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Entretien avec Walter el Nagar, fondateur de la fondation Mater

14 Jan 2021
m3 GROUPE, m3 MAGAZINE

La fondation Mater est une fondation genevoise créée par le chef « cuisinier solidaire », Walter el Nagar. Créée au début d’année 2020, la fondation a distribué plus de 10 000 repas gratuits à ce jour. Des repas sains, équilibrés et préparés à base d’ingrédients locaux, pour les personnes démunies. Un beau projet, soutenu par des associations telles que Serve the City, MA-Terre, pour ne citer qu’elles. Un très bel engagement social de la part de ce chef solidaire au pari audacieux : peu de moyens mais des qualités humaines et gastronomiques au rendez-vous.

POUVEZ-VOUS NOUS PARLER DE VOTRE HISTOIRE ?

Walter el Nagar  : j’ai 39  ans, bientôt 40 en février, et mon bébé naîtra à cette occasion ! Je suis Italien d’origine égyptienne, et mon parcours est marqué par des étapes, des lieux, des projets. Avec toujours ces 4 principes à l’origine de mes choix et activités  : la justice, le dialogue, la solidarité, l’humanité.
J’ai quitté l’Italie en 2007 pour vivre au gré de mes envies de voyages. Barcelone, Ibiza, Dubaï, Moscou, Singapour, Los Angeles, le Mexique. Comme un globe-trotter, avec pour outil principal un set de couteaux. Ce fut chaque fois l’occasion de rencontrer des personnes, des cultures, et de pouvoir exercer mon art : la cuisine. Je montais des restaurants éphémères « pop-up ». Cela m’a permis d’apprendre beaucoup.
Il y a trois ans, je suis arrivé à Genève pour deux raisons principales. D’abord, par choix : la Croix-Rouge et l’ONU y sont nées, et pour moi c’est une ville si rebelle que c’est ici qu’a eu lieu la Réforme. Aussi ici, le dialogue est possible. Pas besoin de «  fighter  », de créer des conflits. On communique vraiment.
Ensuite je suis tombé amoureux non seulement de la Cité de Calvin, mais aussi de celle qui me donnera mon premier enfant bientôt.
En 2017, lorsque je suis arrivé à Genève, j’avais de façon évidente le besoin d’ouvrir un restaurant. Le projet s’est concrétisé en 2018, année de l’ouverture du Cinquième Jour.
L’idée reposait sur le principe d’un vrai business, actif, tourné vers la solidarité, le dialogue. Quatre jours de la semaine étaient consacrés à une cuisine raffinée, pour et devant des clients et chefs. Le profit étant reversé le cinquième jour pour offrir des repas «  solidaires  ». Les samedis étaient consacrés à une cuisine gastronomique «  pour tous  ». Car pendant que je cuisine, je suis un activiste, représentant de mes valeurs… Valeurs que j’ai tatouées sur les mains de Walter : « Cohérence », « Dignité ».
Cependant cette belle initiative qui s’est arrêtée en janvier  2020, lorsque mon partenaire a décidé de se retirer.

ET ENSUITE, VOUS AVEZ VOULU REBONDIR RAPIDEMENT ?

Pour moi, c’était essentiel. Il fallait très vite changer l’idée du Cinquième Jour mais toujours se baser sur les mêmes principes : la cuisine et la solidarité. La bonne cuisine accessible à des personnes en situation critique. À ce moment, plusieurs collègues, des chefs de différents restaurants genevois m’ont appelé. Et plutôt que d’être en chômage technique, ils ont préféré cuisiner avec moi.
L’idée principale est de produire avec des chefs locaux qui nous fournissent des aliments à bas prix, une cuisine saine, locale et de saison pour les plus démunis. Notre objectif est de donner à manger, mais aussi une espérance.
La distribution de repas se fait sur différents endroits  : le Bateau Genève, le Jardin de Montbrillant, l’Armée du Salut, etc. Nous avons vite pu offrir deux à trois cents repas par jour. Le Bateau Genève, par exemple, est une embarcation-café connue des quais du bout du Léman, un lieu culte.
Notre engagement est également écologique et local car nous nous fournissons auprès de producteurs et restaurateurs locaux. Le gaspillage alimentaire est presque inexistant et les repas sont servis dans des boîtes biodégradables.

COMMENT TROUVEZ-VOUS VOS FINANCEMENTS ?

Un « sustainable restaurant » est un business tendance mais la réalité d’une vraie charité est encore différente. Nous vivons sur la base de dons et nous avons eu la chance d’avoir été soutenus jusqu’ici par l’association Serve the City notamment, qui nous a permis d’acheter les ingrédients nécessaires à la création de nos repas solidaires. Ensuite, nous sommes allés trouver la Ville de Genève, le Canton, les hospices, l’ONU, pour solliciter des subsides. « But we got zero help ! ». Tous ont applaudi le projet mais personne n’a répondu favorablement à l’appel financier. Le climat actuel de la pandémie rend les donateurs et les investisseurs plus frileux, sûrement.

COMMENT ENVISAGEZ-VOUS L’AVENIR ?

Nous sommes confiants. L’objectif est de stabiliser la fondation en espérant un élan de solidarité auprès des donateurs potentiels. Nous sommes en train de négocier un endroit sympa, une base de distribution. Des locaux à La Servette, appartenant à l’église protestante. L’endroit s’inspirerait du concept du Refettorio** à Paris, au Foyer de la Madeleine.
Bien sûr, il nous sera plus facile d’envisager le futur de la fondation avec des soutiens réguliers. Et ils seront tous les bienvenus : idées, dons (en argent ou matières premières pour nos cuisines), plus de personnes créatives (chefs, cuisiniers, volontaires à la préparation des menus), responsable de la communication, nutritionniste. Nous cherchons aussi des talents motivés !

 

Pendant que je cuisine, je suis un activiste, représentant de mes valeurs… Cuisiner est un acte politique et solidaire ! On peut choisir d’aller manifester devant des McDonald’s… Ou bien de se retrousser les manches !

 

ET SI VOUS FAISIEZ UN LIEN ENTRE VOUS, VOTRE HISTOIRE ET LA FONDATION, QUEL SERAIT-IL ?

Prendre des risques, trouver le courage de faire les choses, faire une cuisine « Food and Justice », mettre de l’humanisme dans mon art, être inclusif, empathique. Et continuer à cuisiner conformément à mes principes. On peut choisir d’aller manifester devant des McDonald’s ou se retrousser les manches. Chacun s’exprime comme il l’entend.

EN CONCLUSION ?

Nous poursuivons notre campagne de financement participatif et nous y croyons car notre engagement social a le mérite de nourrir des personnes démunies. Cuisiner est un acte politique et solidaire !

Venez nous soutenir sur www.materfondazione.com !

m3 GROUPE s’engage aux côtés de la Mater Fondazione pour une durée de 3 ans ; un partenariat qui comprend non seulement un soutien financier mais aussi un axe de volontariat d’entreprise. Les chefs de m3 RESTAURANTS et les collaborateurs du groupe seront invités à seconder les équipes de Walter el Nagar pour cuisiner les repas destinés aux plus démunis à Genève.