potentiels. Nous sommes en train de négocier un endroit sympa, une base de distribution. Des locaux à La Servette, appartenant à l’église protestante. L’endroit s’inspirerait du concept du Refettorio** à Paris, au Foyer de la Madeleine.
Bien sûr, il nous sera plus facile d’envisager le futur de la fondation avec des soutiens réguliers. Et ils seront tous les bienvenus : idées, dons (en argent ou matières premières pour nos cuisines), plus de personnes créatives (chefs, cuisiniers, volontaires à la préparation des menus), responsable de la communication, nutritionniste. Nous cherchons aussi des talents motivés !

 

Pendant que je cuisine, je suis un activiste, représentant de mes valeurs… Cuisiner est un acte politique et solidaire ! On peut choisir d’aller manifester devant des McDonald’s… Ou bien de se retrousser les manches !

 

ET SI VOUS FAISIEZ UN LIEN ENTRE VOUS, VOTRE HISTOIRE ET LA FONDATION, QUEL SERAIT-IL ?

Prendre des risques, trouver le courage de faire les choses, faire une cuisine « Food and Justice », mettre de l’humanisme dans mon art, être inclusif, empathique. Et continuer à cuisiner conformément à mes principes. On peut choisir d’aller manifester devant des McDonald’s ou se retrousser les manches. Chacun s’exprime comme il l’entend.

EN CONCLUSION ?

Nous poursuivons notre campagne de financement participatif et nous y croyons car notre engagement social a le mérite de nourrir des personnes démunies. Cuisiner est un acte politique et solidaire !

Venez nous soutenir sur www.materfondazione.com !

m3 GROUPE s’engage aux côtés de la Mater Fondazione pour une durée de 3 ans ; un partenariat qui comprend non seulement un soutien financier mais aussi un axe de volontariat d’entreprise. Les chefs de m3 RESTAURANTS et les collaborateurs du groupe seront invités à seconder les équipes de Walter el Nagar pour cuisiner les repas destinés aux plus démunis à Genève.

Entretien avec Sami Kanaan – Genève : préserver l’essentiel en temps de crise

Depuis le restaurant du Tennis Club des Eaux-Vives, un établissement de m3 GROUPE, Sami Kanaan a évoqué avec Enzo Lo Bue son parcours atypique, mais aussi sa vision de Genève, pour le meilleur et en temps de crise.

NOUS SOMMES DANS UN CADRE SPÉCIAL. SI CE LIEU DEVAIT ÊTRE CRÉÉ AUJOURD’HUI, CE NE SERAIT PLUS POSSIBLE.

Sami Kanaan : en effet, le Tennis Club des Eaux-Vives est un haut lieu de la vie sportive de Genève, ancien parc qui est le seul à ne pas avoir été légué à la ville de Genève. Mais la commune des Eaux-Vives l’a acheté, il y a une centaine d’années, à l’époque où les Eaux-Vives était encore une commune. Ce parc jouxte celui du plus grand parc par ici, La Grange, ce domaine privé, légué par William Favre à la ville de Genève, à condition que cela devienne un parc public.

VOUS ÊTES NÉ AU LIBAN À BEYROUTH, ET PUIS VOUS AVEZ FAIT UN PARCOURS ÉTONNANT.

Les Libanais sont historiquement des grands voyageurs, commerçant à travers la planète. On est à peu près 10 millions de Libanais dans le monde : 4 sur place et je fais partie de ceux qui vivent ailleurs, environ 6 millions de personnes. J’ai une double origine : ma mère est Suisse-allemande et mon père est Libanais. Le français a toujours été ma langue, car c’était la langue commune de mes parents, on parlait français à la maison et j’ai toujours été au Lycée français à Beyrouth. J’ai fait beaucoup d’allers-retours entre le Liban et l’Europe. Après ma maturité à Berne, j’ai fait des études à l’École polytechnique de Zurich, en Physique.

 

« Je suis dans ma troisième législature et le département que j’ai toujours gardé, c’est la culture. »

 

SUITE À CE PARCOURS ET À CES ÉTUDES DE PHYSIQUE, VOUS DEVENEZ DONC POLITICIEN À GENÈVE ?

Après la physique, j’ai décidé d’étudier les sciences politiques à Genève, ville cosmopolite où les gens d’ailleurs trouvent leur place. Il y a une diversité incroyable. Et puis, j’ai voulu faire de la politique en Suisse car le fédéralisme, la démocratie directe, la diversité culturelle me plaisent. J’ai commencé en étant actif dans le secteur associatif et puis au conseil municipal. Le fait d’être élu tient fort à l’engagement du candidat, engagement dans les associations, dans sa vie professionnelle. Il faut convaincre, pas s’imposer. Je suis dans ma troisième législature et le département que j’ai toujours gardé, c’est la culture. Le département de la culture n’est pas facile mais il est passionnant.

VOTRE NOUVEAU DÉPARTEMENT, DEPUIS JUIN 2019, S’APPELLE LE DÉPARTEMENT DE LA CULTURE ET DE LA TRANSITION NUMÉRIQUE. ON L’UTILISE AU QUOTIDIEN : PAR CONSÉQUENT LE PASSAGE AU NUMÉRIQUE EST ESSENTIEL ?

La culture est un secteur qui est très durement touché par la crise Covid. La culture comprend tous les métiers autour, c’est-à-dire à la fois les musées, les artistes des arts vivants au sens très large, graphistes, techniciens du son, etc. Tout ce qui est créatif en fait, le design, le numérique aussi car il partage cette double obligation d’innover et de s’adresser d’abord à des humains. Sinon le numérique n’est qu’une technique inutile. C’est la deuxième branche en termes d’emploi et de valeur économique.

 

 « Acheter des livres et avoir le contact avec un libraire est précieux. »

 

VOUS ÊTES VOUS-MÊME UN PEU ARTISTE, EN PLUS D’ÊTRE POLITICIEN ?

Oui, la politique c’est un peu la commedia dell’arte ! Mes parents étaient assez proches du monde artistique, il y avait pas mal de discussions avec des intellectuels, des artistes à la maison. J’ai joué un peu de clarinette. J’ai été beaucoup à la Bâtie, voir des concerts. Sinon, actuellement, on le voit avec la crise Covid, il y a un engouement, une passion pour la vie culturelle online, en Suisse et ailleurs. Tout à coup, les gens ont ressenti le sens que la culture peut leur apporter comme s’ils avaient trouvé une façon de ne pas rester dans les problèmes immédiats. Après la réouverture des commerces le 11 mai, les gens se sont rués dans les librairies. Acheter des livres et avoir le contact avec un libraire est précieux. Vivre à Genève en tant qu’artiste est difficile par certains aspects comme le coût de la vie ou le manque de locaux pour les répétitions, par exemple. En revanche, il y a un grand nombre de lieux où ils peuvent se produire.

JE PARLAIS RÉCEMMENT AVEC UNE PERSONNE QUI ME CONFIAIT NE PAS APPRÉCIER LES NOUVELLES CONSTRUCTIONS FAITES SUR GENÈVE, CES DERNIÈRES ANNÉES. ELLE SE DEMANDAIT POURQUOI NE PAS FAIRE INTERVENIR UN PEU PLUS LES ARTISTES DANS LE MILIEU DE L’IMMOBILIER ?

Je suis d’accord. Mais à Genève, il y a parfois un côté 24 carats un peu excessif et le cumul des normes constructives fait que cela limite beaucoup la créativité. Le côté très standardisé est fonctionnel mais pas toujours intéressant sur le plan esthétique.

CETTE PÉRIODE TRÈS COMPLIQUÉE, VOUS LA VOYEZ COMMENT ? Y AURA-T-IL UNE PARTIE DES ARTISTES QUI VONT PARTIR, ARRÊTER CETTE VOCATION POUR AVOIR UN TRAVAIL ALIMENTAIRE ?

C’est un vrai risque. Par exemple, en Angleterre, un tiers de ces métiers sont abandonnés. Ici en Suisse, nous avons un maintien de nos subventions de soutien par rapport aux événements annulés, ainsi que des mesures d’aide fédérales. On a pu préserver l’essentiel. Cela fait des années que nous nous battons pour le statut d’intermittents (statut adapté aux comédiens, aux artistes qui travaillent à fond sur certaines périodes et puis deux mois sans rien et donc le chômage classique ne fonctionne pas bien pour ces personnes), pour préserver un appareil productif, créatif. Pas seulement pour faire la charité !

ET VOUS VOYEZ COMMENT L’AVENIR ?

L’avenir, personne ne peut le prédire mais nous savons qu’en cas d’épreuve (2020 en est une, individuellement et collectivement), l’être humain peut rechercher les nouvelles ressources lui permettant de se recréer. Dans un monde en extrême mouvement, ces ressources seront utiles. Cherchons-les, puis, si on les trouve, diffusons-les.

Chronique hôtelière d’Anne Southam Aulas : L’HÔTEL, lieu de l’imaginaire et marqueur du lien social

m3 HOSPITALITY conçoit des hôtels avec un ancrage artistique fort pour capter une clientèle sensible à la culture, source de multiples loisirs. La disparition progressive de la frontière entre hôtellerie d’affaires et de loisirs semble confirmer la justesse de cette stratégie.

Anne SOUTHAM AULAS, directrice de m3 HOSPITALITY

« L’hôtel, en réalité, est ce lieu de tous les possibles où se rencontrent amants et inconnus, touristes et aventuriers. Un espace codifié aux rituels rassurants, une zone neutre qui, le temps d’un jour, d’une nuit, autorise tous les fantasmes ».

