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La recette de Christophe RAOUX

Chef exécutif m3 RESTAURANTS, Christophe RAOUX propose sa recette d’Agnolottis de volaille, vieux Gruyère, mandarine

Christophe Raoux

LA RECETTE DE CHRISTOPHE RAOUX : Agnolottis de volaille, vieux Gruyère, mandarine

Farce à la volaille

Ingrédients :

  • 125 g de blanc de volaille
  • 5 g d’estragon haché
  • 5 g de persil haché
  • 80 g de blanc de volaille cuit
  • 40 g d’oignon ciselé
  • 1 escalope de foie gras
  • 400 g de foie de volaille
  • 5 g d’ail haché
  • 3 g de sel
  • Poivre noir du moulin
  • Chartreuse verte

Pâte à ravioles

  • 325 g de semoule extra-fine
  • 225 g de jaunes d’œuf

Crème de Gruyère

  • 200 g de vieux Gruyère râpé
  • 50 g de crème double de Gruyère

Jus de volaille

  • 1 kg de carcasse de volaille
  • 1 oignon
  • 1 échalote
  • 1 branche de thym
  • 3 gousses d’ail
  • Poivre noir en grains
  • 100 g de beurre
  • 50 g d’huile de pépins de raisin

Sauce à la crème

  • 200 g de bouillon de volaille
  • 100 g de crème double de Gruyère
  • 5 champignons de Paris
  • Cognac
  • Sel
  • Poivre noir du moulin
  • Jus de citron jaune

Chapelure verte

  • 100 g de pain de mie
  • 30 g de persil
  • 15 g de câpres séchées (optionnel)

Farce :

  • Pour réaliser la farce des agnolottis, colorer l’escalope de foie gras puis réserver et conserver le gras pour faire suer l’oignon et l’ail. Après cuisson, ajouter les foies assaisonnés puis flamber à la Chartreuse et réserver au frais. Dans un cul-de-poule, additionner une fine brunoise de volaille cuite et de foie gras, poêler, puis hacher les herbes et enfin la chair de volaille crue, préalablement mixée avec les foies, l’ail et les oignons. Rectifier l’assaisonnement si besoin. Réserver la farce finale en poche à douille.

Pâte à ravioles :

  • À l’aide du crochet au batteur, réaliser la pâte à ravioles, mélanger les éléments pendant 15 mn à petite vitesse. Puis laisser reposer la pâte 2 h au minimum avant de l’utiliser.

Crème de Gruyère :

  • Chauffer la crème double puis ajouter le vieux Gruyère, mélanger au fouet de façon à obtenir un mélange homogène.

Jus de volaille :

  • Concasser les carcasses en morceaux de 3 cm sur 3 cm environ, les colorer à l’huile, puis une fois colorées uniformément, ajouter le beurre en petits morceaux, ainsi que la garniture émincée pas trop finement. Mouiller de préférence avec un bouillon de volaille, sinon à l’eau. Cuire le tout 4 h puis décanter la viande, de façon à récupérer seulement le bouillon. Réserver 200 g de ce bouillon et réduire le reste par la suite de ¾.

Sauce à la crème :

  • Réduire la crème de moitié, mouiller au bouillon de volaille avec les champignons émincés, cuire 20 mn le tout. Puis mixer cette préparation et la passer au chinois étamine, saler, poivrer et terminer avec un trait de cognac et de jus de citron jaune.

Chapelure verte:

  • Mixer tous les éléments ensemble.

Montage :

Pour le montage des agnolottis, étaler la pâte au laminoir d’une épaisseur bien Un point de repère : lorsque vous voyez apparaître votre main au travers.  Abaisser une longue bande, mouiller légèrement à l’aide d’un pinceau et d’eau pour coller la pâte. Pocher votre farce finie à votre convenance, plus ou moins. Replier la pâte sur elle-même, pincer les bords pour serrer la farce et chasser l’air, puis couper en rectangles en prenant soin de laisser 0,5 cm de pâte de chaque côté. Réserver vos agnolottis avec un peu de farine au réfrigérateur. Cuire les agnolottis à l’eau salée jusqu’à ce qu’ils remontent à la surface.

Pour compléter notre assiette, nous réalisons des câpres séchées, une julienne de mandarine confite et un croustillant de peau de volaille séchée au four. Compléter avec quelques herbes fraîches. Pour le dressage, nous vous invitons à regarder la photo ou simplement à laisser votre imagination et votre gourmandise parler.

L’accord parfait selon Fabien Mene, Responsable Sommellerie et Formation, m3 RESTAURANTS et élu meilleur sommelier de Suisse en octobre 2021.

« Ce vin valaisan, que l’on connait également sous le nom de savagnin blanc, présente des arômes à la fois de fleurs blanches et aussi d’agrumes comme le citron vert. Le nez est intense et persistant. La bouche développe une grande concentration de saveurs de fruits à chair blanche, associée à une belle vivacité. L’onctuosité du Gruyère, ainsi que la fraîcheur aromatique de la mandarine, viennent parfaitement complimenter la structure et la complexité du vin. Un accord riche en émotions. »

KLAP : Le savoir-faire local au service de solutions sanitaires durables

Mise sur orbite dès les prémices de la pandémie de coronavirus, Klap, jeune société franco-suisse productrice de protections sanitaires, s’évertue, depuis, à proposer aux entreprises une offre de qualité peaufinée à l’échelle locale.

L’exigence suisse couplée au savoir-faire breton. La symbiose parfaite. Un postulat qui fait office de prise de conscience, dès le mois de mars 2020, à l’époque où le coronavirus s’apprête à déferler sur la Planète, entraînant les conséquences qui continuent de sévir sur notre quotidien. C’est dans cette conjoncture pour le moins incertaine que Klap est sortie de terre, avec une feuille de route limpide : apporter un accès local, durable et immédiat à des solutions sanitaires de qualité. Si les pénuries de masques et autres contraintes d’approvisionnement vont s’accumuler par la suite, Klap a pris le parti de devancer ces difficultés et fait, à ce titre, office de précurseur.

 

 

Et un leitmotiv : retrouver la maîtrise des moyens de production et ainsi œuvrer à des solutions sanitaires de qualité à destination des entreprises. Et deux piliers « géographiques » qui vont grandement œuvrer à son émergence et sa réussite, en l’occurrence un savoir-faire reconnu depuis des décennies dans le secteur des protections sanitaires et une volonté suisse de transformer ce marché pour ne plus vendre des produits, mais des solutions.

Klap peut également se targuer de maîtriser l’ensemble de la chaîne de fabrication puisqu’elle produit également depuis peu son propre média filtrant : le meltblown, ce fameux textile non tissé filtrant, qui confère aux masques leur haute performance.

 

Produire local

Fort de ce projet responsable et engagé au service de la santé publique, de l’emploi et de l’environnement, Klap a esquissé une vision au sein de laquelle l’ancrage local de la production fait quasiment office de « raison d’être». Ainsi, la société a joint les paroles aux actes en posant très rapidement les jalons de deux usines de masques chirurgicaux et FFP2 : l’une en Bretagne et l’autre à Genève. Et Klap peut également se targuer de maîtriser l’ensemble de la chaîne de fabrication puisqu’elle produit également depuis peu son propre média filtrant : le meltblown, ce fameux textile non tissé filtrant, qui confère aux masques leur haute performance. Entre papier et tissu, le meltblown produit par Klap est un concentré de qualités : il est léger, respirant et surtout extrêmement filtrant.

Indépendance, proximité, qualité : avoir investi dans une machine à fabriquer le meltblown permet à Klap de garantir à ses clients une sécurité d’approvisionnement en équipements de protection sanitaire, ainsi que la maîtrise technologique de tout le processus de fabrication. Ainsi, Klap s’évertue à faire de ses usines bretonne et suisse un modèle d’indépendance industrielle, ayant à cœur de maîtriser 100 % du cycle de vie de ses produits. En effet, l’entreprise fabrique et recycle ces derniers sans être tributaire de l’import des matières premières nécessaires. Une feuille de route, certes, particulièrement ambitieuse ou plutôt audacieuse, ce terme étant usité chez Klap, mais à laquelle l’entreprise est (très) attachée.

De l’audace

Un projet savamment mûri et qui peut se targuer d’être 100 % local, les collaborateurs de Klap ayant pensé chaque ligne de fabrication avant de les concevoir sur mesure, à l’échelle locale, selon un cahier des charges bien précis. Car, en effet, Klap est particulièrement soucieux de la qualité des produits mis sur le marché dans le respect rigoureux des normes européennes. Ainsi, l’entreprise révèle qu’un scrupuleux contrôle a lieu toutes les heures sur les lignes de fabrication tandis qu’un autre effectue toutes les 3 heures en laboratoire qualité.

Une intransigeance et une minutie qui font également partie de l’ADN de l’entreprise et qui permettent de détecter le plus précocement possible, dans le processus de fabrication, tout type de défectuosité et de problèmes annexes. Et de permettre ainsi la mise à l’écart des lots non conformes. Klap garantit ainsi le respect de ses engagements, envers ses clients, pour la qualité, la stabilité, la conformité et la traçabilité de ses produits. L’idée est d’accompagner les entreprises, petites et grandes, en leur facilitant l’accès à la sécurité sanitaire en proposant des solutions parfaitement adaptées à leurs besoins.

La qualité n’est pas une option

Une exigence de qualité avec laquelle refuse de transiger Klap qui veille chaque jour à réduire son impact environnemental en triant tous ses déchets, de la chaîne de fabrication jusqu’aux bureaux. Voir loin pour durer. Plus qu’un slogan, une véritable volonté de la part de chacune des composantes d’une entreprise qui ne se repose pas sur ses lauriers et veut continuer d’innover grâce à un vivier local particulièrement foisonnant. Dans le respect de l’environnement et en totale indépendance. 

 

« L’avenir de tout un secteur et une logique circulaire »
Entretien avec Hervé Zipper,  Directeur de Klap

Hervé Zipper

Pouvez-vous revenir, dans les grandes lignes, sur la genèse de Klap solutions et les différentes étapes qui ont façonné sa proposition de valeur?

Le constat de départ réside dans la pénurie de masques et le fait que nous nous sommes rapidement rendu compte que ce manque cruel, de ce qui est devenu un produit de première nécessité, allait rapidement s’avérer problématique. Non seulement pour le grand public, mais également à l’égard des « populations » qui utilisaient le masque au quotidien sur leur lieu de travail, je pense notamment au personnel soignant. Fort de ce constat, deux solutions s’offraient à nous : attendre la prochaine pénurie pour s’organiser au mieux ou, alors, prendre les devants et faire en sorte que ce type de situation ne se reproduise plus. Voilà comment est né Klap qui, depuis, s’est spécialisée dans le développement et la fabrication de masques chirurgicaux et FFP2 de qualité supérieure.

Autre spécificité de Klap: l’attachement à un ancrage local et la maîtrise totale de la chaîne de valeur de votre production. Pouvez-vous développer ce point?

Dès le départ, nous souhaitions contribuer à ce que l’Europe retrouve son indépendance sanitaire, se réindustrialise, et nous agissons pour une consommation responsable et durable. Si vous fabriquez à l’échelle locale mais que vous êtes tributaire de matériaux qui sont à 10 000 kilomètres de chez vous, ce n’est pas vraiment cohérent. Le choix de la proximité et de la qualité grâce au circuit court s’est imposé à nous comme une évidence dans une démarche responsable et visionnaire. Se projeter et s’engager, c’est la voie que nous avons dès le début décidé de prendre.

Fabriquer localement, c’est l’engagement de Klap. Mais pour réinventer de manière durable notre industrie, nous avons aussi voulu maîtriser l’ensemble de la chaîne de fabrication et produire nous-même notre propre média filtrant : le meltblownAvoir investi dans une machine à fabriquer le meltblown nous permet de garantir à nos clients une sécurité d’approvisionnement ainsi que la maîtrise technologique de tout le processus de fabrication.

Klap porte également, au sein de ses engagements, ce que vous nommez   «le principe de responsabilité environnementale ». Pouvez-vous nous en dire davantage? 

