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Entretien avec Florian Rais, cofondateur de Chatila Rais Investments, société du groupe m3

20 Jan 2021
m3 GROUPE, m3 MAGAZINE

m3 GROUPE a investi 2 millions de francs dans la start-up de l’EPFL Technis, à l’occasion de sa récente augmentation de capital de 3,2 millions de francs. Avec cette prise de participation, via sa société de private equity, Chatila Rais Investments, M3 Groupe devient le distributeur exclusif de la solution Technis en Suisse, et entend contribuer à sa croissance commerciale. Lancée en 2018, cette société de private equity réalise son premier investissement dans une pure start-up de l’EPFL. En temps normal, l’entreprise investit dans divers domaines tels que les technologies de rupture, les technologies de la santé, l’intelligence artificielle, les actifs cryptographiques, l’immobilier et la communication. Mais la crise sanitaire actuelle impacte les marchés et demande aux entreprises et investisseurs d’être créatifs. Ce qu’Abdallah Chatila et Florian Rais ont choisi de développer en tant qu’amis dans la vie et partenaires professionnels.

FLORIAN RAIS, POUVEZ-VOUS NOUS RACONTER VOTRE HISTOIRE, VOTRE PARCOURS ? 

Genevois d’origine, j’ai fait toute ma scolarité jusqu’à la maturité à Genève, puis j’ai fait un premier voyage aux États-Unis, à l’âge de 20 ans pour perfectionner mon anglais. Dans l’État du Colorado, j’ai vraiment compris là-bas le sens de l’humain, en y découvrant un monde plus rural que celui dans lequel j’avais évolué. Retour ensuite en Suisse où j’ai fait mes études à HEC Lausanne. Pour repartir ensuite aux États-Unis avec une bourse à la Business School de l’Université du Michigan. Puis j’ai commencé ma carrière en 1998 chez Pictet où j’ai fait de la gestion, une carrière de banquier. Ensuite je suis parti à Londres en tant que responsable du team d’investissement de Pictet Londres pour sa clientèle privée. Ce poste m’a fait énormément voyager. C’est à cette époque que j’ai commencé à avoir des clients russes. En 2004, j’ai créé ma propre société de gestion. Puis, entre 2004 et 2015, j’ai passé beaucoup de temps en Russie (Kazakhstan, Ouzbékistan, Ukraine…). J’y ai appris le russe, découvert des pays fascinants, des gens chaleureux et accueillants contrairement à l’image qu’ils véhiculent trop souvent. Ils étaient curieux de tout et souhaitaient investir dans des technologies innovantes et diverses, sortir de leur quotidien des matières premières. L’aventure de cibler ou de rechercher le projet innovant est née de cette période-là.

 

Notre modèle d’affaires : participer à la vie des entreprises.

 

Ensuite, j’ai dirigé un projet en Israël pendant trois ans et participé à des joint-ventures avec des entreprises chinoises, dans le secteur des machines industrielles et des chemins de fer. Donc, une forte activité entre Russes, Chinois et Israéliens qui nous a permis de nouer des accords stratégiques avec d’importantes sociétés. Ce fut une période et une expérience passionnante. Aucun code n’était commun et j’ai dû y acquérir une grande souplesse d’esprit, et souvent chercher le compromis, en vrai Suisse.

En 2014, le partnership s’est malheureusement arrêté avec des partenaires russes, suite à la crise en Crimée. Ensuite, j’ai continué sur des investissements internationaux. En 2017, ma vie privée a changé et mes enfants sont restés à Londres avec leur mère. Je vis depuis lors entre Londres, Dubaï et Genève pour revenir sur mes terres natales et tisser des liens plus étroits avec la famille. Alors que je passais finalement un peu plus de temps à Genève, j’ai soudainement perdu mon père. Je n’ai partagé que trop peu de moments avec lui, le temps file et nous rappelle que nos enfants méritent toute notre attention, quelles que soient les circonstances. Je partage mon temps entre ces grandes villes.