*Une Nuit à l’hôtel, édition Le 1, préface de Julien Bisson

Cet extrait de la préface d’Une Nuit à l’hôtel* illustre parfaitement la fascination qu’exerce l’hôtellerie auprès du public, une sorte de rêve collectif qui l’associe tantôt au grand luxe, tantôt à l’aventure, quand ce n’est pas au suspens, aux rencontres secrètes ou aux dénouements d’histoires romantiques.

 

 « L’hôtel doit donc jouer son rôle de stimulateur de l’imaginaire, en apportant à ses hôtes un environnement narratif, propice à l’évasion, voire flatteur pour ceux qui l’occupent. »

 

Il est vrai qu’un séjour à l’hôtel stimule nos émotions et notre imaginaire en nourrissant le besoin social de mise en relation et d’appartenance exprimé par Maslow. Lorsqu’il est comblé, ce besoin participe à la satisfaction d’autres besoins, comme la reconnaissance, l’estime de soi ; d’où l’association fréquente de l’hôtellerie – en tant que secteur d’activité – au luxe. Se surprendre en train de siroter un thé au jasmin dans un Palace est, il faut en convenir, plus glamour à raconter qu’une nuit dans l’Ibis du coin.

L’hôtel doit donc jouer son rôle de stimulateur de l’imaginaire, en apportant à ses hôtes un environnement narratif, propice à l’évasion, voire flatteur pour ceux qui l’occupent. Or, certains concepts hôteliers contredisent l’association du « bon pour l’ego » à l’hôtellerie de luxe. Leur positionnement transversal transgresse la sacro-sainte règle des étoiles en faisant joyeusement cohabiter codes du luxe et innovations typiques du bas de gamme ; le self check-in en est l’exemple le plus flagrant. Réaction des clients ? C’est génial ! Le luxe abordable plaît parce qu’il surprend, déroute, tout en respectant une autre règle d’or de l’hôtellerie : créer le lien avec son client. Et là, toutes les catégories d’hôtels sont concernées.

Une étude de Booking.com réalisée en 2019 auprès de 21 000 voyageurs canadiens a révélé que pour 65 % d’entre eux, ce sont les petites attentions de leur hôte qui ont particulièrement marqué leur séjour. Le besoin de reconnaissance a été satisfait grâce à la relation établie avec l’hébergeur, chez qui le même besoin a été comblé via les commentaires positifs de ses clients !

Bien que narrative et technologique, l’hôtellerie 2.0 aura donc toujours un peu du parfum des Relais de poste d’autrefois, où le gîte et le couvert étaient agrémentés par des échanges avec l’aubergiste, autour d’une grande tablée.

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Créée par m3 HOSPITALITY, la collection m3 Hôtels & Résidences démarre avec un premier établissement chic et connecté de 127 chambres à Ferney Genève Aéroport, France. D’autres projets sont en cours, notamment à Genève, Suisse.

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Patrick Chappatte – GENEVOIS DE CŒUR ET D’ESPRIT

m3 MAGAZINE a eu le plaisir de rencontrer Patrick Chappatte, l’un de nos chouchous genevois les plus connus Outre-Atlantique, et ce dans le cadre informel d’une très agréable vidéoconférence – COVID oblige ! Cet amoureux de la Suisse nous parle ici de son enfance, de son parcours, de sa carrière, mais aussi de sa conception de la philanthropie : en effet Chappatte est un artiste engagé, et « Cartooning for Peace », la fondation qu’il a créée avec Plantu (aujourd’hui rebaptisée « Freedom Cartoonists »), milite pour la liberté de la presse et d’expression pour laquelle il œuvre au travers de ses actions quotidiennes.

Eh oui… Notre dessinateur préféré a reçu récemment le prix 2020 de la Fondation pour Genève. L’occasion de saluer ses trente ans de carrière et ses dessins publiés dans les journaux du monde entier, du New York Times à notre journal quotidien incontournable, Le Temps, en passant par Der Spiegel et Le Canard enchaîné. Patrick Chappatte a donc naturellement été félicité pour son regard critique sur l’actualité, sa capacité à toucher les gens, à transcender les frontières et les langues par la subtilité et l’humour.

Patrick Chappatte, pouvez-vous nous parler de votre enfance à Genève, et des lieux qui vous ont marqué à cette époque ?

De mère libanaise et de père jurassien, je suis né au Pakistan en 1967. Ensuite nous avons vécu à Singapour, avant de débarquer à Genève avec mes parents. Nous habitions sur les falaises de Saint-Jean. Je me rappelle les points de vue et la hauteur par rapport à la ville. J’aime prendre de la hauteur !

Justement que représente Genève pour vous aujourd’hui  ? Quels sont vos endroits, quartiers, lieux préférés ?

Aujourd’hui je vis à Plainpalais et depuis 2013, mon atelier est situé aux Pâquis. J’aime la proximité du lac et l’ouverture urbaine sur un quartier très métissé et animé. Une identité genevoise forte y est présente. Les Pâquis, ce fut comme un « sas de décompression », pour me réhabituer à ma ville après trois années passées à New-York entre 1995 et 1998 avec ma femme, Anne-Frédérique.

 

Être Genevois, c’est surtout une idée, un accord avec des valeurs.

 

Selon vous y a-t-il un « esprit » ou une « mentalité » genevoise ?

À Genève, la population peut être assez différente selon les quartiers : un vieux Pâquisard ou un jeune bobo des Eaux-Vives. C’est vraiment plusieurs styles de Genevois typiques différents qui cohabitent dans cette ville pluriculturelle. L’identité de Genève, c’est avant tout son esprit, et son côté cosmopolite. On peut s’identifier à Genève car être Genevois, c’est surtout une idée, un accord à des valeurs. C’est ça qui nous attache à cette petite République, avec son esprit assez citadin. C’est aussi la ville des ONG, la capitale des Droits de l’Homme, et cela participe de cette idée.

Dans votre carrière internationale, quelle période vous a-t-elle le plus marqué ?

J’adore Genève et mon travail ici. Mais j’aime aussi les moments de liberté, quand on peut mettre du vent dans les voiles et partir à l’aventure. Nous avons fait cela avec ma femme, en 1995. Nous sommes partis trois mois en Amérique latine, avec pour seuls bagages nos sacs à dos, avant de débarquer à New-York pour trois années. Notre sentiment de liberté était immense. Ce sont des épopées, des souvenirs d’avoir vraiment pu vivre quelque chose d’inoubliable. Ensuite, nous l’avons refait en 2014, avec trois enfants. Une belle aventure familiale d’une année à Los Angeles. Là-bas, ce n’était plus la proximité du lac qui m’inspirait mais, temporairement, celle de l’océan.
Après, il y a aussi les nombreux voyages professionnels, pour réaliser des BD reportages dans tous les coins de la Planète : les bidonvilles de Nairobi, Gaza pendant la guerre, les couloirs de la mort américains, et plus récemment, les couloirs des soins intensifs de l’Hôpital de Genève pendant la crise du Covid. Ce sont des expériences très fortes.

Quelles sont les personnalités qui vous ont le plus marqué, ou que vous avez dessinées avec le plus de plaisir ?

La rencontre faite avec Kofi Annan fut riche. Il était le Président d’honneur de notre Fondation «  Cartooning for Peace  », et montrait un engagement indéfectible en faveur de la liberté de presse et d’expression. J’ai particulièrement apprécié son engagement envers Musa Kart, caricaturiste turc emprisonné au moment où nous lui avons décerné notre Prix du dessin de presse en 2018. À cette occasion, Kofi Annan nous a déclaré qu’il avait écrit à Recep Tayyip Erdoğan pour plaider la cause de Musa Kart. C’était une personne généreuse et amoureuse des Arts. Dans un autre registre, une figure omniprésente de l’actualité récente a été Donald Trump, à qui j’ai consacré une rétrospective dessinée fin 2019 opportunément intitulée « This is the end  ». Personnalité ubuesque, hors norme, et malheureusement représentative de notre époque.

L’année 2020 (Covid, élections américaines, attentats terroristes, etc.) fut pour le moins mouvementée… Quel est votre regard critique sur tout cela ?

Lors du passage à l’année 2020, personne ne pouvait imaginer ce qui allait arriver. C’était une année a priori prometteuse, dont on entrevoyait les grandes thématiques : Trump, les élections américaines, les conflits sociaux durables (gilets jaunes, etc.), le problème climatique impérieux. Comme si cela ne suffisait pas, une crise sanitaire qui tient du film fantastique, une sorte de maelström est arrivé.
Nous ne pouvons nous empêcher de nous poser cette question : « Est-ce que ce sera l’occasion d’un changement profond de la société ? ». Nous savons que cette crise va sans doute provoquer des super accélérations dans divers domaines.
Le Covid c’est le révélateur d’une crise plus large. Face à la pandémie, la société, la classe politique, les entreprises improvisent, la plupart des acteurs sont dépassés, les conséquences à plus ou moins long terme nous échappent. Il faudra très vite s’adapter et en tirer les leçons.
J’y ai consacré une bande dessinée de reportage, « Au Cœur de la vague », sur laquelle j’ai travaillé ces six derniers mois. Cette BD se termine par une question ouverte, un point d’interrogation sur le futur. Je pose la question : « Est-ce que tout cela ne serait pas le modèle réduit de la grande crise du Monde… celle du climat ? ». Nous n’avons que rarement connu de tels enjeux à tous les niveaux.