Avant le Covid, qui a cannibalisé toute l’actualité, l’ennemi public numéro 1 était le plastique. Du jour au lendemain, avec l’arrivée de la pandémie, cela n’a plus été un problème. Sauf que le plastique est une véritable catastrophe écologique. Dès lors, l’entreprise porte, à mon sens, un principe de responsabilité vis-à-vis des porteurs de masques. C’est un sujet qui me tient particulièrement à cœur. Il existe deux types de recyclage:  la revalorisation énergétique et la revalorisation matière. Dans le premier cas, nous ne sommes pas sur une logique d’économie circulaire puisque les déchets sont brûlés et en brûlant ils créent de l’énergie. Nous, notre volonté est de réinjecter le produit dans une dynamique, ce qui obéit davantage aux canons de l’économie circulaire. Et c’est le projet dans lequel nous nous inscrivons. D’ailleurs nous travaillons actuellement sur le développement de deux filières de recyclage des polymères souples, une en Suisse et l’autre en France. Certes le masque est fait en plastique ; mais le plastique utilisé pour concevoir un masque est ce que l’on appelle du polypropylène, qui est une matière hautement recyclable. Cela signifie qu’il s’insère parfaitement dans cette logique d’économie circulaire, puisqu’il peut être recyclé et même revalorisé, c’est-à-dire transformé en une nouvelle matière première qui servira à fabriquer de nouveaux objets.

Comment voyez-vous l’avenir alors que nous assistons à un reflux de l’épidémie de coronavirus? 

Il y a deux choses. L’avenir de Klap et, par extension, l’avenir du secteur. Les perspectives de Klap consistent à accélérer, mettre en place, convaincre et s’inscrire de manière pérenne dans l’environnement de la protection sanitaire. Nous avons ainsi vocation à poser les jalons d’une offre complète de protection sanitaire avec des produits complémentaires. Nous pensions notamment à d’autres types de masques, à d’autres produits en matériaux non tissés. Nous évoquions le meltblown que nous utilisons dans la conception de nos masques et cette matière filtrante a toute latitude pour être utilisée dans d’autres univers. Je pense que cet aspect précis va véritablement nous différencier par rapport aux autres offres présentes sur le marché, puisque nous serons les seuls à le faire. Nous créerons ainsi les conditions d’épanouissement d’une véritable économie vertueuse et circulaire.

La ville à travers ses acteurs et ses arts… vivants !

« L’art naît de contraintes, vit de luttes et meurt de libertés ». André Gide

À la fin du 18e siècle, le théâtre, divertissement par excellence des classes privilégiées du siècle des Lumières, n’a toujours pas sa place dans la cité de Calvin. Pourtant les spectacles de rue, animés par des artistes itinérants, ne furent jamais complètement bannis de la cité. Dès lors, que subsiste-t-il à présent de ces arts vivants ? Comment Genève, malgré un passé rigoriste, a-t-elle su se réinventer et offrir aujourd’hui une pléthore d’offres culturelles tout en cultivant une contre-culture foisonnante qui a fait émerger de nombreux artistes genevois sur le devant de la scène suisse et internationale ? Tels sont les propos de ce dossier consacré aux Arts Vivants : (re) découvrir les hauts lieux de la culture lyrique, théâtrale ou alternative de Genève, à travers ses nombreux festivals et les différents spectacles à venir.

La mutation sociale de Genève : de Calvin à Rousseau

Terre d’accueil des exilés du protestantisme, Genève crée, grâce à Calvin, son Académie, afin d’attirer ce qui lui manque : savants et intellectuels, poètes et écrivains. Pourtant, point de théâtre !
Dans son ouvrage Genève, espaces et édifices publics, Isabelle Brunet explique que « du Moyen Âge au XVIIIe siècle, et à la différence de la majorité des villes d’Europe, il n’existait à Genève aucune salle ou espace dédié spécifiquement aux arts, que ce soit le théâtre, la musique ou les arts plastiques. Cependant, le théâtre de rue, pour les besoins duquel on dressait de façon éphémère des tréteaux, était bien sûr connu dès l’époque médiévale ».

En effet, après l’adoption de la Réforme, les politiques critiquées par les instances religieuses n’accordaient qu’avec parcimonie les autorisations de se produire aux troupes de passage ; le théâtre étant considéré comme responsable d’une acculturation et accusé de détourner du travail, et des cercles – garants des bonnes mœurs de la ville – ainsi que de la « sociabilité genevoise ». Les enjeux politiques et culturels d’une mutation de sociabilité. « L’identité genevoise est fondée sur trois piliers : l’économie de la ville, son régime politique et ses mœurs. Mœurs qui sont maintenues par des usages genevois, ce que nous appellerions la sociabilité. »

Rousseau évoque plusieurs fois, dans sa Lettre à M. d’Alembert (à propos de son article sur Genève), les spectacles en plein air ou bien les fêtes. Cependant la forme de sociabilité spécifiquement genevoise, garante des bonnes mœurs de la ville, ce sont les cercles. En effet et malgré leurs inconvénients, « on joue, on boit, on s’enivre, on passe les nuits en garantissant la séparation des sexes » (les cercles masculins et les sociétés féminines étant bien distincts), les cercles protègent les hommes de l’effet amollissant, à la fois physique et moral, de la fréquentation des femmes, à rebours du théâtre qui, lui, les réunit « journellement dans un même lieu. (…) Dès l’instant qu’il y aura comédie, adieu les cercles, adieu les sociétés ! (…) On ne saurait se partager entre tant d’amusements : l’heure des spectacles étant celle des cercles les fera dissoudre ».

Cette « querelle du théâtre » entre Rousseau, d’Alembert et Voltaire contribuera à donner de la cité calviniste une image particulièrement rigoriste et hostile aux spectacles. En réalité, malgré les diverses interdictions prononcées au cours du XVIIe siècle, les jeux scéniques ne furent jamais complètement bannis de la cité. À côté des spectacles de rue, animés par des artistes itinérants, des représentations destinées à un public restreint se donnaient dans des auberges ou chez des particuliers.

Durant cette période, l’acceptation officielle du théâtre oscillera entre tolérance et restrictions : ce n’est qu’aux XIXe et XXe siècles que diverses salles de spectacle seront construites : le Grand Théâtre en 1879 ou encore le Casino-Théâtre en 1887 et plus tard la Comédie, au début des années 1900. C’est ainsi que près de deux siècles plus tard, on dénombre à Genève plus d’une vingtaine de théâtres comme le Théâtre de poche, le Théâtre Saint-Gervais, le Théâtre du Loup ou le Galpon, et environ une quinzaine de salles de spectacles à l’image du BFM, du Grütli, du Victoria Hall ou encore de l’Alhambra.

Faisant partie des monuments emblématiques de la ville de Genève, le Victoria Hall peut se targuer d’être à la fois un bâtiment architectural majestueux et une salle de concert réputée pour son acoustique extraordinaire et son orgue colossal. 

©Franck Mentha

C’est sous l’impulsion d’un consul d’Angleterre féru de musique, Sir Daniel Fitzgerald Packenham Barton, que le projet voit le jour. En 1894, avec l’aide de l’architecte genevois John Camoletti, il lance les travaux de cette salle de concert, qu’il dédie à la reine Victoria, sa souveraine. C’est une véritable œuvre d’art avec sa façade aux traits des Beaux-Arts, son intérieur stuqué tout de rouge vêtu, qui rappelle ses influences néo-Rococo. Cettesalle, qui devait en premier lieu être destinée à la fanfare de l’Harmonie nautique, que Sir Barton avait créée, sera finalement donnée, en 1904, à la ville de Genève. 

Malheureusement, 80 ans plus tard, le bâtiment est victime d’un grave incendie qui détruit en partie le décor intérieur néobaroque du peintre Ernest Biéler. Qu’importe, la ville restaure le bâtiment et remplace le décor initial par une œuvre plus contemporaine signée Dominique Appia. On retrouve, sur le plafond, les peintures des personnalités liées à l’histoire de l’édifice comme Ernest Ansermet, fondateur de l’OSR, ou encore le conseiller administratif Claude Ketterer. Son point d’orgue est son instrument éponyme, monumental parmi les plus célèbres au monde. Commandé à la manufacture Theodor Kuhn de Männedorf, le premier orgue sera installé au Victoria Hall en 1894 et fonctionnera jusqu’en 1946. Par la suite, un nouvel orgue sera inauguré en 1949 par Pierre Segond, organiste suisse. 

Dédiée tout particulièrement à la musique classique, la salle reçoit également de grands noms de la chanson, du jazz ou des musiques du monde, tels que le grand jazzman Sidney Bechet en 1949, ou encore la pianiste Nina Simon en 1992. Et même le célèbre compositeur de musique de films, Vladimir Cosma, est venu raconter ses fables grâce au talent de conteur de l’acteur Lambert Wilson en 2006. Plus récemment, c’est le pianiste de jazz Chick Corea, membre du groupe Miles Davis, qui est venu enchanter les oreilles des Genevois. 

L’OSR a été fondé en 1918 par Ernest Ansermet, qui le dirige jusqu’en 1967. Il compte 112 musiciens permanents. L’orchestre assure des concerts d’abonnement à Genève ainsi qu’à Lausanne, les concerts symphoniques de la Ville de Genève, le concert annuel en faveur de l’ONU, ainsi que les représentations lyriques du Grand Théâtre. 

©Magali Dougados

L’Orchestre de la Suisse Romande a donné son premier concert au Victoria Hall de Genève le 30  novembre 1918. En vision-naire éclairé, Ernest Ansermet a su, malgré un contexte difficile, redonner ses lettres de noblesse à la musique de son temps. Il est resté quarante-neuf ans à la tête de l’orchestre, dont il a façonné l’identité et forgé la renommée. Ernest Ansermet a accompagné son essor tout en contribuant à la découverte et au soutien de compositeurs contemporains comme Igor Stravinsky, Frank Martin et Benjamin Britten, dont plusieurs des œuvres ont été créées à Genève par l’OSR. Homme d’une intelligence hors normes ainsi que d’une culture musicale particulièrement riche (piano, clarinette, percussion ou composition), il a constitué un patrimoine musical dont ont hérité ses successeurs et qui perdure encore aujourd’hui. L’Orchestre de Suisse romande vit ainsi de ses racines qu’il a su développer sous la baguette des différents chefs d’orchestre qui s’y sont succédés. Retenons parmi eux quelques directeurs artistiques, qui, par leur personnalité et leur style, ont marqué le public et les musiciens de leur empreinte. Ainsi, Amin Jordan, le Biennois «  ami  » des musiciens, s’est positionné dans la lignée du fondateur, tandis que Marek Janovski, musicien germano-polonais, était connu pour son intransigeance et son perfectionnisme. Jonathan Nott, chef britannique et actuel directeur, défend des valeurs d’ouverture, de créativité et d’excellence. Il accorde particulièrement d’importance au partage des connaissances et à l’inspiration qu’il souhaite transmettre aux jeunes artistes.

C’est d’ailleurs l’une des missions de l’OSR : promouvoir la musique symphonique auprès des jeunes d’aujourd’hui qui deviendront le public de demain. Des concerts spécifiques pour le jeune public sont donc organisés régulièrement, comme les Concerts en famille au Victoria Hall ou encore les Concerts pour les petites oreilles avec la possibilité d’essayer les instruments.

Durant plus d’un siècle, l’OSR a été dirigé par les plus grands chefs d’orchestre et a accompagné les meilleures solistes en Suisse et dans le monde. Depuis 1929, il collabore étroitement avec la Radiotélévision suisse (RTS). Grâce à elle, l’orchestre est diffusé sur les ondes radiophoniques, permettant ainsi un rayonnement bien plus large. Par ailleurs, sa collaboration avec la maison Decca – compagnie britannique – a donné naissance à des enregistrements légendaires, qui ont confirmé sa présence sur la scène musicale internationale. Sa renommée a ainsi grandi au fil du temps, grâce à des enregistrements historiques et à son interprétation des répertoires français et russe du XXe siècle. Actuellement en partenariat avec le label Pentatone, l’Orchestre de Suisse romande enregistre deux à trois disques par saison.

En Suisse, l’OSR donne des concerts au Victoria Hall à Genève, au Palais Beaulieu à Lausanne et joue de la musique d’opéra et de ballet pour le Grand Théâtre de Genève. Reconnu mondialement, l’orchestre suisse a effectué de nombreuses tournées internationales qui l’ont mené dans les salles les plus prestigieuses d’Europe (Berlin, Londres, Vienne, Salzbourg ou Saint-Pétersbourg), d’Asie (Tokyo, Séoul ou Shanghai), ainsi qu’en Amérique : New-York, San Francisco, Boston ou encore Buenos Aires et São Paulo.

Enfin, l’Orchestre de Suisse romande est l’hôte de plusieurs festivals tel que le Budapest Spring Festival, Le Lucerne Festival, les Nuits Romantiques à Aix-les-Bains ou encore le Gstaad Menuhin Festival et le Septembre Musical de Montreux.