Fin 2017, on m’a proposé d’investir dans une technologie de la construction. J’ai contacté mon ami Abdallah Chatila pour réfléchir ensemble à cet investissement, j’ai toujours été fasciné par son aptitude à cerner rapidement un modèle et à visualiser immédiatement son éventuel potentiel. Pour moi, comme pour lui, le côté humain est le plus important et lorsque quelque chose fait qu’on ne le sent pas, il vaut mieux attendre un autre deal. Avec Abdallah Chatila nous voulions créer un business, pas juste faire des investissements, et donc nous avons décidé de créer Chatila Rais Investments. Une société dans laquelle nous mettons en avant qui nous sommes, avec nos expériences, nos personnalités. L’idée au départ était de faire une sorte de Club Deal, pour fédérer les investisseurs. Mais souvent les bonnes opérations se font vite, à l’instinct, donc il faut agir plutôt seuls.

EST-CE QU’IL Y A UN ÉVÈNEMENT PARTICULIER, UNE QUESTION PRÉCISE QUE VOUS-MÊME, FLORIAN, ET ABDALLAH CHATILA, VOUS ÊTES POSÉS AVANT DE CRÉER CHATILA RAIS ?

Nous avons focalisé sur ce point essentiel : investir dans la technologie, oui, mais avec ce point important de répondre à la question essentielle : « Comment apporter tous les jours une valeur à la vie et au développement de l’entreprise ?  ». « Pourquoi ne pas faire le modèle à l’inverse » ? Nous investissons dans diverses start-up pour offrir ce que nous avons et savons. Surtout une expérience de vie, d’entrepreneurs, pas uniquement centrée sur l’argent, le côté humain étant primordial. J’ai appris parfois douloureusement que les expériences dans lesquelles nous perdons sont finalement celles qui nous instruisent le plus. Quand on gagne, on apprend finalement peu. En tant qu’investisseurs ou co-entrepreneurs, si on peut éviter à nos partenaires de prendre certains coups ou de com-mettre certaines erreurs, nous devenons un associé stratégique et nous leur permettons d’avoir l’esprit serein et de se concentrer sur leurs talents. Notre modèle d’affaires est là. Participer à la vie des entreprises.

C’est ce que nous faisons avec Technis, une société qui propose des solutions de sols intelligents. Technis est un bon exemple de ce qu’on a pu mettre en place en termes de modèle.

VOTRE BUSINESS MODEL EST LÀ ? QUE POUVEZ-VOUS EN DIRE DE PLUS ?

L’ADN de Chatila Rais Investments est là. Le but n’est pas de faire un nombre important de deals, mais plutôt de participer à la vie d’une entreprise, en termes d’accompagnement et en vue d’accélérer la croissance. Le développement à l’international fait égale-ment partie de nos objectifs. Nous fournissons ensuite du conseil à l’activité journalière d’une distribution et son organisation, afin que cela cohabite avec son écosystème. Ensuite, contrairement à d’autres modèles de fonds de private equity, notre modèle nous permet de nous rémunérer sur la durée. Notre modèle n’est pas «  scalable  » et on ne pourra pas prendre 50  participations en même temps. À l’époque, j’ai pensé rejoindre des fonds de private equity purs. Ce sont des fonds qui imposent souvent un modèle de gestion à leurs cibles, et ont une durée de vie fixe, souvent incompatible avec les cycles naturels d’une industrie ou de l’économie. Nous voyons plus loin car nous savons que ces sociétés sont vouées à une expansion à l’international. Elles peuvent en effet avoir un marché presque partout. Au travers de mes expériences, j’ai remarqué qu’exporter un modèle à l’étranger imposait qu’il soit parfaitement « huilé » sur son marché domestique.

 

Une des vocations de m3 GROUPE : toujours plus proche des gens.

 

Par exemple, on ne peut pas prétendre réussir à l’international un modèle sans avoir testé son fonctionnement en l’appliquant à plusieurs environnements locaux, en observant les réactions de nos partenaires et clients. L’humain est le baromètre du succès, chaque région du monde fonctionne différemment, avec ses codes et ses habitudes. Le produit doit fonctionner et son modèle être parfaitement rodé afin de s’adapter à n’importe quel environnement. L’inverse ne fonctionne pas.

m3  GROUPE est un modèle, regroupant plusieurs verticales d’affaires, un groupe proche des gens. C’est l’environnement idéal pour réaliser de vraies « proofs of concept », en anglais, ces modèles ont une vraie valeur. On a devant nous un écosystème suffisamment diversifié pour implémenter des utilisations, basées sur des modèles (services de vente, d’après-vente, etc.) reproductibles.

EN TANT QU’ACTEUR ET PARTENAIRE AU SEIN DE CES START-UP, SI ON VOUS DEMANDE : « COMMENT FAITES-VOUS LA DIFFÉRENCE, POURQUOI VOUS ? », QUE RÉPONDRIEZ-VOUS ?