 

En tant qu’outil de communication, le dessin prend tout son sens, alliant la pertinence et la modernité..

 

Plus généralement nous vivons aujourd’hui dans un monde où la critique est de plus en plus difficile, et la liberté d’expression de plus en plus malmenée. Selon vous dans quelle mesure la satire et son accueil sont-ils les marqueurs de l’évolution (en bien ou en mal) de nos sociétés ?

C’est vrai que nous sommes dans une époque où nous ne pouvons plus dire grand-chose sans froisser quelqu’un. C’est un fait paradoxal car parallèlement à cela, il y a de plus en plus d’acteurs qui s’expriment, et donc d’opinions.
On peut tout dire, et on dit tout et n’importe quoi sur les réseaux sociaux. Dans un monde sans curation, comment distinguer une analyse pertinente d’une opinion erratique ? Qui aurait imaginé qu’on puisse encore remettre en question que la Terre soit ronde ? C’est un gag qui dépasse la caricature ! Ce qui se joue de nos jours, c’est un grand nivellement généralisé via les réseaux sociaux – un lieu où chacun peut s’improviser expert sur tout. On y mélange le vrai et le faux, l’important côtoie le banal sans hiérarchie.
L’évolution de nos sociétés est marquée par une forme de susceptibilité générale. Les entreprises, les gouvernements, les institutions sont très soucieux de leur image. On confond régulièrement « petite offense » et « grosse attaque » et si un sujet devient une polémique, la volonté générale est de ne pas faire de vague. Si on rassemble ces deux réalités : susceptibilité accrue + principe de précaution appliqué, la liberté de presse et d’opinion peut devenir compliquée. Le dessin de presse participe au débat démocratique à travers l’échange des opinions et idées. C’est un outil qui condense une information, une idée, une opinion, en une synthèse visuelle – ce qui correspond bien à notre monde de la vitesse et du zapping. En tant qu’outil de communication, le dessin est finalement assez moderne, et pertinent aujourd’hui. Les ingrédients qui font tenir tout ça sont la force de l’image et le raccourci de l’humour.

Vous venez de recevoir le prix de la Fondation pour Genève. Qu’est-ce que cela signifie pour vous ? Plus généralement, comment concevez-vous l’engagement philanthropique ? Qui est un « bon philanthrope » ?

Selon moi, un bon philanthrope met ses actions de tous les jours et son travail en accord avec ses valeurs et ses principes affichés.
Quant au Prix, j’ai été très touché de le recevoir, c’est une reconnaissance. C’est aussi un soutien public à la cause de la liberté d’expression dans un esprit de dialogue, que nous défendons via notre Fondation inspirée de Kofi Annan, rebaptisée « Freedom Cartoonists Foundation », et dont j’ai pris la présidence cette année. Je contribue aussi à « Human Rights Watch » via des dessins offerts pour leurs enchères de charité, dont le produit est versé aux causes que l’ONG défend. Les valeurs des Nations Unies sont plus que jamais importantes aujourd’hui. J’espère pouvoir jouer un rôle de plus en plus grand pour la défense de ces valeurs dans ce monde pour le moins désordonné.

Entretien avec Nicolas Burgi, chef exécutif de m3 RESTAURANTS et directeur général du Traiteur de Châtelaine

Pendant le semi-confinement, les circuits courts se sont révélés être la réponse pour proposer aux consommateurs des produits frais et de qualité, mais aussi pour soutenir l’activité des producteurs genevois. Pourtant, rien de nouveau pour le Traiteur de Châtelaine dont la cuisine a toujours privilégié les produits, les labels, les vins et les producteurs du terroir. Aujourd’hui le Traiteur de Châtelaine participe à l’organisation d’événements sur mesure : repas d’entreprise, mariages, cocktails, anniversaires. Nicolas Burgi revient sur cette période de semi-confinement, et sur son rôle de chef exécutif de m3 RESTAURANTS.

POUVEZ-VOUS NOUS PRÉSENTER PLUS EN DÉTAIL LES ACTIVITÉS DU TRAITEUR DE CHÂTELAINE ?

Nicolas Burgi : L’entreprise s’est aujourd’hui développée autour de 5 grands pôles d’activités : le service traiteur, l’organisation d’événements clés en main, la location de lieux, la location de matériel et son restaurant de 200 places sur site. D’après les besoins de notre clientèle et partenaires, nous créons une offre qui leur ressemble, qui leur correspond. Notre philosophie : mettre en valeur des pro-duits simples locaux, du terroir et de qualité, pour en faire des mets savoureux et créatifs pour tous les budgets. Le respect de l’environnement est aussi une thématique qui touche particulièrement l’entreprise et elle s’engage avec le tri des déchets, l’utilisation de contenants réutilisables ou 100  % recyclables et une campagne anti-gaspillage.

DURANT LE SEMI-CONFINEMENT, LE TRAITEUR DE CHÂTELAINE EST RESTÉ TRÈS ACTIF…
En effet, nous avons continué à assurer un service de livraison à domicile pour notre clientèle habituelle tout en offrant bénévolement, aux côtés de m3 RESTAURANTS, des repas gratuits aux hôpitaux, pharmacies, EMS et sans-abris, notamment à travers l’association Le Cause – Collectif d’associations pour l’urgence sociale. Le Traiteur de Châtelaine s’est donc chargé de la préparation des repas et de toute l’organisation logistique. Nous avons distribué environ 150 repas par jour.

PARLEZ NOUS DE L’INTÉGRATION DU TRAITEUR DE CHÂTELAINE DANS m3 GROUPE ?
Depuis le 1er janvier 2020, nous avons rejoint m3 GROUPE, en intégrant le pôle m3 RESTAURANTS. Nous avons ainsi pu apporter notre expérience culinaire et notre expertise organisationnelle afin de répondre à une demande croissante dans l’événementiel tant pour le groupe que pour nos clients privés comme professionnels. Nous avons pour objectif de garder notre ADN et nos valeurs qui nous sont chères dont je reste le garant, en tant que Gérant du Traiteur de Châtelaine.

QUEL EST VOTRE RÔLE EN TANT QUE CHEF EXÉCUTIF DE m3 RESTAURANTS ?
Je suis en charge de la conception des différentes cartes des restaurants du groupe (une 20 aine) et de la gestion du personnel de cuisine. Je crée donc toutes les recettes pour lesquelles je sélectionne minutieusement les fournisseurs et les produits afin de créer des recettes sur-mesure adapté à chaque style de restaurant.

Découvrez ses produits phares et partenaires du terroir

Casa Mozzarella assure une fabrication artisanale de mozzarella et ses dérivés : Ricotta chèvre ou vache ; Scarmozza & Burratina.

Casa Mozzarella
1, rue Dizerens CH – 1205 Genève

www.casamozzarella.com

Le Domaine des Vignolles propose des produits issus de l’agriculture genevoise et labellisés GRTA, le label de proximité de l’agriculture genevoise.

Domaine des Vignolles à Bourdigny
Route de Champvigny 6, 1242 Satigny, Suisse

www.vignolles.ch

Terre d’Esize, c’est une aventure d’agriculture, de proximité et de créativité. Depuis 2009, ils cultivent du blé dur pour leurs pâtes fabriquées artisanalement.

Terre d’Esize
Rue du Vieux-Four 62 – 1288 Aire-la-ville

www.esize.wordpress.com

Le domaine a renoué avec la tradition depuis dix ans et produit à nouveau ses propres vins. On y cultive de nombreux cépages, du chasselas au merlot en passant par le cabernet. Livrés directement du producteur genevois jusque chez vous partout en Suisse.

Domaine du Crest
Route du Château-du-Crest 40, 1254 Jussy, Suisse

www.domaineducrest.ch

Dans la Ferme du Lignon, 900 poules de race Lohman sont élevées en plein air et nourries principalement au grain (mélange de céréales), sans aucun stimulant ni farines animales. Leurs œufs labélisés GRTA – « Genève Région Terre Avenir » –respectent les principes de qualité, de proximité, de traçabilité et d’équité : le délai entre la ponte et votre assiette n’excède pas 4 jours et il n’y a aucun intermédiaire.

Ferme du Lignon
Route du Bois-des-Frères 51B, 1219 Vernier, Suisse

www.ferme-du-lignon.ch

La recette de Nicolas Burgi

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  •  4 grosses tomates jaunes Ananas
  • 1/2 poivron jaune
  • 1 gousse d’ail
  • 2 tomates noires de Crimée
  • 1 échalote
  • 5 feuilles de basilic thaï
  • Quelques fleurs comestibles pour la décoration
  • 2 tranches de pain de mie
  • 10 cl d’huile d’olive
  • 5 cl de lait d’amande
  • 4 pièces de mozzarella burratina GRTA, Casa Mozzarella à Carouge
  • Fleur de sel de céleri, baies verveine

Dans une casserole d’eau bouillante salée, plonger toutes les tomates une à deux minutes.

Les retirer puis les plonger dans un récipient d’eau glacée. Les peler et les épépiner.

Laver et épépiner les poivrons jaunes en morceaux.

Peler la gousse d’ail, la couper en deux et retirer le germe.

Dans un mixeur, mettre les tomates jaunes, les poivrons, le pain de mie, le lait d’amande et la gousse d’ail.

Saler généreusement, poivrer et ajouter 7 cl d’huile d’olive.

Laisser macérer 15 minutes et mixer jusqu’à l’obtention d’une soupe lisse. Ajouter un peu d’eau si nécessaire.