« L’OSR cultive un esprit international d’ouverture pour tous »
Éclairage par Steve Roger, Directeur général de l’OSR

« Il est difficile de définir un public genevois type, car celui-ci est intrinsèquement multiculturel. Par conséquent les personnes qui viennent assister à nos concerts sont le reflet de la population locale. Ainsi avec le concert annuel pour l’ONU nous pouvons attirer un public très international, issu des ONG et de la Genève international. Il s’agit d’une population cosmopolite qui a l’habitude de voyager, et qui est en droit d’attendre à Genève ce que l’on peut trouver à New-York, à Londres, à Paris ou à Berlin : apprivoiser ce public est une manière pour l’OSR de continuer à cultiver une tradition d’ouverture et d’excellence. D’un autre côté, nous multiplions les efforts pour attirer et initier un public plus jeune et plus néophyte : nous proposons par exemple des concerts pour les écoles, en partenariat avec le canton. Sans oublier les familles, et tous nos abonnés qui nous soutiennent et qui sont de plus en plus nombreux. Depuis sa création et grâce à la vision d’Ernest Ansermet, la vocation de l’OSR est de partager la culture avec le plus grand nombre, de favoriser l’accès à la musique. Pour autant aujourd’hui nous aimons penser que le public aime également venir pour se divertir : c’est dans ce sens que nous avons créé Genève-Plage, afin de proposer aux auditeurs et à la musique d’investir des lieux insolites, où l’écoute ne se fera pas du tout de la même façon qu’au Victoria Hall. C’est également une autre manière de sensibiliser les Genevois qui n’ont pas l’habitude de venir aux concerts ».

Genève : ville d’ouverture

Si Genève passe trop souvent pour une petite ville provinciale coincée sur les bords du lac Léman, sa situation géographique fait pourtant d’elle de facto un pôle tourné vers l’international. N’en déplaise à ses détracteurs, elle n’a rien à envier à ses voisins, en témoigne la richesse de sa scène artistique, dont voici un aperçu composé de personnalités d’hier et d’aujourd’hui : 

La première, et non des moindres, est Jacques Dalcroze, que l’on considère comme le Père de la rythmique. Le compositeur et musicien est originaire de Sainte-Croix dans le canton de Vaud, mais il s’installe à Genève rapidement. À la fin du 19e siècle, alors qu’il enseigne l’harmonie au Conservatoire de Genève, il décide de rompre une approche purement théorique pour élaborer la rythmique, pédagogie interactive et pluridisciplinaire fondée sur la musicalité du mouvement et de l’improvisation. De ses recherches menées en Allemagne, matérialisées par des spectacles orchestrés par Adolphe Appia et par la suite grâce à une collaboration avec l’intelligentsia européenne, naît le premier institut éponyme qui ouvre ses portes à Genève en 1915. Celui-ci totalise aujourd’hui environ 2600 élèves : des enfants aux adolescent, en passant par les adultes et seniors. Promu citoyen d’honneur, Jacques Dalcroze y poursuivra son œuvre jusqu’à sa mort le 1er juillet 1950.

Jacques Dalcroze – ©atelier boissonnas

Dans un autre registre, les acteurs Michel et François Simon, père et fils nés à Genève, ont marqué de leur empreinte plusieurs générations. Le premier, à la voix tonitruante, est l’un des monstres sacrés du théâtre et du cinéma du siècle dernier. Il a joué dans 145 films dont La Poison de Sacha Guitry, Le Vieil Homme et l’Enfant de Claude Berri et dans plus de 150 pièces de théâtre. Il a reçu plusieurs hommages de personnalités du cinéma, notamment celui de Charlie Chaplin qui l’a désigné comme « le plus grand acteur du monde ».

Son fils, François, est quant à lui à la fois acteur et metteur en scène. Il débute sa carrière à Paris chez Georges Pitoëff, puis revient à Genève en 1948 pour participer à l’aventure du premier « Théâtre de poche ». Dix ans plus tard, il fonde avec Louis Gaulis, Philippe Mentha et Pierre Barrat « le Théâtre de Carouge » dont il devient le premier directeur et où il met en scène, pour la première, La Nuit des Rois de Shakespeare. En 1969, François Simon débute une carrière plus soutenue au cinéma en tenant le rôle principal de Charles mort ou vif du réalisateur Alain Tanner et en tournant avec d’autres cinéastes tels que Francesco Rosi ou Patrice Chéreau.

Pour rester dans la même veine, mais plus contemporaine, on se doit d’évoquer le réalisateur Alain Tanner. C’est à 17 ans, lorsqu’il découvre le cinéma italien de Rossellini, Fellini ou Visconti, qu’un déclic se fait. Il continue de l’explorer par la suite à travers ses périples maritimes. Il considère aujourd’hui qu’il a eu de la chance : « en cinquante années, j’ai traversé ce qui fut probablement la période la plus passionnante du cinéma, avec la remise en question des formes anciennes, la rupture des vieilles structures et l’arrivée de la modernité. Dans plusieurs de mes films, j’ai mis en scène le rapport des anciens et des nouveaux. La lutte des générations, cela n’existe pas. Ce que j’ai voulu exprimer, c’était au contraire une vraie relation au travers du passage témoin, de la transmission d’un certain savoir. Et de la mémoire.  » Il se fait connaître notamment avec Les Années lumière, Grand prix au Festival de Cannes ou Dans la ville blanche, César du meilleur film francophone. Depuis 2014, ses archives se trouvent à la Cinémathèque suisse.

Pour la scène théâtrale, on pense à François Rochaix, directeur de théâtre et metteur en scène qui fonde et dirige à la fin des années 1990 le Théâtre de l’Atelier de Genève, puis devient par la suite directeur du Théâtre de Carouge, titre qu’il reprendra de 2002 à 2008, après une parenthèse internationale. Il monte durant cette période une sélection hétérogène allant de Shakespeare à Beckett, en passant par Brecht et Labiche. Dans ces mêmes années, il a le privilège de mettre en scène la Fête des vignerons de 1999.

Le Grand Théâtre fait partie des bâtiments emblématiques à Genève. Il est la plus grande structure artistique de la Suisse romande et accueille régulièrement des spectacles d’art lyrique et chorégraphique de manière saisonnière. Il reçoit également des représentations de concerts et récitals, qui lui offrent un rayonnement à la fois suisse et international.

Durant la Réforme protestante, sous l’influence de Calvin, le théâtre est inter-dit à Genève. Ce n’est qu’au milieu du 18e siècle que les administrateurs de la ville acceptent de construire un bâtiment dédié. Et c’est grâce à l’appui de Voltaire, qu’en 1738, une première salle de spectacle est aménagée au Jeu de Paume de Saint-Gervais, mais malgré cela, l’année suivante, la Cité de Calvin refuse de laisser entrer les comédiens. Finalement, le théâtre de Rosimond, surnommé «  La Grange des Étrangers  » vient prendre la relève en 1766, mais il brûle à peine deux ans plus tard.

Et ce n’est qu’à la fin du siècle qu’un nouveau bâtiment est construit : le Théâtre de Neuve, en lieu et place du théâtre de Rosimond. Malheureusement, celui-ci, mal équipé et trop exigu, est démoli en 1879. Les autorités ont l’idée de le reconstruire, mais c’est seulement grâce à l’héritage du duc Charles de Brunswick que la construction du Grand Théâtre est finalement rendue possible. Grand œuvre de l’architecte Jacques-Élisée Goss, qui s’est inspiré d’un dessin de l’artiste Henri Sylvestre, le Grand Théâtre ouvre ses portes à la fin du siècle 19e siècle, le 4 octobre 1879, avec la représentation du Guillaume Tell de Rossini lors du gala d’ouverture.

Le superbe bâtiment est inspiré de l’Opéra Garnier à Paris. Son style s’inscrit à la fois dans la mouvance des Beaux-Arts et celle du Second Empire. Sa façade tripartite est ornée de nombreuses sculptures et moulures dont quatre statues situées sur l’avant-corps central du socle. Elles représentant respectivement l’allégorie de la tragédie, de la danse, de la musique et de la comédie. Cet avant-corps se termine sur un fronton dont le tympan porte les armoiries de la ville de Genève. Le grand foyer, décoré par Paul Millet, est ornementé de fresques évoquant la musique tragique et joyeuse, tandis que le petit foyer et les escaliers immenses sont l’œuvre des artistes genevois Léon Gaud et Francis Furet. Ils sont ornés d’une décoration ostentatoire dans le goût de l’historicisme français et figurent dans la liste des bâtiments classés de Genève.

Malheureusement, en 1951 lors de la prépa-ration d’un effet pyrotechnique prévu dans le dernier acte de la Walkyrie, la salle, la cage de scène et les toitures sont détruites par un immense incendie. Heureusement les façades, le foyer et la bibliothèque de 1877 sont épargnés : de gigantesques travaux sont alors entrepris. La salle et les coulisses sont rénovées et agrandies – créant 1500  sièges au lieu de 1200  – par deux architectes, le Genevois Charles Schapfer et le Milanais Marco Zavelani-Rossi. La décoration est quant à elle confiée à l’artiste suisse Jacek Stryjenski, qui crée spécialement un immense plafond en voie lactée, baptisé Alto. Le Grand Théâtre ne rouvre ses portes que dix ans plus tard, en 1962, avec le Don Carlos de Verdi.

Finalement, plus de 50  ans plus tard, entre 2016 et 2019, le Grand Théâtre fait peau neuve. Il délocalise alors, durant ces quatre années, son activité à l’Opéra des Nations. Le fameux site de Neuve est amélioré sur le plan architectural, sécuritaire et, patrimonial, avec l’ajout d’interventions contemporaines comme le bar de l’amphi-théâtre. Le bâtiment retrouve son public le 12 février 2019 avec Das Rheingold de Wagner.

Le théâtre accueille des productions d’art lyrique et chorégraphique, ainsi que des concerts et récitals. Il dispose d’un chœur et d’un corps de ballet permanents. Enfin, bien qu’il ne possède pas son propre orchestre, le Grand Théâtre bénéficie des prestations de l’Orchestre de la Suisse romande (OSR), ainsi que, tous les deux ans, de celles de l’Orchestre de chambre de Lausanne.

« Un lieu de rencontres et de découvertes artistiques uniques pour tous les Genevois »
Éclairage par Aviel Cahn, Directeur général du Grand Théâtre

« Genève est une ville de lettres et de musique ; de théâtre beaucoup moins au regard de son histoire. Avoir un beau théâtre comme le nôtre ou comme la Comédie, qui est plus un théâtre de prose, apparaît presque comme une singularité ! Il me semble malgré cela que le Grand Théâtre devrait représenter pour la cité un lieu d’envergure, de rayonnement international d’un niveau culturel remarquable. Et pour les Genevois, un lieu de rencontres, d’expériences, de découvertes artistiques, mais surtout un endroit pour vivre des moments uniques.

La ville a une forme d’intellectualisme culturel qui est lié tant à son histoire avec Rousseau et Voltaire qu’à son historique diplomatique. C’est pourquoi on ne peut pas parler d’un seul public, d’un public « général », mais plutôt de publics spécifiques, souvent difficiles à réunir en un même lieu ou lors d’un même événement. C’est d’ailleurs peut-être pour cette raison que l’offre culturelle est aussi variée à Genève. Le quidam qui va à Paris ou à Milan n’aura pas les mêmes attentes ni envies que celui qui reste cantonné à sa ville. Il y a une forme d’élitisme : le premier portera ses choix vers les musées ou les opéras, tandis que le second se tournera peut-être plus vers une autre forme de divertissement.

Avec ce que nous avons vécu ces deux dernières années, l’habitude, le goût de sortir s’est un peu perdu. Il faut une forme de courage pour oser retourner au théâtre ou aller voir des spectacles. Parce qu’effectivement, la peur est toujours présente. Pour certains, être « enfermé » dans un lieu clos avec beaucoup de monde, pendant plusieurs heures, est devenu angoissant. Rappelons-leur que le Grand Théâtre, c’est 1500 places dans un espace aéré, qui offre la sécurité nécessaire.

Finalement, de manière générale, c’est la société tout entière qui doit réapprendre à sortir, à vivre tout simplement. Et au même titre que d’autres institutions culturelles de Genève, je considère que cela fait aujourd’hui partie de notre mandat : nous avons un rôle sociétal à jouer, celui de redonner confiance à notre public afin que celui-ci revienne à la culture ».