L’idée du modèle est là, dans la réponse à la question : « Pourquoi ça va marcher avec vous ? ». C’est un package. On arrive avec une vraie solution adaptée à l’entreprise, ensuite l’alchimie humaine doit évidemment prendre. Nous rencontrons des personnes remarquables, dotées de talents uniques comme le fondateur de Technis, un homme visionnaire, réfléchi et fonceur. Notre objectif avec Technis et d’autres partenaires d’investissement est de réunir le plus d’expériences personnelles possible entre tous les acteurs de notre groupe. Nous détenons un capital extraordinaire car indirectement, nous avons 1400 personnes dans l’écosystème de m3 GROUPE. Cela représente 1400 sources potentielles d’idées, d’innovations de personnes qui sont en réseau, de critiques nécessaires aussi. Ces ressources-là sont notre modèle. On ne fait rien sans l’humain. Nous avons « évolué » dans la société du toujours plus, toujours plus grand, toujours moins cher, créant ainsi des poches de misère à l’autre bout du monde et qui viennent se rappeler à nous sous la forme d’une crise sanitaire. Et aujourd’hui on se retrouve là, confinés tous chez soi, sans pouvoir voyager comme avant. Et finalement qui on découvre ? Son voisin… Et des gens avec qui on parlait peu, vivant à côté, une espèce d’atterrissage et de recentrage sur notre vie de tous les jours. Il ne s’agit bien entendu pas de ne plus jamais voyager et d’ignorer à l’avenir les contacts à l’étranger ou de se replier sur soi-même, mais ne nous oublions pas dans l’aventure. Nos enfants, nos amis, nos proches, nous-mêmes sommes là aujourd’hui et maintenant, et c’est tous ensemble que nous pourrons apprendre le monde de demain, plus juste, plus respectueux, simplement plus à l’écoute. Pour répondre alors plus synthétiquement à la question « pourquoi nous ? » ; nous n’avons pas l’arrogance de vouloir changer l’ADN des start-up ou des projets qui nous entourent, mais de mettre à disposition tout ce que l’on peut, d’avancer ensemble, de leur faciliter la vie. Ces partenariats nous permettent de nous asseoir et de réfléchir ensemble, de partager nos expériences, nos réussites et nos échecs, de devenir un conseiller fidèle et un partenaire utile. D’apporter ce dont ils manquent et de le chercher ensemble s’il fait défaut. Être simplement plus à l’écoute.

À PROPOS DE TECHNIS

GRÂCE À SON TAPIS DE COMPTAGE INTELLIGENT ET SES BORNES DIGITALES, TECHNIS PERMET DE RÉGULER LES FLUX DE PERSONNES EN TEMPS RÉEL DANS DES LIEUX PRIVÉS ET PUBLICS (ENTREPRISES, MAGASINS, DISCOTHÈQUES, MUSÉES, PISCINES PUBLIQUES, ETC.), FACILITANT AINSI LE RESPECT DES RÈGLES SANITAIRES.
Le coronavirus a fait passer la jeune pousse Technis basée à Écublens au niveau supérieur. La nécessité de contrôler le nombre de clients dans les commerces, notamment dans la grande distribution, a fait bondir le chiffre d’affaires de 20% par mois.
m3 GROUPE a investi 2 millions de francs, prenant une participation «importante» mais non majoritaire dans l’entreprise, précise Wiktor Bourée, fondateur de Technis.
Son produit phare est un tapis connecté qui a convaincu notamment une multinationale comme Nestlé, le groupe de casinos Barrière ou encore le CERN. Wiktor Bourée vante un produit «plug and play», qui peut être expédié et monté directement par le client, sans modification structurelle.
Les ventes devraient être multipliées par dix cette année. La société vise un chiffre d’affaires de «plusieurs dizaines de millions» de francs à fin 2021. Les effectifs seront multipliés par deux d’ici à la fin de l’année prochaine, passant à une cinquantaine d’employés. Le recrutement se fera majoritairement (60%) pour la partie commerciale, mais également dans la recherche et développement.
En termes de marchés, Technis va ouvrir en octobre un bureau commercial en France, doté de cinq personnes, afin de servir sa clientèle dans l’Hexagone, entre autres l’école de Sciences Po à Paris et le Puy du Fou, un parc d’attractions vendéen très fréquenté.