Éplucher, retirer les pépins et couper les tomates noires de Crimée en tout petits dés.

Éplucher et ciseler l’échalote le plus finement possible.

Ajouter un peu d’huile d’olive, le basilic thaï coupé, de la fleur de sel et de la baie de verveine écrasée.

Verser le gaspacho dans des bols et déposer un peu de tartare de tomates sur le dessus et les boules de mozzarella, ajouter un peu de fleurs pour la décoration, quelques feuilles de basilic et servir.

Découvrez les établissements m3 RESTAURANTS

Élégants, festifs et dotés d’une carte pointue, nos établissements répondent à la soif d’authenticité et de qualité des Genevois en privilégiant des produits locaux et de saison.

Retrouvez tous nos restaurants sur www.m-3restaurants.com

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Chronique hôtelière d’Anne Southam Aulas : L’hôtellerie post-COVID.

Nous avons ces derniers mois tous participé à un cours intensif de visio-conférences  (Zoom, Google Hangouts, Meet, etc.) avec partage de fichiers, découverte en arrière-plan du décor de chacun, irruption de charmantes voix d’enfants, effet Larsen dû aux aboiements du chien, son hachuré dû à un Wi-Fi approximatif, pour finalement constater que l’on peut rester très productif sans se déplacer. Une bonne nouvelle pour les entreprises qui ont pu maintenir leurs activités tout en économisant de substantiels frais de déplacements, une très mauvaise nouvelle pour les professionnels de l’hôtellerie d’affaires et ceux du tourisme en général, écrit Anne Southam Aulas, directrice m3 HOSPITALITY.

S’il est fort probable que touristes et gens d’affaires reprennent malgré tout et bientôt le chemin des gares et des aéroports, la crise du Covid aura sans doute transformé leurs comportements d’achat. Chaque séjour devant être mûrement réfléchi, le choix d’hébergement sera d’autant plus exigeant. Le client va rechercher des agréments supplémentaires susceptibles de justifier le choix de se déplacer plutôt que de visio-conférencer, en lui permettant par exemple d’alterner entre travail, loisirs et culture. La frontière entre l’hôtel d’affaires et de loisirs – déjà très atténuée depuis quelques années – devrait s’estomper encore un peu plus.

Pour faire revenir leurs clients, les hôteliers vont donc devoir renforcer leurs offres avec des propositions originales, mémorables, facilement identifiables. Autant de qualités promues via réseaux sociaux, sites Internet et agences de voyage en ligne. L’image projetée doit être porteuse de promesses bien éloignées des fastidieuses réunions de travail tout en assurant au client qu’entre une promenade sur la plage, une partie de pétanque ou une visite de château, il disposera bien de l’infrastructure nécessaire à son travail.

 

 « Le client va rechercher des agréments supplémentaires susceptibles de justifier le choix de se déplacer plutôt que de visio-conférencer, en lui per-mettant par exemple d’alterner entre travail, loisirs et culture. »

 

Principal point de contact entre clients et marques hôtelières, le digital est l’un des vecteurs de transformation de l’hôtellerie d’affaires en hôtellerie de loisirs-affaires. La qualité des visuels publiés sur les réseaux sociaux, les gages de qualité donnés par les influenceurs sont autant de moteurs qui influencent les choix des clients, y compris dans le segment « affaires ».

Cette image « idéale » est mise à l’épreuve dès l’arrivée du client dans l’établissement ; le mélange du physique et du digital fait donc aujourd’hui partie de l’offre hôtelière globale. Le décor, l’odeur, la musique, l’histoire racontée, les interactions avec le personnel sont autant de marqueurs qui vont conforter le client dans la justesse de son choix ou au contraire le décevoir, selon que la représentation qu’il s’était faite dans le monde digital est proche ou éloignée de la réalité.

C’est donc d’abord dans la communication digitale que les marques hôtelières vont attirer les voyageurs en quête d’un établissement « business – leisure », avec une promesse susceptible de motiver un déplacement qu’une visio-conférence aurait pu remplacer. Or rien ne remplace une expérience réussie dans un environnement nouveau, amusant, intriguant et bien sûr confortable.

 

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Télé-travail : les nouvelles géographies du chez soi

Quelles leçons pour les logements et les bureaux de demain? Tout le monde n’est pas égal face au télétravail. Mauvais remake du film Un jour sans fin, pour certains, un doux moment de pause, loin des préoccupations professionnelles, pour d’autres. Ce qui est certain c’est que cette crise nous a fait réfléchir sur notre attachement – ou pas – à notre lieu de travail.

Aujourd’hui que les restrictions sanitaires sont levées, tout le monde se demande si le télétravail à distance deviendra la norme dans certains secteurs, en matière d’organisation du travail. Pourtant travailler à domicile n’a pas été simple, voire adéquat, pour tous durant les trois mois de semi-confinement. Manque d’échange social, difficultés de séparer vie professionnelle et vie privée…Sur la durée, le télétravail chez-soi ne semble pas une solution parfaite pour tous.

Bien que nous n’ayons pas tous vécu le semi-confinement de la même manière, notre habitat a été durant trois mois le cadre unique et limité de tout ce qui fait notre quotidien  : lieu de vie, de travail, de sport et de sociabilité. Pour ceux ayant pu garder leur emploi et réaliser du télétravail à domicile, la maison s’est vue envahie par le travail, l’extérieur et les soucis.

La frontière entre espaces public et privé a été fortement remise en cause. Plus largement certains ménages vivant dans des appartements aux dimensions réduites ont souffert de la multifonctionnalité des lieux : difficultés à pouvoir s’isoler et bénéficier d’un coin à soi, difficultés à concilier la vie de famille et la vie de couple en étant 24/24h ensemble.

Habitat et intimité : L’intrusion du travail dans l’habitat

« La maison est notre coin du monde. Elle est un refuge qui nous assure une première valeur de l’être: l’immobilité. » – Gaston Bachelard. Pour beaucoup d’entre nous, le télétravail à domicile a brouillé le rapport que nous entretenons avec notre intérieur, notre « chez-soi ». Pour certaines personnes, l’impossibilité de « couper » vraiment avec le travail, parce que le lieu reste le même, a été une épreuve.

Afin de creuser la notion d’intérieur et réfléchir sur comment « habiter » un espace, m3 MAGAZINE a rencontré un psychologue genevois de renom  : Philip Jaffé. Il nous rappelle qu’habiter un espace est une aventure personnelle. Le chez-soi est un espace à partir duquel on peut « revenir » à soi. Comment le semi-confinement nous a forcés à repenser notre « chez-soi » ?  Avec le télétravail, explique Philip Jaffé, le Chez-soi a été brouillé, malmené et remis en question ! Le défi était alors de maîtriser le degré de porosité avec lequel le travail a fait irruption dans le « chez soi » et faire cohabiter le professionnel avec les autres priorités du quotidien.

Psychologue-psychothérapeute de renom, formé aux universités de Fribourg et Genève, Philip D. Jaffé est professeur à l’Université de Genève. Egalement membre du Comité des droits de l’enfant de l’ONU, il est amené à arpenter le monde. En mars dernier, au retour d’une mission dans le Pacifique Sud, il s’est retrouvé confiné chez lui à Sion avec son épouse et leurs deux enfants pré-adolescents. Initialement un peu désorienté, il a plongé comme à son habitude dans le travail, mais baignant dans le bonheur de la proximité physique et émotionnelle des siens.

 


© sedrik nemeth

SELON VOUS, QU’EST-CE QUE LE CHEZ-SOI ? ET QU’EST-CE QU’ÊTRE CHEZ SOI ?
P.J. : La sécurité du cocon privé… Le bien-être ressenti dans un espace que l’on contrôle et qui est libre des interférences avec des personnes qui ne sont pas invitées à le partager !

FACE À L’IMPOSSIBILITÉ DE « COUPER » VRAIMENT AVEC LE TRAVAIL, PARCE QUE LE LIEU RESTE LE MÊME, QUELS SONT VOS CONSEILS POUR VIVRE AU MIEUX LE TÉLÉTRAVAIL ?
Savoir passer de la porosité par nécessité aux moments d’étanchéité. Autrement dit, savoir se libérer l’esprit de l’ingérence professionnelle  ! Pour les parents dont le télétravail s’est avéré compliqué avec des enfants à la maison, l’essentiel est de fixer les différentes activités de la journée et leur durée avec une certaine discipline. Dans la mesure du possible, il faut préserver des espaces dédiés à la sphère personnelle. N’hésitez pas à créer des remparts autour de votre intimité  ! Pour réussir cela, les formules diffèrent mais la proactivité est de mise.

FACE À LA SOLITUDE ET L’ISOLEMENT IMPOSÉS PAR UN TÉLÉ-TRAVAIL PROLONGÉ, POURQUOI EST-IL UTILE DE CONSULTER UN PSYCHOLOGUE ?
Un certain nombre de personnes ressentent le besoin d’être « contenues » par l’encadrement, la supervision et même un certain contrôle présentiel. Pour certaines, le changement de rythme a été trop abrupt et associé à des états d’angoisse liés à la pandémie… De plus, pour les couples et les familles dont l’harmonie est précaire, se regarder dans le blanc des yeux 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, peut tout faire exploser.