Restons sur les planches, mais dans un ton plus léger avec Laurent Nicolet et Marina Rollman, humoristes genevois, tous deux reconnus à l’international. Le premier, s’il s’est fait connaître sur son territoire dans l’émission Ça cartonne à la TSR, a acquis une notoriété hors de ses frontières en 2012, grâce à sa reprise du tube planétaire Gangnam Style en Gen’vois staïle. La seconde s’est fait connaître en 2013, grâce à l’impulsion de son compatriote Thomas Wiesel, mais également en participant au Festival du rire de Montreux, au Jamel Comedy Club et à des premières parties de Gad Elmaleh. Faisant partie de cette nouvelle génération d’humoristes féminines, son humour se démarque tant par un ton à la fois ironique, noir et tendre, que par ses inflexions de voix si caractéristiques.

Dans un autre registre, Kiyan Khoshoie fait figure d’électron libre. En effet, ce danseur genevois a offert, en 2019, au Théâtre du Grütli, un one man show intitulé Grand Écart, qui se situe à la croisée de la danse et du théâtre. Ce spectacle raconte sa vie de danseur et son expérience du milieu, qu’il fustige affectueusement. Ce Genevois helvèto-iranien s’est exilé à la Rotterdam Dance Academy à l’âge de 19 ans, où il a suivi une formation classique et contemporaine. Ses études terminées, il exerce son talent auprès de It dansa à Barcelone, de Dansgroep à Amsterdam, ou encore du Scapino Ballet à Rotterdam. De retour à Genève, il enseigne aux apprentis de la filière CFC danseur des Arts appliqués, ainsi qu’aux élèves de l’école privée Dance Area.

Kiyan Khoshoie – ©Magali Dougados

Bifurquons ensuite vers le monde de la musique, pour s’intéresser à Thierry Fischer, chef d’orchestre d’origine genevoise, qui dirige, durant 5 ans, l’Orchestre de chambre de Genève (OCG). Par la suite, il a construit la majorité de sa carrière à l’étranger en conduisant notamment l’Orchestre philharmonique de Séoul comme chef invité et l’Utah Symphony Orchestra en tant que directeur artistique. Il revient dans sa patrie en 2014, le temps d’un double concert l’OSR à Genève et à Lausanne. Aujourd’hui, il est actuellement directeur musical du São Paulo Symphony. Être chef d’orchestre, c’est à ses yeux « créer des possibles dans un monde d’impossibilités, c’est la magie de la création. »

Toujours dans la musique, mais dans une autre tonalité, Maurice Magnoni, compositeur et musicien de jazz, est l’un des fondateurs et coordinateur des Ateliers de l’Association pour l’encouragement de la musique improvisée (AMR), ainsi qu’à l’origine de l’École professionnelle de jazz et de musique improvisée (AMR-CPMDT). Il continue en parallèle sa carrière professionnelle en Suisse et en Europe.

Pour terminer, ce compositeur, musicien et chanteur, est membre fondateur du groupe de rock électronique Young Gods fondé en 1985 avec Cesare Pizzi au sampler et Frank Bagnoud à la batterie. Franz Treichler est un pilier de la scène alternative, figure de l’activisme genevois qui a pourtant raflé le premier Grand Prix suisse de musique et qui s’aventure dans différentes collaborations artistiques en danse contemporaine, cinématographie ou théâtre.

Pourtant un tout autre milieu aussi riche et foisonnant existe dans la cité de Calvin. Genève se transforme alors en « Kalvingrad », à la manière d’un pied de nez magistral à son fondateur et ses idées rigoristes, mais également pour dénoncer la fermeture de la plupart de ces espaces culturels autogérés et le climat pesant d’une ville « propre-en-ordre ». En effet, Genève apparaît à première vue comme une ville prospère, à l’image de ses immenses villas au bord du lac, des nombreuses banques, d’une industrie horlogère qui semble florissante, ainsi que de ses organisations internationales qui drainent une clientèle aisée. Pourtant, malgré ces images d’Épinal, la ville possède une autre facette : une pauvreté que l’on cache, un milieu associatif très actif, et surtout, un terreau artistique riche et différent, à l’œuvre au sein d’un milieu underground insoupçonné.

Le Grütli, ou le CPDAV (acronyme imprononçable !), est plus qu’une salle de spectacle. C’est un centre culturel pluri-disciplinaire qui regroupe sous le même toit de la danse, de la performance, du théâtre et même du cinéma. C’est un lieu à part, dédié aux arts vivants.

©Magali Dougagos

Inaugurée en 1989, La Maison des arts du Grütli est une propriété de la ville de Genève. Bâtie sur une ancienne école de 1873, elle est transformée en ce qu’elle est aujourd’hui par le bureau d’études Jean Stryjenski et Urs Tschumi.
Tout récemment en 2018, le Théâtre du Grütli est renommé « Centre de production et de diffusion des arts vivants », soit l’acronyme CPDAV quasi imprononcable, mais en définitive assez limpide quant à la finalité du lieu. Un endroit dans lequel sont produits des spectacles, c’est-à-dire où ils naissent, où ils ont été pensés, élaborés puis sont diffusés ici ou ailleurs.
C’est également une place dans laquelle les artistes viennent « en résidence », y travailler, y réfléchir ou se ressourcer grâce aux espaces qui portent bien leur nom : la Salle du bas, la Salle du haut, mais aussi le Gueuloir et la Terrasse. C’est à la fois un lieu de passage, plein de bruit et de fureur, dans lequel on danse dans les couloirs, on pianote sur les claviers, on dessine, on peint, on sculpte dans les ateliers et on voit des films dans des salles dédiées. On s’y restaure même, au café : c’est une véritable « maison », avec ses moments familiaux et collectifs, à l’instar des lectures, des tables rondes ou des discussions : autant d’occasions e vivre des moments exceptionnels de partage avec des personnes remarquables !
En bref, le Grütli c’est un véritable lieu de créativité, bouillonnant, dynamique, ouvert à tous sans distinction, qui pré-sente des spectacles de disciplines diverses, des spectacles contemporains qui posent un regard sur notre monde parfois ironique, parfois critique, mais souvent plein d’humour. La partie cinéma de la maison accueille d’ail-leurs les grands festivals de Genève : le Black Movie, festival international de films indépendants, le FIFDH, Festival du film et forum international sur les droits humains, ou encore le GIFF, le Geneva International Film Festival.

LA GENÈVE
UNDERGROUND :
LE MILIEU ALTERNATIF
EN PLEINE MUTATION

 

Le mouvement alternatif né dans les années 70 regroupait les mouvements sociaux gravitant autour des squats, des mouvements écologistes et pacifistes, avec pour voie commune de privilégier une désobéissance civile s’inscrivant dans une culture autogestionnaire. Genève était réputée pour cette vie alternative bouillonnante, qui aujourd’hui apparaît en difficulté, en raison de la fermeture de nombreux squats et lieux de création. Fort heureusement, quelques lieux mythiques résistent néanmoins, à l’instar de l’Usine, Undertown, l’usine Kugler ou encore l’Écurie. Ces salles, garantes d’une pluralité artistique, ont permis par le passé l’émergence de nombreux talents comme Young Gods, groupe de rock, pilier de la scène alternative et qui a remporté le premier Grand Prix suisse de musique.

La monteuse vidéo Vanessa Decouvette raconte dans son web documentaire Kalvingrad, une histoire de la culture alternative à Genève, l’histoire des squats, de la scène musicale underground, de l’Usine et d’Artamis, indissociables de ce milieu parallèle genevois qui revendique un autre mode de vie.

Depuis plus de 50  ans, le Théâtre de Carouge fait renaître les grandes œuvres du répertoire qu’il revisite. Les spectacles qu’il propose sont majoritairement créés sur place, mettant ainsi en valeur les différents artisanats liés à l’art théâtral. Depuis 2008, son essor est grandissant tant d’un point de vue artistique qu’en termes de rayonnement en Suisse ou à l’étranger. Ce théâtre attire toutes les classes d’âges et couches sociales, et il a la chance, depuis l’année dernière, de fonctionner dans un nouvel écrin qui le mènera sans aucun doute à l’aube d’une nouvelle ère.

ROOM. – ©CaroleParodi

Est-ce grâce à un concours de circonstances, à des auspices bienveillants ou au talent d’un petit groupe de jeunes comédiens plein de fougue qu’est né le Théâtre de Carouge ? Un petit peu des trois, dirons-nous. Shakespeare a changé la donne, lorsqu’en été 1957, Hamlet est joué en plein air au Théâtre antique de l’École internationale, dans la version d’André Gide. François Simon est à la fois le metteur en scène et l’acteur principal, et il est entouré de jeunes comédiens motivés, dont Philippe Mentha. À la suite de cette prestation décisive, le groupe se met à la recherche d’une salle pour s’implanter de manière permanente. C’est finalement Louis Gaulis, futur auteur maison, qui déniche, à Carouge, la Salle du Cardinal-Mermillod, ancienne chapelle transformée en salle de paroisse et vouée à la démolition. La compagnie y prend ses quartiers et devient le Théâtre de Carouge : celui-ci y restera durant 10 ans.
Lors de l’ouverture du théâtre en 1958, c’est La Nuit des Rois qui y est jouée : ce choix, qui n’est pas anodin, signifie au public son ambition de proposer des pièces choisies pour leur caractère universel : de Shakespeare à Tchekhov en passant par Brecht et Beckett, ainsi que des créations d’auteurs locaux comme Louis Gaulis ou José Herrera Petere. Le public est conquis et la salle se distingue par la qualité de son jeu. Malheureusement lorsqu’en 1967, la destruction de la Salle Mermillod devient inéluctable, la troupe n’a aucune vision de son avenir quant à son relogement… Elle devient donc itinérante pendant près de 5 ans, faisant résonner le nom de Carouge sur trois continents lors d’une tournée internationale. Par bonheur, la compagnie est également accueillie par d’autres scènes genevoises comme la salle Pitoëff, dans laquelle elle restera trois ans, et elle collabore aussi étroi-tement avec la Comédie de Genève et le Centre dramatique romand. Finalement, un financement ayant été trouvé, le Théâtre de Carouge s’installe dans la salle François-Simon en 1972, salle qui comporte 400 places et le plus grand plateau de Suisse romande. Il joue lors de sa première, à l’instar de 1958, La Nuit des Rois. Cependant, à la suite de différents problèmes de fonctionnement, Philippe Mentha quitte la direction du Théâtre.

Les débuts sont difficiles en raison de subventions quasi inexistantes, alors un rapprochement stratégique se fait avec le Théâtre de l’Atelier, lui aussi « sans théâtre fixe ». Les deux s’associent et forment une direction artistique collégiale, avec à leur tête Maurice Aufair, Guillaume Chenevière, François Rochaix et George Wod. Ce mode de direction fonctionne un temps, mais la différence des personnalités créant parfois un manque de cohérence, le public s’y perd. C’est alors finalement François Rochaix qui prend, seul, la direction du théâtre et renoue avec le grand répertoire. Son successeur George Wod portera le Théâtre de Carouge aux nues en quintuplant le nombre d’abonnés dès la première saison. Il doit notamment cet audacieux succès à une mise en scène spectaculaire de classiques comme Cyrano de Bergerac. Il sera également l’initiateur de grandes tournées internationales qui porteront la troupe jusqu’en Russie ou au Vietnam. Puis en 2002, c’est le grand retour de François Rochaix. Metteur en scène de la Fête des Vignerons de 1999, il jouit désormais en Suisse et à l’international d’une certaine notoriété et appose sa griffe sur la programmation du théâtre. Il propose un répertoire classique (Tartuffe, Œdipe à Colone, entre autres) sur une mise en scène plutôt contemporaine.

Finalement, l’année 2008 marque un tournant dans la direction du théâtre, car Jean Liermier, nommé directeur, est le premier à n’avoir aucun lien avec les fondateurs du Théâtre. Tout en restant fidèle au grand répertoire du théâtre populaire, il ouvre son plateau à de personnalités reconnues de la scène francophone et internationale comme André Engel, Laurent Pelly, Michel Piccoli, Dominique Blanc ou encore Laurent Terzieff. Et, dès sa nomination, il laisse entendre la nécessité de rénover le bâtiment en pro-fondeur. Le Théâtre de Carouge connaît de nouveau une période d’itinérance de 2017 jusqu’à l’année dernière.
En janvier 2022, il inaugure son nouveau Théâtre, équipé de l’ensemble des locaux nécessaires à son fonctionnement, dont la grande salle de 468 places, une petite salle, une salle de répétitions, des ateliers de fabrication de décors et de costumes. Tout cela sur un seul et même site.

Double éclairage par Jean Liermier, directeur, et David Junod, administrateur du Théâtre de Carouge

David Junod
Jean Liermier – ©CaroleParodi

« Carouge est l’endroit, et cela remonte à des siècles, où les Genevois affectionnent particulièrement de sortir, s’amuser, profiter des bars, des restaurants et de ses Théâtres.
Au 18e siècle, par exemple, les horaires des représentations étaient calculés afin de permettre aux visiteurs de rentrer chez eux avant la fermeture des portes de la Cité de Calvin. L’histoire du Théâtre de Carouge est belle, car dès son origine en 1958, ce sont des artistes, par la force de leur travail, qui ont écrit ses lettres de noblesse. Ce sont les spectacles qui ont fait sa notoriété, et encore aujourd’hui, même s’il n’y a plus de troupe, il y règne un état d’esprit très singulier, qui fait la part belle à l’artisanat et au plaisir du Théâtre. Au début de l’aventure, personne ne croyait à ce théâtre dans une ville d’ouvriers. Pourtant, il y a eu cette coaptation des habitants de Carouge, et par extension, de Genève. Cela a créé quelque chose qui perdure : un théâtre à la fois de création, d’Art, populaire et accessible.

Nous intervenons à tous les niveaux de la chaîne de pro-duction : de la conception du spectacle à la composition des équipes, au recrutement des comédiens, en passant par la fabrication des costumes, des décors, les répétitions puis les représentations. C’est fondamental dans notre vision du théâtre. Depuis plus de dix ans maintenant, nous tournons nos spectacles, en les jouant urbi et orbi. Cela a augmenté considérablement notre aura, tout en nous faisant grandir. En effet, travailler avec des grands noms de la mise en scène crée une synergie particulièrement enrichissant pour tout le monde.

Durant le pic du Covid, nous nous en sommes sortis en partie grâce à l’amour des spectateurs qui ont eu la gentillesse de nous soutenir. En cela, notre théâtre appartient en grande partie à son public : il était là avant nous et sera là après nous. Nous avons pu mesurer l’impact que la fermeture des lieux de spectacles a eu sur le moral, sur la santé mentale des gens.

Cette pandémie, durant laquelle nous avons honoré tous les contrats que nous avions passé, a finalement également apporté du positif, et nous avons dû nous réinventer, gagner en réactivité et en agilité. Par exemple, en créant des cap-sules vidéo, un standard téléphonique où les personnes s’inscrivaient et à l’heure dite, un comédien ou une comédienne les appelait pour leur faire la lecture d’un ou deux textes, suivi d’une discussion. Cette nouvelle forme de transmission a vraiment été profitable pour le public et les artistes. De même, nous avons travaillé avec la Fondation genevoise pour l’animation socioculturelle (FASE) qui s’occupe d’enfants et de jeunes adultes. Avec les éducateurs, nous avons mis au point des mini-initiations avec des groupes très restreint forcément, mais cela a permis de faire découvrir notre art à des personnes qui n’avaient jamais mis les pieds au théâtre. Et nous avons développé notre travail d’itinérance, en proposant avec notre camion-théâtre des spectacles « dans les campagnes » des communes du canton, rendant ainsi la culture accessible au plus grand nombre, en extérieur. Ce fut une révélation pour beaucoup, y compris pour nous ! »

Quelques lieux emblématiques de la culture genevoise

L’Usine, qui a fêté ses trente ans il y a peu (en 2019), est l’un des derniers bastions de cette culture alternative des années 90. Au départ centre culturel alternatif, autogéré, il regroupait collectifs et associations dans une ancienne usine genevoise de dégrossissage d’or. Ce n’est toutefois qu’en 1998 qu’elle devient le lieu que l’on connaît aujourd’hui. De la scène hardcore au reggae, en passant par le hip-hop ou l’électro, ainsi que par des manifestations, expositions ou concerts, l’Usine est un lieu qui met en avant l’art, sous toutes ses formes. Il est constitué de plusieurs entités comme le Post Tenebras Rock (PTR) qui (co) produit des concerts et œuvre pour la promotion du rock à Genève, le Zoo pour les fans de musique électronique, ainsi que le Spoutnik pour les cinéphiles.

©jules

La Parfumerie est également un lieu majeur de cette scène artistique à part. Ce sont plusieurs compagnies de théâtre indépendantes : Le Théâtre Spirale, la Compagnie 100% Acrylique, le Théâtre Séraphin et Michel Faure – metteur en scène et scénographe – qui se sont associés pour partager un lieu où développer leurs activités artistiques respectives, afin de toucher un plus large public. L’État de Genève leur a donc alloué ces locaux anciennement occupés par l’usine Firmenich, et qui a donné son nom à l’association. Celle-ci a donc construit un premier espace : la salle de l’Arve – le Théâtre, puis un second pour y créer un espace d’accueil du public et une buvette  : le Grand Café de la Parfumerie. Ce lieu reçoit aussi des ateliers pédagogiques pour jeunes acteurs et danseurs, des performances ou des concerts.

©La parfumerie

Finalement, L’Îlot 13, petit bout d’utopie en plein milieu de la ville, dans le quartier des Cropettes ; plus ancien squat de Genève, il est constitué de quatre immeubles et d’un centre de quartier autogéré. Ce lieu hors du temps abrite également une salle de concert, des ateliers d’artistes et d’artisans. Ce sont environ 450 personnes qui vivent ici.

©Lîlot13

Situé au premier étage de la maison communale de Plainpalais, le théâtre Pitoëff est ouvert aux compagnies professionnelles actives à Genève, pour des résidences de création. Il accueille également des festivals subventionnés par la ville de Genève.

©Magali Dougagos

Le théâtre Pitoëff occupe une place à part dans le paysage artistique genevois. Il fait partie d’un ensemble de locaux qui forment la Maison communale de Plainpalais. Celle-ci est édifiée entre 1907 et 1909 par Joseph Marshall. Ce n’est toutefois qu’en 1949 qu’il prend son nom actuel, en mémoire de la compagnie de Georges Pitoëff qui l’occupa de 1915 à 1922.

Par la suite, le lieu est le théâtre de différents travaux de moyenne importance, qui se dérouleront entre 1926  et 1968 avec, en particulier, la construction des gradins au parterre et à la galerie, ainsi que l’agrandissement du cadre de scène, le recouvrement des parois par du velours rouge et du sol par de la moquette.
Si sa gestion est confiée au Service culturel de la Ville (SEC), l’animation est pour sa part respectivement confiée à l’Association du Théâtre en Cavale puis à l’As-sociation Théâtre Mediterraneo jusqu’en juillet 2015. Par la suite, c’est la compagnie Utopie qui prend sa place et s’installe en résidence jusqu’en décembre 2018. Finalement, au début de l’année suivante, le théâtre Pitoëff s’ouvre aux compagnies professionnelles actives à Genève, pour des résidences de création de six semaines au maximum. Le but avoué étant de favoriser une diversité de la création locale.

Enfin, dès l’année prochaine, le théâtre accueillera des résidences de recherche ou de développement par des compagnies et artistes dans le domaine du théâtre et des arts du récit.

« La culture doit être porteuse d’enthousiasme »

Éclairage par Thierry Apothéloz, Conseiller d’État chargé de la cohésion sociale

« Genève est un canton de culture. Historiquement la Ville de Genève a un poids culturel extraordinaire : avec les autres communes, elle a apporté sa richesse et sa diversité à notre région. Parallèlement, le canton a un rôle majeur à jouer car il a, lui aussi, une politique culturelle importante et toujours en expansion. Dès lors il paraît difficile de parler d’une seule forme de « sensibilité genevoise ». Cependant, on peut considérer que le public genevois est un public exigeant, dans le bon sens du terme. Il a une certaine appétence pour la nouveauté, tout en étant attaché aux classiques. Je crois que les directions des théâtres l’ont assez bien compris. L’enjeu est de taille, et l’objectif est d’arriver à diversifier le public dans les différents lieux de culture proposés, tout en redonnant aux Genevoises et aux Genevois l’envie de sortir. Par-delà la crise sanitaire, il demeure comme une forme de « timidité culturelle » qui existe dans certains milieux, comme si certains lieux étaient réservés de facto à une élite.
Or, à Genève, nous avons la chance d’observer une diversité de population très importante, qui permet justement de casser ces codes et ces préjugés. Pour beaucoup, aller à l’opéra revient à s’ennuyer alors qu’au contraire, entre la danse et la musique, c’est une occasion de vivre des émotions uniques, sublimes ; tout autant que d’aller écouter un concert de musique alternative.

Aujourd’hui plus que jamais, les Genevoises et les Genevois ont besoin de s’évader, de rire, de se réhabituer à sortir tout simplement. Et c’est à partir de là qu’il faut questionner notre capacité à faire revenir le public. Notamment en réfléchissant aux horaires ou aux tarifs, mais également en décentralisant les lieux de culture : c’est là toute la force du festival Antigel par exemple, qui va chercher les spectateurs au pied des immeubles. C’est finalement cela qu’il faut transmettre aux institutions : sortir des sentiers battus.

Après avoir entendu pendant deux ans « restez chez vous ! », il faut aujourd’hui en prendre le contrepied : « Allez-y sortez, profitez, osez ! ». La culture doit être porteuse d’enthousiasme, et nous en avons besoin aujourd’hui plus que jamais. Dans ce contexte où le covid nous laisse un répit, il y a deux objectifs : le premier est de retrouver une forme de vie collective après deux ans d’individualisme ; et le second de (re)vivre des émotions, des passions, dont la culture reste toujours le marqueur idéal. »

Fondée en 1973 par des musiciens passionnés par la scène des musiques de jazz et d’improvisation, l’AMR encourage la création et le développement d’une scène musicale genevoise authentique.


Dans les années 70 à Genève, de jeunes musiciens novices autant que confirmés se regroupent régulièrement pour pratiquer leur inclinaison commune : l’improvisation. À l’époque, ce type d’exercice faisait bien souvent référence aux musiques d’origine afro-américaine comme le jazz moderne, voire avant-gardistes, mâtinées d’un soupçon de rock, de fusion, et également à la musique indienne et arabo-persane. Or, il n’existait rien de tel dans la cité de Calvin, ni aux alentours. Orphelins, ces musiciens n’avaient ni structure d’enseignement, ni lieu où répéter, ni salle de concert. Cependant, cette même année, sous l’impulsion d’un professeur, le CPM monte un cours de jazz traditionnel pour clarinettistes-saxophonistes. Une idée germe alors : créer une association pour développer les outils et moyens de cette passion collective. C’est ainsi que naît, trois ans plus tard, en 1973, l’AMR. L’Association trouve alors un lieu pour collaborer et travailler la musique improvisée tout en développant sa propre transmission sous forme d’enseignement : ainsi furent créés les Ateliers de l’AMR en 1975.

Continuant sur sa lancée, l’association réussit à obtenir un soutien financier pour organiser quelques concerts et stages, ainsi que tenir une antenne permanente. Puis on assiste à l’éclosion de son premier festival en collaboration avec la commune de Meinier. L’année suivante, l’AMR s’associe avec la Cité universitaire pour donner naissance au festival Patino. Parallèlement, elle réussit à obtenir des locaux de répétition et d’enseignements réguliers et commence à organiser des concerts hebdomadaires, ainsi que des jam-sessions occasionnelles. Deux ans plus tard, toujours en collaboration avec la Cité universitaire et la salle Patino, elle développe une programmation régulière dans une véritable salle de concert et crée dans la foulée le Festival du Bois de la Bâtie qui deviendra le Festival de la Bâtie.

Ce n’est que huit ans après sa création, en 1981, que l’AMR obtient enfin une reconnaissance de la part des autorités genevoises, qui mettent à sa disposition le bâtiment surnommé le Sud des Alpes, et qui deviendra son centre musical. Celui-ci est pleinement dédié à la musique et géré par des musiciens. C’est à la fois un endroit de production et de diffusion (organisation de concerts régionaux et internationaux), un lieu de rencontre et de travail pour les musiciens (individuel et collectif) et enfin un lieu d’enseignement dans lequel se tiennent les ateliers de pratique musicale de l’AMR. Cette organisation complexe a été pensée par les fondateurs, car elle représentait pour eux l’outil privilégié pour le développement et la diffusion de cette pratique artistique, à savoir réunir trois pôles de la création en un même lieu, autour de personnes qui tendent vers un but commun. Depuis lors, l’AMR et son centre musical sont devenus l’un des pôles de la vie culturelle genevoise. L’association présente chaque année plus de 200 soirées musicales publiques et deux festivals (l’un offert et en plein air dans le parc des Cropettes à la fin juin, l’autre payant au printemps). Elle collabore également à d’autres programmations en partenariat avec des acteurs locaux, nationaux et internationaux. Finalement, elle organise 45 ateliers hebdomadaires de pratique musicale en orchestre et de nombreux stages.