D’autres personnes se sont retrouvées en situation de vulnérabilité psychologique car la fréquentation de leur lieu de travail représente pour elles la principale, voire l’unique, occasion de créer du lien social. Je me demande si le monde professionnel n’a pas une certaine responsabilité à réfléchir sur le «  para-télétravail  », en proposant des activités complètement optionnelles pour parer à l’isolement de certaines et certains. Néanmoins, j’ai l’impression que le semi-confinement a également été l’occasion de découvrir comment tisser des liens autrement, virtuellement, à travers les outils numériques.

Architecture d’intérieur : Des intérieurs équilibrés  entre intimité, vie commune et télétravail.

Trois mois de télétravail à la maison ont mis en lumière les défauts de nos lieux de vie. Même une fois déconfinés, pourquoi ne pas repenser notre intérieur… Nous l’avons bien compris : il est impératif de se créer des espaces à soi ! Mais comment ? m3 Magazine a rencontré Clémentine Chometon, architecte d’intérieur basée à Genève et co-fondatrice de ICI Store, qui nous explique comment nous pouvons faire de la conception de notre intérieur une expérience privilégiée et accessible. Co-fondé par Clémentine Chometon et son associée la céramiste Lisa Novel, ICI Store (Situé au 14 Route de Chêne à Genève) est à la fois un cabinet de conseil en architecture d’intérieur, une boutique de mobilier et de décoration et un atelier de céramique. Nous sommes souvent tentés de prendre une chaise de la cuisine et un coin de table. Grosse erreur, explique-t-elle ! La première chose à faire serait d’acheter un mobilier confortable et dédié au télétravail.

Entretien avec Clémentine Chometon, Co-fondatrice de ICI Store et ICI Architecture d’Intérieur.

QUELS SONT VOS CONSEILS EN MATIÈRE D’AMÉNAGEMENT ET D’ERGONOMIE POUR CRÉER UN ESPACE INTÉRIEUR ÉQUILIBRÉ ENTRE INTIMITÉ ET EXIGENCES DU TÉLÉTRAVAIL ?
L’avantage du télétravail, c’est que l’on a le choix de son cadre de travail. On peut désormais se retrouver dans un environnement chaleureux, rassurant, à la différence de l’open-space qui peut générer du stress supplémentaire. Arranger un espace de travail chez soi permettra une meilleure concentration, et une sensation de bien-être pour renouer avec le travail. De nombreuses personnes ont compris l’importance d’être en accord avec son intérieur. Surtout celles qui ont passé trois mois à regarder une tapisserie qu’elles détestaient !

En tant qu’architecte d’intérieur, je propose à mes clients une offre sur-mesure car chaque habitat est différent et possède une «  personnalité  » qui lui est propre. A mon sens, tout espace de travail doit bénéficier d’un apport de lumière naturelle. Le silence est également un facteur essentiel pour faciliter la concentration. Pour les personnes qui manquent d’espace, il faut se mettre à l’écart le plus possible de toute activité domestique, le cas échéant, privilégier principalement la chambre à coucher. En termes d’ergonomie, l’essentiel est d’avoir une position assise confortable. Nous sommes souvent tentés de prendre une chaise de la cuisine et un coin de table. Grosse erreur ! La première chose à faire serait d’acheter un mobilier confortable et dédié au télétravail.

DE NOMBREUX BIENS IMMOBILIERS NE SONT PAS VRAIMENT IMAGINÉS POUR LES ACTIFS À DOMICILE… SELON VOUS, QU’EST-CE QUE LE SEMI-CONFINEMENT A RÉVÉLÉ DE NOS LOGEMENTS ?
Auparavant, le télétravail ne faisait pas partie du quotidien en Suisse romande. Avec l’arrivée du Covid, les entreprises ont dû s’adapter très rapidement. Sauf que l’habitat n’était clairement pas pensé pour faire cohabiter vie privée et vie professionnelle. Surtout dans les petits espaces, et avec parfois la présence des enfants qui vient rajouter une contrainte d’espace supplémentaire.

Si le télétravail tend à devenir une pratique courante, il sera désormais considéré comme un élément clé à prendre en compte au même titre qu’un autre besoin. Il sera donc indispensable de repenser l’habitat pour avoir un coin isolé que l’on pourra dédier au travail, au même titre qu’un autre espace de vie.

Architecture : Bâtir des immeubles mieux adaptés à notre (futur) mode de vie

Comment adapter nos habitats au quotidien de tous les membres de la famille ? Comment disposer d’espaces qui communiquent, mais qui, au besoin, peuvent être isolés ? Voici quelques questions soulevées par le semi-confinement des trois derniers mois. Cette expérience a également mis en lumière les carences et les inégalités sociales des logements contemporains. Quelles leçons tirent les architectes de cette crise pour l’avenir du logement ? Dominique Zanghi, directeur de m3 ARCHITECTURE explique l’importance de replacer l’essentiel au cœur de l’architecture. Pour Carmelo Stendardo, co-fondateur et associé du bureau 3BM3, c’est la manière de vivre ensemble qui doit être repensée. A moyen terme, dit Hervé Dessimoz, CEO du bureau Groupe H, il faut penser à des plans plus flexibles où le nombre de pièces ne sera pas le facteur déterminant du loyer. Ce facteur sera plutôt celui de la surface mise à disposition !

Créé en 2019, m3 ARCHITECTURE est un bureau d’architectes et d’urbanisme genevois, dirigé par Dominique Zanghi, architecte avec une expérience de plus de 30 ans à Genève.

LA QUALITÉ DES LOGEMENTS A ÉTÉ MISE À L’ÉPREUVE DURANT L’EXPÉRIENCE DU CONFINEMENT PROLONGÉ. QUEL REGARD PORTEZ-VOUS SUR CELA ?
Afin de comprendre pourquoi la typologie de certains logements n’était, en effet, pas adaptée à ce que nous avons vécu, il est indispensable de remettre notre héritage architectural en perspective historiquement. Fin du 19e siècle, l’industrialisation des villes, et donc l’arrivée massive des personnes en ville, ont généré une crise du logement. Les deux guerres mondiales ont ensuite tout bouleversé.

Le mouvement moderne s’est alors penché sur la manière d’habiter en ville où la plupart des logements étaient insalubres. N’oublions pas que jusqu’au milieu du 18e siècle, les villes étaient encore construites sur des tissus parcellaires issus du Moyen Âge et entourées les remparts. Comment faire également pour « ouvrir » ces villes et permettre aux habitants de profiter de la lumière ? Durant l’entre-deux-guerres, grâce à quelques réalisations comme l’immeuble Clarté qui date de 1932, rue Saint-Laurent 2-4 – Le Corbusier, la façon d’habiter s’est légèrement améliorée mais c’est réellement à la fin de la deuxième guerre mondiale qu’on a commencé à construire massivement du logement avec comme objectif de permettre au plus grand nombre de vivre correctement.

Ce critère est aujourd’hui, bien évidemment, le critère principal dans la construction. Et pourtant nos logements ne sont, tout de même, pas adaptés au confinement qui suppose d’accueillir en permanence, du jour au lendemain, tout le monde à la maison et de télé-travailler de surplus. Mais au-delà du confinement, les logements ne répondent pas non plus aux transformations sociales de la population dont les couples monoparentaux et les familles recomposées.

Encore aujourd’hui les logements ne sont pas tous adaptés à la garde alternée, à la visite des parents ou des grands-parents. Prenons par exemple un couple qui se retrouve momentanément une semaine sur deux avec 5 enfants… À ce jour, pour faire face à cela, nous avons vu émerger la chambre indépendante que plusieurs familles pourraient louer occasionnellement dans un immeuble.

SELON VOUS, COMMENT LE TÉLÉTRAVAIL MODIFIE NOTRE RAPPORT AU LOGEMENT ?
À mon sens, ce n’est pas uniquement la question du télétravail qui interroge notre rapport avec notre habitat, mais ce sont nos modes de vie. Prenons un exemple : auparavant, la télévision était un des pivots du logement, autour duquel toute la famille se réunissait dans la même pièce et partageait certains moments. Aujourd’hui tout le monde est connecté mais séparément. Les membres de la famille sont sur leurs tablettes et smartphones respectifs donc de façon individuelle. La famille n’est pas forcément réunie et l’espace individuel dans le logement prend beaucoup plus d’importance.

D’autre part, au-delà du fait d’être confinés et obligés de rester chez nous, l’étroitesse de certains logements était déjà une réalité contraignante. Si à cela on ajoute la possibilité de travailler et d’étudier à distance, il est évident que l’idéal serait d’agrandir les logements mais cela est un luxe que tout le monde ne peut pas se permettre. D’autant plus que l’on dépense déjà beaucoup de surface en Suisse. Il faudra donc revoir l’aménagement des appartements ! Étant donné que nos modes de vie évoluent très vite, il faudra peut-être aussi envisager que tout ne se passe pas forcément toujours dans le logement.

LE CONFINEMENT A MIS EN EXERGUE L’IMPORTANCE DES LIEUX PUBLICS PARTAGÉS, DES ESPACES PUBLICS AINSI QUE DE LA MOBILITE DOUCE…
Avec la limitation de notre liberté de se mouvoir, de pouvoir sortir et de partager la vie avec d’autres, nous nous sommes rendu compte que la nature en ville est très importante. Nous avons aussi vu combien la nature pouvait prendre très vite le dessus. La restriction de notre mobilité nous a poussés à chercher les espaces verts proches de nos domiciles. En Suisse, nous avons beaucoup de chance car des espaces de qualité existent : les villes ont des parcs et des promenades.

Si les mesures de distanciation devaient être respectées encore longtemps, il faudra que ces espaces soient adaptés à des besoins plus dilatés. En tant qu’architecte, j’ai été très sollicité car je devais, par exemple, intégrer des pistes cyclables et de plus larges trottoirs. Les chemins de promenade, auparavant d’une largeur de deux mètres, devront être plus généreux afin de permettre aux personnes de garder des distances.

Cependant, la question de la place se posait déjà avec l’usage croissant du vélo et des trottinettes par exemple, qui n’est pas toujours compatible avec le déplacement des piétons. Par ailleurs, les files d’attente pour rentrer dans certains magasins soulèvent la question de la largeur des trottoirs. Imaginons, s’il avait fallu respecter les mesures de distanciation en hiver… En été, c’est moins gênant de faire la queue dehors mais si cela continue ainsi cet hiver, la notion d’attente sur un trottoir ne sera pas acceptable. Autrement dit, si comme disent les experts « il va falloir vivre avec le virus », le seuil d’entrée entre un magasin et un trottoir devra alors se dilater.

Mais comment cela pourrait être possible sachant que la location du mètre carré commercial est déjà excessive ? Est-ce que c’est le commerçant qui s’offrira plus de mètres carrés ? Or, en raison de la crise les loyers ne peuvent plus monter.

Très sensible à la fonction sociale de l’architecture qui définit à long terme l’organisation des espaces urbains, 3BM3 Atelier d’Architecture SA a été fondé en 2000 par Carmelo Stendardo et Bénédicte Montant. Fort d’une quarantaine de collaborateurs, l’Atelier conçoit, réalise et dirige des pro-jets architecturaux et urbanistiques aussi bien à Genève et dans ses environs qu’à l’étranger, notamment au Luxembourg, en Grèce, à Singapour, aux Émirats, au Qatar et en Chine. Travaillant tant à l’échelle du design qu’à celle d’infrastructures beaucoup plus complexes, 3BM3 Atelier d’Architecture développe pour ses clients des projets de maisons, d’immeubles d’habitation, de bâtiments administratifs entres autres. Durant ses 30 ans d’expérience dans les domaines de l’architecture et de l’urbanisme, Carmelo Stendardo s’est toujours engagé dans la réflexion sur la profession, l’environnement bâti et l’aménagement du territoire genevois. Il a présidé dans ce cadre la Fédération des architectes et des ingénieurs, les commissions cantonales d’architecture et des Monuments, de la Nature et des Sites (CMNS).

D’APRÈS VOUS, QU’EST-CE QUE LE SEMI-CONFINEMENT A RÉVÉLÉ DE NOS LOGEMENTS ?
Bien que nous ayons eu l’immense chance d’être soumis à un confinement responsable et non pas à un confinement coercitif, cette situation a mis en exergue la nécessité impérative de développer les aspects qualitatifs des logements. Ces derniers passent par la générosité dimensionnelle de certaines pièces ou la flexibilité d’usage d’autres, mais également par les prolongements extérieurs, soit sous forme de balcons, de loggias ou de terrasses. L’isolation acoustique entre logements est aussi un élément important. Alors que nous profitions tous d’un silence apaisant dans un climat de totale incertitude, les bruits entre voisins ont provoqué beaucoup de tensions.

D’UN POINT DE VU ARCHITECTURAL, COMMENT EXPLIQUEZ-VOUS QUE DE NOMBREUX LOGEMENTS ONT ÉTÉ SI PEU COMPATIBLES AVEC LA NOTION D’INTIMITÉ ET LE TÉLÉTRAVAIL PENDANT CETTE PÉRIODE ?
Le logement n’a jamais été conçu pour une occupation complète dans le déroulement d’une journée, ni pour le développement de toutes les activités qui occupent nos vies : le travail, les études, la culture, les loisirs, le sport… Se retrouver à pratiquer tout cela dans un espace confiné, à plusieurs, n’a de toute évidence pas été une partie de plaisir pour une bonne partie de la population  ! Certes nous pouvons et devons améliorer la qualité des logements, mais imaginer que l’on puisse parvenir à concilier toutes ces activités dans un seul espace est illusoire.

La situation que nous avons traversée est inédite et il faut espérer qu’elle reste comme telle. En revanche, réaliser des logements sans prolongements extérieurs ou avec des pièces à la limite de l’habitabilité doit désormais faire partie de notre passé. Les logements devraient disposer d’espaces modulables, par des cloisons coulissantes par exemple, interchangeables (le salon devient une chambre à coucher ou celle-ci devient un espace de travail) et réellement adaptés à leurs occupants.

EST-CE À DIRE QUE LA CONSTRUCTION DOIT SE REPENSER ? FAUT-IL ALORS REPENSER LES ESPACES POUR GAGNER EN PLACE ?
La disponibilité foncière est une denrée rare et il est acquis qu’il faut préserver nos sols. Dès lors imaginer que l’on puisse construire des appartements plus grands à l’avenir me semble difficile. Cependant, c’est la manière de vivre ensemble qui doit être repensée. Ce processus était en cours bien avant l’apparition du Covid-19, avec des appartements partagés, multigénérationnels et où finalement la sensation de disposer de plus d’espace devient une réalité.

Un plus grand nombre de personnes partage un grand salon, un espace bibliothèque, des espaces de coworking ou des aménagements extérieurs plus généreux, sans que la sphère intime de la chambre soit réduite. Ces formes d’habitats nous permettent de disposer de ce qu’à titre individuel nous ne pourrions pas avoir, comme des jardins potagers ou des saunas.

DURANT CES DERNIÈRES DÉCENNIES, LA PRESSION DU FONCIER ET LES COÛTS DE CONSTRUCTION ONT-ILS ABOUTI À UNE RÉDUCTION DES SURFACES HABITABLES, À LA FAIBLESSE DE LEURS OUVERTURES SUR L’EXTÉRIEUR ET À LA DISPARITION DES TERRASSES ET AUTRES ESPACES D’AGRÉMENT EN PLEIN AIR ?
Certainement, la pression sur le foncier ne favorise pas le développement de solutions qualitatives pour le logement. Je n’incriminerais pas les coûts de construction car ils répondent aux standards exigés et aux normes en vigueur. Nous avons la chance en Suisse d’avoir en général des constructions de grande qualité, donc durables et pour lesquelles il faut payer un certain prix.

Le foncier a cependant un poids considérable, lié évidemment à l’étroitesse de notre territoire et à la faible disponibilité des sols à bâtir. Dans tous les cas, il n’est pas admissible que ces paramètres aient une incidence sur la qualité des logements. Celle-ci doit être un droit pour les citoyens, et réaliser aujourd’hui encore des logements sans prolongements extérieurs ou mal orientés doit être proscrit.

LE SEMI-CONFINEMENT ET LE TÉLÉTRAVAIL GÉNÉRALISÉ ONT RÉVÉLÉ QUE LES QUESTIONS DE TAILLE ET DE QUALITÉ DES LOGEMENTS (AINSI QUE LA MANIÈRE DONT CES DERNIERS PERMETTENT DE TISSER DU LIEN SOCIAL AU SEIN DE LA VILLE) SONT PRIORITAIRES DANS L’ARCHITECTURE ET L’IMMOBILIER. POUVEZ-VOUS NOUS EN DIRE DAVANTAGE ?
La qualité des logements est au centre des préoccupations de nombreux architectes depuis des décennies. Ces derniers n’ont pas attendu la pandémie pour s’interroger sur l’habitat et son évolution dans nos sociétés  ! La crise sanitaire a surtout révélé que la mauvaise architecture n’est pas viable et qu’elle fait payer un important tribut à ceux qui l’occupent. Il faut dès lors élever le débat, favoriser l’architecture qui parle réellement de qualité, qui met l’être humain au centre de ses préoccupations. Cela devrait s’étendre également à tous les acteurs de la construction, du promoteur à l’entrepreneur, pour un développement culturel de l’acte de bâtir.

Directeur du Groupe H, et membre de l’Ordre des Architectes en Ile-de-France, Hervé Dessimoz partage avec nous ses réflexions sur notre rapport au logement.

QUELLES LEÇONS L’ARCHITECTE POURRAIT-IL TIRER DU SEMI-CONFINEMENT QUE NOUS AVONS TOUS VÉCU ?
La densification et la forme urbaine proposée à Genève, sou-vent réalisée en îlots avec des cours intérieures, conduisent à des échelles (distance, hauteur) peu ou pas adaptées à l’échelle humaine. De plus, la valeur locative de l’appartement, étant fixée au nombre de pièces, permet à certains propriétaires de mettre sur le marché des logements minimalistes, source de mal être pour les résidents. Le semi-confinement a rendu la cohabitation des familles difficile dans des espaces mal adaptés.

La rigidité du plan, codifié par des règlements très contraignants, amène à des typologies standardisées : hall d’entrée, cuisine + séjour + salle à manger dans un espace partagé ; chambres à cou-cher cloisonnées à minima ; généralement sur une façade arrière peu éclairée ou avec des vis-à-vis ; des balcons présentant souvent des dimensions trop étriquées pour remplir cette fonction. Enfin, un appartement sans terrasse ne devrait pas exister…

A moyen terme, il faut penser à des plans plus flexibles où le nombre de pièces ne sera pas le facteur déterminant du loyer. Ce facteur sera plutôt celui de la surface mise à disposition ! Cette surface devra offrir des équipements fixes (pièce d’eau et cuisine) et judicieuse-ment disposés pour permettre la modulation des espaces selon les attentes de chacun, voire selon les circonstances : télétravail par exemple mais aussi arrivée des enfants qui en fonction de leur âge ont des besoins qui évoluent.