Musique, danse, théâtre et performance diverses, la Bâtie-Festival de Genève met en lien spectacles vivants, chorographies, concerts et DJ avec un éventail d’artistes nationaux et internationaux. Chaque année à la rentrée pendant quinze jours, c’est l’occasion pour le public de découvrir les tendances actuelles les plus saisissantes, dans plus d’une vingtaine de lieux de Genève, de France voisine et même du canton de Vaud. Proposant une programmation à la fois pointue et populaire, curieuse et festive, elle mêle artistes émergents et confirmés. Elle apparaît aujourd’hui comme un rendez-vous incontournable de la scène artistique pluridisciplinaire de Suisse.

BIG – Biennale.

La première édition de ce festival a lieu en 1973. Il était alors appelé Pop Estival car organisé par l’association Pop Show & Co, composée des membres du groupe genevois Éruption au Bois de la Bâtie (d’où la manifestation tire son nom). Le festival se tiendra sous cette forme durant 4 ans, à la fin desquels Jean-François Jacquet, fondateur des Amis de la musique de recherche (AMR) en prend la direction, afin de promouvoir la création alternative. D’une durée de 3 jours, ce festival gratuit se tient au mois de juin. Cependant, il se métamorphose petit à petit sous l’impulsion de son nouveau président et prend de l’ampleur en s’allongeant ainsi d’une semaine, puis de deux.
Dix ans après, le Festival change doublement : il se tient désormais en septembre et quitte son lieu d’origine, devenant ainsi l’événement culturel incontournable de la rentrée. Il entame dès lors une migration au centre-ville, conformément à la volonté de ses organisateurs : présenter, dans des lieux urbains, des spectacles issus d’une culture plus underground, non institutionnelle, afin de lui donner une forme de légitimité au cœur de la cité.

Au début, le festival occupe uniquement les salles gérées par la ville  : les maisons de quartier, les cinémas indépendants, les parcs et d’autres lieux non dévolus à la culture. Puis de fil en aiguille, le paysage culturel genevois évolue. Les lieux de représentation essaiment et plusieurs scènes dédiées aux artistes indépendants émergent : La Maison des arts du Grütli et l’Usine en 1989, le Théâtre du Loup les années suivantes. Tous deviennent naturellement des partenaires de ce festival grandissant. Puis en 1992, le Festival de la Bâtie développe des collaborations transfrontalières et intercommunales en investissant de nouveaux lieux de la culture alternative : Le Chat Noir à Carouge, la Halle Weetamix à Vernier ou encore l’espace Vélodrome à Plan-les-Ouates.

Ce n’est finalement qu’après 29 éditions, en 2002, que la ville et le Canton de Genève reconnaissent la pertinence du festival, en décidant de le soutenir. Ils signent donc avec lui une convention de subventionnement tout en lui confirmant une autonomie artistique grâce à une gestion déléguée. De son côté, l’association prend du galon et se transforme en fondation en 2010. Cette transformation majeure marque une transition décisive dans l’histoire de ce festival qui rompt avec son passé associatif.

La marginalité est-elle forcément appelée à rentrer dans le rang ?

Cette culture alternative se transmet également par le biais de trois festivals d’importance : Antigel, festival à la croisée des explorations artistiques en tout genre : musique, poésie, danse, art contemporain, théâtre et cinéma ; la Bâtie-Festival de Genève, qui se veut pluridisciplinaire ; et la BIG, ou Biennale insulaire des espaces d’art et de collectifs artistiques à Genève, qui a lieu tous les deux ans. La dernière édition s’est déroulée en juin 2021 à la Perle du Lac. Elle met à l’honneur les arts plastiques, mais aussi la danse, le théâtre et la musique, avec l’idée de faire découvrir ces espaces et ces arts-là, considérés comme underground, à un public plus large afin de mettre en avant des artistes confirmés ou émergents.
De ces festivals qui au départ ont un lien avec le milieu alternatif genevois, on retient une forme de gentrification qui se traduit par un soutien de la ville et la transformation de l’association en fondation pour l’un, un public intergénérationnel pour l’autre, et une délocalisation dans un lieu accessible pour le dernier. Tous ayant pour point commun d’être finalement intégrés dans le programme culturel de la ville, rompant ainsi avec leur passé associatif.

Actif depuis plus de dix ans, le Festival Antigel est devenu une véritable institution pour la ville de Genève et les autres communes participantes. Cette manifestation, qui a lieu tous les ans depuis 2011, propose, vingt jours durant, une centaine de spectacles répartis dans près de quarante lieux, souvent insolites, parfois éphémères, mais toujours originaux, se répartissant dans une vingtaine de communes du canton. Antigel, c’est la volonté de se trouver à la croisée des explorations artistiques en tout genre : musique, poésie, danse, art contemporain, théâtre, cinéma : les arts vivants dans toute leur splendeur.

Station Ascension. – ©Aude Hanni

Né en 2011, le Festival Antigel s’est construit avec la volonté de faire bouger la culture et de la faire migrer dans toutes les communes qui composent le territoire genevois, afin d’offrir une offre culturelle plus riche et diversifiée. Il propose à son public d’explorer des lieux inconnus ou insolites transformés en scènes pluridisciplinaire. L’idée étant d’offrir au public une programmation artistique accessible mais de qualité, que ce soit en danse, en performance, ou encore en musique. Le Festival joue ici un rôle fédérateur pour le terreau artistique local, combinant ainsi les disciplines et les publics afin de créer une synergie nouvelle.

Lors de ses précédentes éditions, Antigel a investi 43 des 45 communes du canton, 3 communes transfrontalières et habité plus de 200 lieux. Proposant concerts, spectacles de danse, performances, expositions, sessions de sports en musique, parcours artistiques, soirées clubbing et autres événements hors du commun, le festival a attiré un public intergénérationnel, de tous horizons, qui représente environ 55 000 spectateurs. Ce mélange des genres et des disciplines propose aux spectateurs un voyage culturel extraordinaire.

Parmi les événements marquants de ces dernières années, on pense aux concerts qui ont lieu dans les bains thermaux ou les piscines communales, des spectacles qui se sont tenus au dépôt des Transports publics genevois (TPG) ou encore au Jardin botanique ou aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). C’est une belle opportunité pour le public de voir ces lieux communs d’un œil neuf, car sortis de leur contexte, et donc de vivre une expérience culturelle inédite.

« Genève est une ville de culture…
très vivante ! »

Éclairage par Jean-Pierre Greff, directeur de la HEAD – Genève

« Certains projets menés à Genève, tel que celui de la Nouvelle Comédie, montrent combien un projet ambitieux peut, à lui seul, contribuer à renouveler la dynamique d’une ville et requalifier un quartier entier. Un vrai dynamisme culturel est en marche actuellement à Genève : pour exemple, le projet de rénovation du Bâtiment d’art contemporain (MAMCO + Centre d’art) est enfin lancé. Déjà très fort et repéré à l’international, ce lieu important de la culture contemporaine avait un besoin criant de rénovation. Il faut également saluer le nouveau projet culturel du MAH, qui apporte un renouveau stimulant, mais qui nécessite encore une infrastructure adéquate. Le Grand Théâtre est lui aussi en pleine forme, la danse, dont Genève est une ville phare, bénéficie d’une vitalité nouvelle, avec notamment l’élégant Pavillon de la danse. Et last but not least, le projet du Plaza qui me tient particulièrement à cœur va également contribuer à la richesse culturelle de Genève tout en faisant revivre, nous l’espérons, tout le quartier central de la rive droite.

La vitalité des espaces alternatifs et la dynamique qui existe entre ces structures indépendantes et les institutions de la ville sont certainement une autre des spécificités de Genève. L’offre culturelle est de ce fait extrêmement large et variée. Ces structures alternatives doivent continuer à se multiplier car elles insufflent un renouvellement permanent à la vie culturelle genevoise.

Et puis la création artistique n’est pas seulement un vecteur de promotion des valeurs humaines ; elle en est l’essence même. Aujourd’hui, à leurs échelles respectives, aussi bien la HEAD qu’une manifestation inter-nationale, comme la Biennale de Venise qui vient d’être inaugurée, attestent que les questions postcoloniales, les questions de genre et d’inclusion, l’antiracisme et la lutte contre toute forme d’exclusion ou de ségrégation sont au cœur du travail des artistes.

Je suis persuadé que tout milieu culturel repose sur trois piliers : la formation, la production et la diffusion. S’il semble que les piliers de la formation et de la diffusion sont maintenant puissamment implantés à Genève, le point faible reste celui de la production/création. C’est aujourd’hui un enjeu majeur que de réussir à fixer les artistes à Genève. La ville doit devenir plus hospitalière pour eux, ce qui veut dire leur proposer des ateliers accessibles. Cela veut dire aussi leur offrir les conditions de la construction d’un écosystème de la production artistique, et que celui-ci soit diversifié. Peut-être que ce qui manque le plus aujourd’hui à Genève, c’est que la ville soit accueillante pour les acteurs et actrices de la création au sens plus large, à travers toute l’étendue du champ du design, des designers graphiques aux designers de mode. Cela veut dire, créer des zones d’activité, des lieux de fabrique, avec des loyers adaptés, des infrastructures mutualisées, etc. Même s’il s’agit là d’entreprises commerciales, il faut les soutenir. C’est la mise en place de ce type de conditions qui permettra la naissance de pôles repérés dans tous les domaines de la création. »

Créée en 1913, cette institution centenaire a mué pour se transformer en théâtre flambant neuf au cœur de la gare des Eaux-Vives. Ce lieu de vie et de création a été conçu pour accueillir tous les publics, pour leur faire vivre des expériences étonnantes, inédites, et sur-tout provoquer la réflexion et l’émotion. La Comédie de Genève déroule une nouvelle page de son histoire en faisant la part belle aux artistes romands, suisses et internationaux. Outre le théâtre, la danse contemporaine et le cirque d’auteur occupent une place importante dans la programmation.

Inauguration de la Comédie de Genève. – © Magali Dougados

C’est en 1959, le 21 février exactement, La Comédie, avant d’être un théâtre, fut une troupe fondée en 1909 par Ernest Fournier. Il inaugurera par la suite son théâtre du même nom, boulevard des Philosophes, au début de l’année 1913. Son projet vient d’une idée commune avec l’Union pour l’art social. Ce mouvement, soucieux de mettre l’art à la portée de tous, veut former les classes populaires au goût du Beau. L’architecte Henry Baudin, qui en fait partie, conçoit une salle de 800 places dans laquelle est joué un répertoire contemporain français et des classiques.

Durant son premier siècle d’exploitation, la Comédie de Genève croise plusieurs figures emblématiques de l’époque telles que Georges Pitoëff, Jacques Copeau, Giorgio StrehlerBenno Besson et quelques comédiens français en exil dont Gérard Oury. Malgré cela et une aide de la Ville, l’exploitation est difficile et le fondateur y laissera son héritage et sa santé. En 1947, La Ville de Genève décide de sauver le théâtre et le rachète, signifiant ainsi la fin de la troupe engagée à l’année. Celle-ci sera rapidement remplacée par des tourneurs parisiens comme les Galas Karsenty-Herbert. Toutefois, cette (mauvaise) habitude fut rapidement brisée lorsque le directeur Richard Vachoux prit la tête du théâtre en 1974. Ce faisant, il redonna une place importante à la création romande, tout en marquant une véritable rupture avec ces prédécesseurs. Malheureusement, cinq ans plus tard, le théâtre est traversé par une grave crise financière. Pour s’en sortir, la Comédie constitue cette même année, en 1979, la Fondation d’art dramatique (FAD) pour en assurer la gouvernance et lui permettre de retrouver un nouveau souffle. Cette nouvelle impulsion, la Comédie continuera de l’entretenir grâce à la succession de plusieurs directeurs et d’une directrice à la tête de l’institution, chacun et chacune inscrivant son empreinte particulière pour la faire évoluer et devenir ce qu’elle est aujourd’hui.

Double éclairage par Natacha Koutchoumov et Denis Maillefer, co-directeurs de la Comédie de Genève

« La Comédie à Genève, c’est un peu une institution. C’est un lieu où, historiquement, on a pu découvrir les plus grandes mises en scène locales et internationales. Pour les Genevois de souche, c’est souvent là-bas que l’on découvre la scène, le théâtre. Malheureusement, les locaux, bien que pleins de charme, sont devenus vétustes, plus vraiment adaptés à ce qu’est devenu le théâtre en Europe et dans le monde.

Or, cela fait 30 ans que le monde de la scène genevoise se bat pour obtenir un théâtre à la hauteur de ses ambitions… et nous l’avons eu, enfin ! La Comédie n’est pas un lieu immense, mais c’est un théâtre qui ouvre enfin des possibles au rayonnement international. Nous avons la chance d’accompagner le passage de cet ancien lieu, à la fois superbe et prestigieux, vers une nouvelle vie, vers un futur qui se tient désormais aux Eaux-Vives. Ce qui a rendu cette aventure accessible, c’est d’être fortement implantés tant dans le cœur de la ville que dans celui des Genevois. Car un théâtre, c’est une affaire de cœur avant tout. Grâce à ce nouveau rayonnement, nous avons quadruplé nos abonnés, ce qui dans le contexte sanitaire actuel n’était pas une mince affaire. On les a apprivoisés en quelque sorte, les uns après les autres. On les a rencontrés et c’est un véritable lien de confiance qui s’est tissé entre le public et nous. Ils nous ont suivis, ils ont accepté d’être surpris, décontenancés, d’aller marcher dans la neige en écoutant de la musique techno, de se baigner en assistant à un concert de rock, bref de vivre des expériences insolites et originales. Le public genevois est très curieux, très ouvert. Et très hétéroclite, les jeunes générations se mélangent aux anciennes. Il y a une vraie mixité dans tous les (bons) sens du terme. Ce qu’il faut retenir de ces deux dernières années difficiles, c’est la valeur de la culture et du théâtre. Finalement, le fait d’en avoir été privés nous a permis de nous rendre compte de leur caractère précieux et essentiel. »

L’art au service du social

Cependant, tout n’est pas perdu pour cette culture dite alternative : si plusieurs acteurs sont rentrés dans le rang, elle continue de perdurer de manière différente dans le milieu social. En témoignent les nombreuses initiatives proposées à Genève. On pense notamment à Dan Acher, artiviste social dont « la passion, c’est l’humain » et qui a créé Happy City Lab, qui explore les espaces collectifs pour créer des situations et événements qui renforcent le lien social. Ciné Transat, Boréalis ou encore les pianos de Jouez, je suis à vous en sont des exemples réussis.

Dans le même esprit, l’art contemporain sort des sentiers battus et s’installe en ville pour valoriser la diversité des expérimentations artistiques. Que ce soient des œuvres pérennes, des expériences éphémères ou des programmes artistiques événementiels. Dans un esprit de transdisciplinarité Genève offre à ses habitants des rencontres riches et inédites aux carrefours de l’art et de l’environnement urbain. Un projet récent à citer : l’œuvre de l’artiste Rudy Decelière The Wind You Never Felt qui a été pensée et réalisée pour le Pavillon de la danse. Elle a été inaugurée en septembre 2021, accompagnée du solo Shadowpieces  III, chorégraphié par Cindy Van Acker.

BMF, Grands-mères qui dansent

Lieu à l’architecture unique, le Bâtiment des forces motrices est un modèle de réhabilitation réussie. Inauguré en mai  1886 comme usine, il l’est une seconde fois plus d’un siècle plus tard, comme lieu protéiforme accueillant des concerts, opéras et spectacles de danse. Le BFM est aujourd’hui un incontournable du paysage architectural et artistique de la ville de Genève.

BMF, extérieur. – ©BMF

Le bâtiment est édifié au milieu du lit du Rhône, à la fin du 19e siècle, par l’ingénieur et politicien Théodore Turrettini. Après que le Grand Conseil de la République et le Canton de Genève aient cédé les forces motrices à la Ville, les travaux démarrent en novembre 1883, afin de construire une usine qui aura pour fonction d’alimenter les fontaines, maisons et usines de la cité, en leur fournissant, par un système de pression, les eaux du Rhône. Trois ans plus tard, les cinq premiers groupes de turbines sont mis en action pour l’inauguration. Deux fournissent de l’eau en ville et les trois autres à l’extérieur (sur une distance de dix kilomètres). Presque dix ans après, la grande aile du bâtiment est terminée. Et ce sont dix-huit groupes de pompes et de turbines qui sont désormais en fonction. Le bâtiment en forme de L, aux façades très classiques ponctuées de grandes baies vitrées en arc, donne l’impression d’être posé sur le fleuve. Le frontispice qui fait face au lac et à la ville est orné sur la partie supérieure de statues représentant Neptune, Cérès et Mercure. À l’intérieur, les deux ailes forment un espace immense. En 1988, il est classé bâtiment historique : une réflexion est lancée quant à sa nouvelle vocation, plutôt d’orientation culturelle. C’est finalement grâce à la générosité d’un mécène genevois qu’une salle de spectacle de 985  places, adaptée à ce lieu unique, voit le jour. Véritable prouesse technique en raison des contraintes du bâtiment (largeur et hauteur restreintes notamment), la nouvelle pièce   appelée Salle Théodore Turrettini – est entièrement construite en bois pour des raisons de légèreté de structure et d’acoustique. Ne reste de la fonction première du lieu que deux pompes, témoins de son passé industriel. La salle construite par l’architecte Bernard Picenni a pour fonction première d’accueillir la saison 1997-98 du Grand Théâtre durant les rénovations de celui-ci, puis à l’avenir d’être utilisée à des fins événementielles ou pour la présentation de spectacles. C’est ainsi que le Bâtiment des forces motrices prend désormais une nouvelle identité et un nouveau nom, symboles de sa renaissance : le BFM, qui a notamment eu le plaisir de recevoir l’Orchestre de Suisse romande venu fêter son centenaire en proposant des concerts pour enfants et adultes.

« Nous devons
redonner
aux Genevoises et
aux Genevois
l’envie de sortir »

Éclairage par Sami Kanaan, Conseiller administratif chargé du Département de la culture et de la transition numérique

« Genève est intrinsèquement dotée de valeurs culturelle extrêmement riches et variées, à l’œuvre dans le patrimoine classique, mais aussi dans la culture innovante. On oublie souvent de le rappeler : historiquement, c’est une ville de musique, qui possède également un patrimoine collectif innovant particulièrement important, valorisé par ses musées. Notre ville est reconnue en Suisse pour ses créations. Par ailleurs avec le nombre de hautes écoles qui se professionnalisent, beaucoup de personnes viennent tenter leur chance à Genève. Cela crée ainsi une forme d’émulation, avec des artistes très créatifs qui n’hésitent pas à briser les codes et à varier les formes. Du coup on mélange aisément le théâtre, la danse, la musique… Le résultat est très vivant et bienvenu après deux années de crise ! En effet nous devons redonner aux Genevoises et aux Genevois l’envie de sortir. Le vrai défi aujourd’hui, c’est de ne pas tenir son public pour acquis : il faut créer de nouvelles vocations.

Côté artistes, la pandémie a mis en exergue l’intermittence de notre système et nous travaillons donc à améliorer leur statut professionnel et leurs assurances sociales. Une autre problématique existe sur le plan matériel cette fois-ci : le manque de locaux abordables et bon marché. L’artiste a certes besoin d’un revenu, mais aussi d’un espace polyvalent où il peut créer, répéter, se réunir, voire ponctuellement rencontrer son public. Je crois fondamentalement que la création artistique doit être également un vecteur de promotion d’autres valeurs fondamentales : nos artistes y sont très sensibles ». 

Représentant l’un des derniers piliers de la scène genevoise dite alternative, la Cave 12 est une salle de concert pour musiques expérimentales et avant-gardistes exigeantes. À (re) découvrir de toute urgence !

La Cave 12, qui existe depuis 1989, a fait ses débuts dans les sous-sols de Rhino, pour finalement y rester dix-huit années. Par la suite, elle est devenue nomade – passant de salle en salle  – pendant presque sept ans, en raison de la fermeture des squats et autres lieux de rencontre alternatifs. Ce n’est qu’en 2013 qu’elle a finalement pris ses quartiers au centre-ville, dans des locaux loués et aménagés majoritairement par la Ville de Genève.

La salle de concert de l’association éponyme a pour objectif de faire connaître et de diffuser des musiques « sous-représentées », qu’elles soient électriques, acoustiques, improvisées ou électroniques. Le fil rouge étant la recherche dans le domaine musical actuel. En offrant une visibilité à ces styles musicaux « expérimentaux », elle participe au rayonnement de ces musiques hors normes. Une autre partie de son activité consiste également à s’occuper de l’édition de supports sonores.

Pour cela, elle organise majoritairement des concerts et offre chaque année à plus de 150 projets de se produire sur scène. La salle, d’une capacité de 250 personnes debout ou 60 personnes assises, propose un gabarit unique qui crée de facto une ambiance intimiste propice à l’écoute d’une musique avant-gardiste et innovante. C’est l’une des rares structures en Suisse à promouvoir ce type de concerts. La Cave 12 a ainsi accueilli près de 5 000 artistes et plus de 100 000 spectateurs tous âges confondus, pointilleux sur la musique. Collaborant également de manière étroite avec différents festivals genevois comme La Bâtie Festival, le Festival Archipel, l’Électron Festival ou encore la Fête de la musique, ainsi qu’avec des associations comme l’AMR, le Spoutnik et L’Usine notamment, elle se positionne comme une actrice incontournable du tissu musical genevois. De même, sa participation régulière à d’autres événements musicaux d’envergure hors de ses frontières, tels que les Instants Chavirés à Paris, l’Embobineuse à Marseille ou le Festival Kraak en Belgique, lui a conféré une solide aura et renommée internationale ; expliquant assurément sa présence incontournable dans les médias suisses et internationaux comme Le Courrier, la TSR, la TV québécoise ou encore Radio Montréal.

Le Théâtre Am Stram Gram a été créé par Dominique Catton, cofondateur de la compagnie Am Stram Gram, et Nathalie Nath. Situé dans un bâtiment conçu par l’architecte Peter Boecklin, il est inauguré en 1992 par la Ville de Genève, sous l’impulsion d’André Chavanne, conseiller d’État. Ce lieu pluridisciplinaire et transgénérationnel est dirigé par Joan Mompart.

Willy Wolf. – ©Olivier Bonnet

Situé au cœur de Genève, ce théâtre est unique, particulièrement en termes architecturaux. En effet, le bâtiment se compose d’un étage exclusif, paré de lettres aux couleurs vives, accrochées à une cheminée de verre. Elles se présentent dans le désordre mais la signification en est aisée en un seul coup d’œil : THAMTREGAMR-SEATRAM. L’intérieur se présente sous forme d’une grande galerie creusée dans la terre : plus on descend, plus ça s’ouvre. Très lumineuse, l’immense verrière permet d’être sous terre, mais à ciel ouvert et l’on y découvre…

Une œuvre aérienne signée Isa Barbier, une galerie qui accueille des œuvres d’art contemporain et des expositions, une bibliothèque où l’on peut bouquiner seul ou en famille, une librairie partenaire de Payot Libraire pour ramener chez soi des œuvres en lien ou non avec le spectacle que l’on a vu et un bar où se désaltérer avec des limonades bio, bières locales, et se sustenter en version sucrée ou salée. Et finalement, se trouve sur le toit un superbe jardin de 400 m2 géré par un collectif.

Le théâtre possède bien sûr deux salles : l’une, d’environ 330 places, est dotée d’un vaste plateau en dispositif frontal, qui laisse apercevoir le ciel ; la seconde, plus intime mais modulable, accueille une centaine de spectateurs. Les représentations proposées s’adressent à tous les publics dès le plus jeune âge, car la jeunesse et l’enfance sont pour les artistes qui se produisent sur ces scènes ainsi que l’équipe, de véritables sources d’imaginaire, d’enjeu artistique, culturel et même politique fondamental.

C’est en 1992 que l’Orchestre de Chambre de Genève voit le jour. Il est composé de 37 musiciens virtuoses qui offrent au public une programmation riche : son répertoire, centré autour de son effectif « Mannheim » idéalement adapté aux compositeur de la période classique (Haydn, Mozart, Beethoven), s’étend du baroque au XXIe siècle, grâce à la curiosité insatiable de l’orchestre tout comme à son aisance à travers les époques et les styles.