QU’EST-CE QUE LA CRISE SANITAIRE A RÉVÉLÉ DE NOTRE RAPPORT AU LOGEMENT?
Nos logements ne sont plus des lieux de vie mais de passage… On y reste rarement le jour et l’on y revient pour dormir. Pour avoir de l’intimité, les chambres répondent à cette attente. Par contre pour le télétravail, elles sont plutôt exiguës et souvent encombrées par du mobilier ne répondant pas aux exigences de cet exercice. Dès lors, il reste la pièce commune, plus grande, mais partagée… certainement vivante mais peu susceptible de permettre le silence et la concentration, voire le travail en visioconférence.

Si l’on décide de généraliser le télétravail, il faut proposer une pièce supplémentaire, réservée à cette activité et équipée en conséquence. Mais il y a un coût ! Celui-ci pourrait être partagé en trois : l’employeur qui économisera en surface de bureau ; l’employé qui économisera en frais de déplacement, gagnera du temps, pour lui, sa famille et ses amis ; la collectivité publique qui verra diminuer les besoins en espaces et transports publics. Il s’agit là d’une proposition simple mais rapidement réalisable car basée sur le bon sens.

LE SEMI-CONFINEMENT ET LE TÉLÉTRAVAIL GÉNÉRALISÉ ONT RÉVÉLÉ QUE LA MANIÈRE DONT LES LOGEMENTS NOUS PERMETTENT DE TISSER DU LIEN SOCIAL AU SEIN DE LA VILLE EST PRIORITAIRE DANS L’ARCHITECTURE ET L’IMMOBILIER…

Oui. Si la qualité du logement est fondamentale, le prolongement du logement en termes de partage au-delà du cercle familial l’est également  ! Il faut éviter l’isolement et créer des lieux d’activités et d’échanges. Nous l’avons proposé dans la Tour C2 à Meyrin. Nous y avons disposé une grande terrasse végétalisée ouverte à tous les résidents avec les buanderies. Tout cela à mi-hauteur du bâtiment. Au-delà des événements organisés par les familles, il y a aussi des événements collectifs. Cet espace est une première étape vers la vie sociale avant la rue et les lieux publics. Il ne s’agit pas de la solution mais d’une partie de la solution. Si vous cultivez un lien social à proximité de votre lieu de vie, il sera plus facile de le pratiquer dans la Ville !

Les bureaux de demain : Espaces de Coworking, une alternative au home office

Manque d’échange social, difficultés de séparer vie professionnelle et vie privée… . Il n’est pas toujours simple, voire adéquat, de télé-travailler chez soi. Sur la durée, le télétravail à domicile n’est donc pas une solution parfaite. Une alternative possible : les espaces de coworking ! En effet, pour les salariés dont le retour au bureau n’est pas pos-sible avant longtemps, les espaces de coworking peuvent offrir une alternative plus sociale.

Travailler dans un tiers lieu permet de marquer une coupure franche entre vie pri-vée et vie professionnelle, de retrouver des horaires et une ambiance de bureau. C’est une solution très efficace si le retour au bureau n’est pas possible avant longtemps pour les salariés. D’autant plus que les mesures sanitaires de désinfection sont les mêmes que pour les entreprises, ces lieux partagés ne présentent donc pas plus de risques. Enfin, ils évitent à certaines personnes de prendre les transports  !

Côté entreprises, le coworking représente une solution très flexible car il est possible de réserver des places rapidement et sans s’engager sur une longue durée. Il est possible que l’expérience de télétravail généralisé pendant le semi-confinement accélère la mutation des espaces de travail traditionnels au cours des prochaines années. Les entreprises passeront probablement d’un pilotage des coûts immobiliers au mètre carré à un pilotage par collaborateur. Le télétravail étant déjà plébiscité dans certains secteurs professionnels, les immeubles de bureaux vont certainement connaître d’importantes transformations.

Et si nous imaginions un futur où le travail ne serait plus systématiquement corrélé à un bureau fixe, les horaires deviendraient flexibles, et le temps gagné serait réinvesti dans des activités jugées plus bénéfiques pour le bien-être personnel ? Deux experts du coworking, Amanda Byrde, fondatrice et directrice d’Impact Hub Genève, et Kaspar Danzeisen, directeur associé de l’espace coworking Voisins, partagent avec nous leurs réflexions sur les bureaux de demain.

Passionnée par l’entrepreneuriat social et l’économie circulaire, et titulaire d’un diplôme en HEC de l’Université de Genève, Amanda Byrde a co-fondé Impact Hub Genève et Lausanne, où elle développe de nouvelles approches pour mettre en relation le secteur privé, la communauté internationale et les entrepreneurs pour un impact durable. Elle est également co-présidente d’Impact Hub Suisse, et co-initiatrice de Circular Economy Transition , une initiative pionnière mise en œuvre dans 5 villes suisses avec pour objectif d’accélérer la transition. Un autre projet phare d’Impact Hub Genève, est Accelerate2030 , un programme mondial multipartite, co-initié par Impact Hub Genève et le PNUD Genève en 2016, dont la mission est d’aider les entrepreneurs des pays en développement à contribuer aux Objectifs de développement durable (ODG).

QUEL SERA L’IMPACT À MOYEN TERME DE LA CRISE SANITAIRE SUR LE MARCHÉ DES ESPACES DE COWORKING ?
À moyen terme, il reste toujours un peu d’incertitude mais nos espaces à Genève et à Lausanne reprennent vie. Certains jours nous oublions même qu’une crise est survenue. Pour le long terme, mis à part la montée du nombre d’indépendants prévu en hausse, nous avons reçu des demandes de la part d’entreprises qui souhaitent placer leurs employés, ou d’employés eux-mêmes qui sont en télétravail mais ont besoin d’un espace pour donner rendez-vous à leurs clients.

PENSEZ-VOUS QUE LES ESPACES DE COWORKING JOUERONT LE RÔLE DE DÉSENGORGER LES BUREAUX, TOUT EN PERMETTANT AUX SALARIÉS QUI SOUHAITENT ÉVITER LES TRANSPORTS EN COMMUN DE SE TOURNER VERS UN ESPACE À LA FOIS CONÇU POUR LE TRAVAIL ET PROCHE DE LEUR LIEU DE VIE ?
Absolument  ! Le télétravail c’est très bien, mais ce n’est pas une solution à long terme. On entend parfois parler d’une “phobie” des meetings en ligne. Du côté des entreprises, on ressent un besoin croissant de plus de flexibilité. Elles ne peuvent plus se permettre de s’engager à long terme dans des baux qui ne satisfont plus leurs besoins, qui évoluent au fur et à mesure du temps face à un marché du travail de plus en plus fluide.

COMMENT RESPECTEZ-VOUS LA NÉCESSITÉ D’ESPACER LES COLLABORATEURS DANS VOS ESPACES DE COWORKING ?
Nous avons réaménagé nos espaces afin de permettre une distanciation des personnes. Nous rappelons à nos membres de prendre les précautions nécessaires et affichons des rappels des gestes barrières à respecter. Nous suivons ainsi les recommandations données par The Swiss Coworking Association.

SELON VOUS, À QUOI RESSEMBLERONT LES BUREAUX DE DEMAIN ?
Nous sommes un espace de coworking axé sur le bien-être, le développement durable et l’inclusion de tous. Par conséquent, nous envisageons des bureaux remplis de plantes et de sourires, avec plus de flexibilité en accord avec les besoins des métiers de demain. Nous espérons que les espaces de co-working de demain vont permettre une collaboration plus poussée entre différentes entreprises, organisations et entrepreneurs qui, sans coworking ou lieu d’échanges, ne se seraient jamais rencontrés !

Après six ans dans le secteur Finance et IT au sein de multinationales, et l’obtention d’un MBA à l’EPFL, Kaspar Danzeisen rejoint l’équipe Voisins en tant que directeur associé pour développer un réseau d’espaces de travail et de vie à Genève et en Suisse romande.

QUEL SERA L’IMPACT À MOYEN TERME DE LA CRISE SANITAIRE SUR LE MARCHÉ DES ESPACES DE COWORKING ?
Je suis plutôt optimiste  ! De nombreuses entreprises ont été obligées de découvrir de nouveaux modes de travail en général, dont le home office, et aussi des outils collaboratifs virtuels. Elles ont donc dû sortir du mode de pensée selon lequel pour être efficace et mieux gérer les équipes, il faut être au bureau, tous au même endroit. Ces changements peuvent débloquer une grande demande supplémentaire pour les espaces de coworking provenant des PME et moyennes entreprises, le coworking compris comme une location d’espaces de travail flexibles et non pas nécessairement comme une collaboration entre professionnels dans un open space.

Avant la crise sanitaire, 50% de notre clientèle était déjà composée de salariés. Leur employeur payait l’abonnement chez nous. En ce qui concerne Voisins, nous avons également des cafés dans nos centres qui sont ouverts au grand public. Depuis le déconfinement, l’activité reprend plutôt bien. On voit que les clients ont envie de ressortir de chez eux et de retrouver des contacts sociaux. Quant à nos bureaux, notamment l’utilisation nomade (espace partagés), nous sommes encore en-dessous du taux d’utilisation d’avant la crise. On constate que beaucoup plus de personnes font du home office qu’avant. La reprise est donc progressive.

En revanche, nous avons de nouvelles demandes de personnes qui en ont marre du home office et qui rencontrent des difficultés à gérer à la fois leur charge de travail et leur vie de famille, notamment dans des logements qui ne sont pas adaptés à du télétravail prolongé. Ils ont donc besoin d’autres alternatives.

VOUS AVEZ VOUS-MÊME FAIT DU TÉLÉTRAVAIL. COMMENT VOUS ÊTES-VOUS ORGANISÉ ?
Personnellement, j’ai découvert les avantages à ne pas devoir me déplacer pour aller au travail… J’habite à la campagne et j’ai un trajet pendulaire tous les jours. Nous perdons tout de même du temps dans les transports en commun ou dans la voiture… Nos équipes ont également intégré le home office qui n’était pas généralisé au sein de Voisins alors que nous avons déjà une politique de travail très moderne. Aujourd’hui, c’est devenu naturel dans notre mode de fonctionnement.

QUELS SERAIENT VOS CONSEILS POUR LES PERSONNES SOUHAITANT S’INITIER AU COWORKING COMME COMPLÉMENT DU HOME OFFICE ?
Je pense qu’il faut décortiquer le quotidien selon le type de tâche et ensuite choisir votre lieu de travail en fonction de vos tâches: certaines activités se prêtent parfaitement pour la maison, d’autres pour un poste dans un bureau traditionnel et d’autres pour un cadre plus décalé et inspirant tel qu’un espace de coworking. A mon sens, du point du vue du travailleur, l’idéal serait d’avoir plusieurs options et de pouvoir s’organiser selon ses besoins, le type de projet et l’équipe impliquée.

SELON VOUS, À QUOI RESSEMBLERONT LES BUREAUX DE DEMAIN ?
Avant tout, rappelons que tous les métiers ne peuvent pas être exercés en télétravail. Néanmoins, je suis convaincu que les bureaux au sens traditionnel du terme n’existeront plus dans le futur. En revanche, ils seront des lieux de rencontre à l’image des espaces de coworking, adaptés à des réunions, des activités de brainstorming  et de stratégie. En revanche, l’exécution du travail pourra être décentralisée  : soit les grandes entreprises auront plusieurs locaux sur une même ville pour éviter que leurs employés ne fassent de longs trajets, soit elles leur permettront de choisir eux-mêmes leur lieu de travail, dont des espaces de coworking.

La mobilité déconfinée : Entre télétravail et mobilité alternative

La crise du coronavirus ouvre également des perspectives quant à la notion de mobilité professionnelle de demain. Aura-t-on toujours besoin d’aller travailler dans un bureau ? Va-t-on assister à un essor du nomadisme digital ? Selon les données de de l’Office fédéral de la statistique, avant la crise du coronavirus, chaque individu en Suisse passait en moyenne près de 90 minutes par jour dans les transports. Alors qu’ils ne consacraient que 30 mn dans des activités de loisir !

Une enquête récente de Deloitte montre une recrudescence des moyens de transport individuels aux dépens des transports publics, taxis et autres services de transport. De nombreux usagers, craignant la contagion dans les trans-ports en commun, envisagent désormais d’opter pour le vélo, le scooter, la trottinette électrique ou la voiture, ainsi que de travailler plus souvent à domicile. Près d’un quart des personnes interrogées prévoient de circuler moins souvent en train, en bus, en tram ou en taxi. Selon l’enquête le trafic cycliste et piétonnier va certainement s’amplifier dans les centres urbains.

A l’image des villes de Bogota, Calgary et New York, la ville de Genève a mis à disposition des pistes cyclables temporaires et des voies réservées aux vélos. Le vélo est aujourd’hui l’une des mobilités douces individuelles les plus sûres. Certains acteurs de la moblité vont même jusqu’à promouvoir la « démobilité », un moyen de réduire nos dépla-cements pendulaires. Plus qu’une obligation pour préser-ver et protéger ses employés de la contagion, la démobilité serait aussi une manière de protéger notre environnement. m3 MAGAZINE a rencontré Giorgio Giovannini, fondateur et directeur du cabinet de conseil Mobilidée, auteur du guide « Mobilité du déconfinement ».

Active depuis 2004, Mobilidée est un cabinet de conseil qui propose des services de mobilité et des outils de gestion aux entreprises et collectivités publiques pour les accompagner à gérer la mobilité de leurs collaborateurs.Sa vision : faire évoluer les habitudes de mobilité vers des modes de déplacements efficaces et durables, répondant notamment aux problèmes de stationnement rencontrés par les Genevois. A ce jour, Mobilidée a réalisé plus de 300 plans de mobilité, créé les services Noctambus, Centrale mobilité et Caddie-Service, et conçu la solution fairpark permettant de gérer le stationnement et la mobilité simple-ment et efficacement. Son fondateur et directeur, Giorgio Giovannini, partage avec nous ses réflexions sur les possibles transformations post-covid concernant les habitudes de mobilité des salariés genevois.

QUELLE MOBILITÉ DEVRIONS-NOUS ADOPTER À LA SORTIE DE CETTE CRISE SANITAIRE, QUAND IL S’AGIT À LA FOIS DE RESPECTER LA DISTANCIATION PRÉCONISÉE ET D’ÉVITER D’ENGORGER NOS ROUTES ?
Nous avons récemment publié un petit guide intitulé «  Mobilité du déconfinement » qui décrit les bonnes pratiques à adopter sous l’angle de la distanciation physique mais également de l’environnement, de la santé et des coûts. Le meilleur mode de déplacement à adopter est la « démobilité » ! Ce néologisme, propre à notre métier, désigne le fait de ne pas se déplacer pour aller travailler. Il fait donc allusion au télétravail, qu’il soit à domicile ou depuis un tiers-lieu (coworking, succursale de l’entreprise).

Comme pour l’énergie, le déplacement le plus efficace, notamment dans cette période sanitaire compliquée, est celui qu’on ne fait pas ! Outre le travail à distance, il est également recommandé de privilégier les modes individuels dits «  doux  », à savoir la marche, le vélo, le vélo électrique et toutes autres formes de mobilités actives (trottinettes,…). Bien entendu, tout le monde n’a pas d’alternatives à la voiture en solo, dans ce cas, nous recommandons de l’utiliser le plus possible en combinaison avec des parkings relais (s’ils sont disponibles) à partir desquels on peut poursuivre à vélo ou en transports publics.

Le grand défi à venir pour les villes et les agglomérations sera d’éviter que les habitués des transports publics, qui boudent actuellement ce mode de déplacement, ne se reportent massivement sur la voiture individuelle sous peine de créer d’importants désagréments sur la route.

POUVEZ-VOUS NOUS PARLER DU POTENTIEL DE LA MOBILITÉ DOUCE, TELLE QUE LE VÉLO (VOIE VERTE, PISTES CYCLABLES) À GENÈVE DANS CE CONTEXTE POST-COVID ?
Dans le cadre d’un plan de mobilité, il est usuel d’analyser le potentiel d’utilisation du vélo par les salariés d’une entreprise. Pour cela, nous regardons qui, parmi l’ensemble des collaborateurs, est domicilié à moins de 9 km de son lieu de travail, distance limite parcourable aisément et volontiers à vélo (électrique). Très souvent, nous constatons des proportions qui dépassent le tiers de l’effectif et ce chiffre peut monter jusqu’aux deux tiers pour certaines entreprises ! Même dans les grandes zones industrielles de notre Canton, souvent excentrées, nous enregistrons des proportions qui avoisinent les 20%. Bien entendu, toute personne qui se trouve à distance cyclable de son lieu de travail ne peut ou ne souhaite pas prendre son vélo. Si toutefois, l’effort conjoint de l’entreprise (via des mesures incitatives) et des collectivités publiques (via les aménagements cyclables) permettait de capter ne serait-ce que 15% à 20% du potentiel total, nous pourrions assister à une transformation significative de la mobilité à Genève !

COMMENT PROFITER DES EFFETS DU COVID19 SUR NOS HABITUDES QUOTIDIENNES POUR TRANSFORMER NOS MOBILITÉS URBAINES ?
La crise sanitaire que nous avons vécue, notamment pendant sa phase aiguë, a spectaculairement pesé sur la diminution des déplacements. En quelques jours, une très grande quantité d’entreprises et collectivités se sont organisées pour que le travail soit effectué à distance. D’après de nombreux retours d’entreprises, cette forme d’organisation, toujours plébiscitée par les collaborateur. trice.s mais trop souvent non souhaitée par les managers, a de fortes chances de s’ancrer durablement, dans une pratique toutefois plus occasionnelle que celle qu’on a connu durant le semi-confinement en Suisse. Nos enquêtes de mobilité auprès des entreprises montrent que la grande majorité des employés souhaitent travailler à distance mais uniquement un à deux jours par semaine. Quoi qu’il en soit, cela pourrait constituer une transformation importante des habitudes de mobilité.

Bien entendu, la période est également propice pour appliquer ce qu’on appelle l’ « urbanisme tactique », consistant à mettre en place très rapidement des aménagements provisoires pour favoriser les modes de déplacement individuels actifs (vélo, vélo électrique, marche…). Il s’agit d’une approche pragmatique pour endiguer efficacement la baisse massive des déplacements en transports publics. Il est fort possible qu’une partie de ces aménagements provisoires, qui tiennent également lieu d’expérimentation, se prolongent une fois la crise passée avec les nouvelles habitudes adoptées.

 

Texte : Nicole Martinez.
Cet article a été publié dans m3 MAGAZINE. Retrouvez tout le magazine ici.