L’OCG assure annuellement une cinquantaine de concerts, ainsi qu’une présence dans de nombreux festivals et événements artistiques du bassin lémanique.
Depuis près de 10 ans, l’orchestre est dirigé artistiquement et musicalement par le chef néerlandais Arie van Beek. Ayant également à cœur de promouvoir des œuvres contemporaines, le Maestro a créé des compositions de Suzanne Giraud, Hans, pour ne citer qu’eux. Cette pluralité d’époques et de styles musicaux révèle la curiosité insatiable ainsi que l’agilité de l’orchestre.

Son rayonnement est sans frontière. En témoigne sa collaboration avec des artistes tels que Mischa Maisky, Gauthier Capuçon, Sonya Yoncheva, Natale Dessay ou encore Thierry Fischer, ainsi que sa présence dans de nombreux festivals et événements artistiques de la région lémanique. À l’international, ses récentes tournées en Chine et au Moyen-Orient saluées par la critique et la presse dont Arte et TV5 Monde ont assis son prestige.

Porté par une vision coopérative de la culture, l’Orchestre de Chambre de Genève collabore avec un riche tissu institutionnel dont les acteurs viennent d’horizons musicaux éclectique et variés, du jazz au répertoire lyrique. On peut mentionner notamment le Grand Théâtre de Genève, l’Opéra de Lausanne, l’AMR, la Haute école de musique de Genève, Contrechamps et le Conservatoire populaire de musique.

Enfin, soucieux de soutenir la nouvelle génération et de démocratiser la musique classique, l’orchestre s’engage au travers de différents projets pédagogique et concerts participatifs. En effet, à ses yeux, la musique doit être accessible à tout un chacun:
raison pour laquelle l’OCG a tressé de fructueux partenariats avec plusieurs acteurs sociaux d’importance comme la Fondation Village Aigues-Vertes, l’Association pour le Bien des Aveugles et malvoyants ou encore la banque alimentaire Partage.

Soutenu par la Ville de Genève et par de multiples sponsors, institutions ou donateurs privés, l’Orchestre peut ainsi pérenniser sa vision et transmettre sa passion, son exigence, son engagement et son audace.

GENÈVE EN FESTIVALS

Eletron festival, concert. – ©Eletron festival

La Suisse compte l’une des plus importantes concentrations de festivals au monde ! Cela représente presque 300 festivals de jazz, électro, écolo, rock, blues, funk ou classique. La ville de Genève à elle seule, c’est au minimum plus de 14 festivals qui se déroulent été comme hiver, rythmant les saisons de ses habitants. Et si l’on a évoqué, précédemment, trois festivals d’importance dans le milieu associatif/alternatif, il est important de mentionner les autres, qui mettent en avant la diversité et la richesse culturelle de Genève et d’ailleurs.
La musique, plus souvent qu’à son tour, est mise à l’honneur avec Voix de Fête, créée en 1999 pour dynamiser l’expression musicale francophone actuelle et faire émerger des nouvelles tendances et créations. De même, Archipel est un festival international de création musicale fondé en 1992 pour promouvoir toutes les formes de recherche musicale et d’art sonore, sous forme de concert de musique instrumentale et vocale, de performances et de concerts de musique improvisés. L’AMR Jazz festival encourage, de son côté, la scène musicale genevoise et promeut la musique improvisée.

L’Electron Festival se décline pour sa part en performances live et installations artistiques, ainsi que par une silent party. La ville de Genève participe elle aussi à la fête avec son festival Musique en été, qui se déroule au parc de La Grange et à l’Alhambra. Il représente plus de 30 concerts de jazz, hip-hop, soul, swing, reggae : le tout gratuit !

Le Théâtre Saint-Gervais est situé au cœur de Genève, à deux pas de la Gare Cornavin. Le bâtiment, dont les neuf étages sont dédiés à la création et à la représentation d’arts vivants, possède deux salles de spectacles : l’une de 140 places, située en sous-sol, et l’autre donnant sur le Salève, qui peut accueillir 60 spectateurs. La programmation se compose d’une trentaine de spectacles joués par des artistes aux origines multiples.

©Theatre St Gervais

Construit par les architectes Lucien Archinard et Jean Zuber, le Théâtre Saint-Gervais a été inauguré en décembre 1964. Imaginé à l’origine dans le cadre d’un centre de loisirs, il prendra le nom de Maison des jeunes et de la culture de Saint-Gervais (MJC) à l’instar des structures françaises. Jacques Rufer, le tout premier directeur, dispose alors d’une salle de spectacle de 300 places qu’il utilise comme atelier théâtral, sous la houlette de François Rochaix et Marcel Robert. Prenant le nom d’Atelier Don Sapristi, ils présentent un mimodrame : Les Cris du silence. Un an plus tard, la compagnie se professionnalise sous le nom de Théâtre de l’Atelier, tout en restant attachée à ce lieu où Rochaix y met en scène Le Chant du fantoche lusitanien de Peter Weiss. Par la suite, d’autres compagnies y seront accueillies, comme les Tréteaux Libres. Plus tard, la salle projette le travail du groupe Cinéma libre qui réunit Francis Reusser, Alain Tanner et Michel Soutter.

En 1969, Max Laigneau devient directeur de la MJC et décide de replacer sur le devant de la scène la fonction première du lieu : un centre de loisirs. Il remet ainsi la salle de spectacle à disposition des groupes d’amateurs. De son côté l’Atelier quitte la MJC et s’associe avec le Théâtre de Carouge. Malgré tout en 1971, un groupe de manifestants investit les lieux pour réclamer un centre de culture autonome et à la suite de cet événement, le Conseil de fondation décide d’expérimenter une direction collective avec les usagers. La MJC se tourne ainsi vers l’international en accueillant des groupes culturels d’immigrés tels que l’Association des travailleurs émigrés espagnols en Suisse et les Colonies libres italiennes.

Près de vingt ans plus tard, des rénovations débutent : elles vont durer deux ans. Les activités de la Maison de Quartier sont donc délocalisées à la Villa du Bout-du-monde et à l’ancien Palais des expositions. Les animateurs Jaime Echanove et Marie-Claude Torelle y dirigent l’éphémère salle du Théâtre Off. Jacques Boesch, quant à lui, est chargé par la Ville de préparer la réouverture de la MJC qui prend désormais le nom de Théâtre Saint-Gervais.

Ville de paix et des organisations internationales, Genève utilise également le cinéma comme vecteur de communication. Ce média se décline également en festivals. On pense notamment au Geneva International Film Festival (GIFF), qui est le plus ancien festival genevois consacré au cinéma. Fondé en 1995, il représente un carrefour des genres et des disciplines, proposant, durant 10 jours, des films, des séries et des installations interactives. Second acteur majeur, le Festival du Film et Forum international sur les droits humains (FIFDH) est l’un des événements les plus importants dédié au cinéma et aux droits humains à travers le monde. Il se tient depuis 20 ans parallèlement à la session principale du Conseil des droits de l’homme de l’ONU. Il propose des films suivis de débats de haut niveau, pour dénoncer toutes les violations des droits humains, partout où elles se produisent. Le Black Movie se positionne pour sa part comme le Festival international de films indépendants. Né d’une envie de montrer des films en provenance des pays d’Afrique, il élargit sa vision aux deux autres continents du Sud que sont l’Asie et l’Amérique latine. Son but étant d’entrer en résonance avec une cinématographie contemporaine, ancrée dans une réalité sociale actuelle. Finalement, le Festival international du film oriental de Genève (FIFOG) promeut le cinéma, la diversité et le dialogue interculturel à travers les œuvres de cinéastes en provenance de plusieurs pays d’Orient et d’Occident.

Black Movie, Liang Tian.

Situé sur la commune de Cologny, le Théâtre Le Crève-Cœur occupe un bâtiment, créé autour d’un ancien pressoir, au sein d’une demeure familiale. La capacité d’accueil de 60 places de ce théâtre à taille humaine l’autorise à mettre l’accent sur un patrimoine théâtral varié en conservant l’esprit artisanal propre à ce lieu, c’est-à-dire une ambiance humaine et chaleureuse alliant rigueur et qualité.

© Loris von Siebenthal

C’est en 1959, le 21  février exactement, que le Théâtre du Petit-Crève-Cœur donnait sa première représentation. À l’époque, Raymonde Gampert décide de créer un théâtre au sein de la maison familiale. En effet, cette mère de famille est passionnée d’écriture et de mise en scène. Elle décide donc de transformer son ancien pressoir en théâtre afin d’y accueillir plusieurs grands noms de l’époque. Entre  1959  et  1979, on y voit défiler Cocteau, Tchekhov, Tardieu, García Lorca, et également des musiciens, poètes ou écrivains, dont Nicolas Bouvier, ainsi que la chanteuse chilienne Violeta. Tous ont hanté ce lieu atypique, laissant derrière eux les vestiges d’une gloire passée. L’un des enfants de Raymonde y joue par ailleurs régulièrement : il s’agit de Bénédict Gampert, violoncelliste et comédien.

À la suite du décès de la fondatrice, le théâtre ferme ses portes pendant une dizaine d’années et en 1990, le fils prodigue Bénédict Gampert, accompagné de sa femme Anne Vaucher, comédienne et metteur en scène, redonnent vie au Théâtre du Crève-Cœur afin de poursuivre la vision de sa créatrice. La comédienne sera à l’origine des Ateliers-Théâtre destinés aux enfants, adolescents et adultes de 7 à 77 ans et plus… Permettant de développer le jeu théâtral à la fois par l’improvisation et l’interprétation, ils encouragent la confiance en soi, l’écoute des autres et l’enrichissement intérieur. Depuis la disparition en 2007 de Bénédict Gampert, et jusqu’en juin 2014, Anne Vaucher a poursuivi cette mission créatrice entourée par une équipe soudée, compétente et dynamique. Dès juillet 2014, Aline Gampert, troisième génération de la famille à la tête de ce théâtre, en reprend la direction.

Éclairage par Aline Gampert, Directrice du Théâtre Le Crève-Cœur

L’offre culturelle proposée aux Genevois est vraiment riche : rien qu’au niveau des théâtres, on compte facilement une vingtaine de lieux, alors que Genève n’est pas une si grande ville. Et je ne parle même pas des cinémas, musées, galeries, etc… C’est un foisonnement formidable qui colore notre ville et qui nous rappelle le caractère essentiel de la culture. Dans ce sens, les récentes et nombreuses rénovations et constructions de bâtiments, dédiées au domaine artistique ces dernières années, témoignent de la grande volonté de faire de Genève une ville de culture. Côté public, les Genevois sont cultivés et exigeants. Mais au vu de la grande quantité de propositions, le public genevois se dirige plus vite et plus facilement vers ce qu’il connaît. J’ai la sensation que les valeurs sûres le rassurent. Quand il ne connaît pas, il attend souvent que le bouche-à-oreille se fasse ou que la presse s’exprime pour se décider à faire le pas. Pourtant ce sont les mêmes artistes talentueux qui s’emparent de textes, certes moins connus, mais où le résultat est tout aussi génial.

Justement au Crève-Cœur nous privilégions la création et les artistes suisses romands: nous nous définissons comme un théâtre de création, ne produisons que des artistes professionnels, essentiellement locaux et proposons un programme varié et accessible : théâtre, one man show, spectacle musical, opéra-théâtre, cabaret musical, etc. Il faut souligner qu’un théâtre de création crée de l’emploi, représentant ainsi des CDD de plus longues durées. C’est primordial pour la plupart des métiers du spectacle. Si des lieux comme le Crève-Cœur bénéficiaient de subventions plus importantes, cela permettrait de mener des créations à terme, sans devoir toujours soustraire au budget initial tel ou tel poste. Qu’un théâtre ait une capacité de 60, 200 ou 500 places, le tarif est le même quant aux artistes qui s’y produisent.
Enfin après 2 années de crise sanitaire, combien de temps faudra-t-il pour que le public revienne remplir les salles ? Nous avons toutes et tous été fortement marqués par ces deux années de pandémie. Mais ce dont je suis certaine, c’est que l’être humain est capable d’une grande résilience. Cela prendra peut-être quelque temps, mais nous reviendrons à une normalité. Cette sensation de liberté retrouvée nous poussera à envahir la ville et à profiter de ses nombreuses activités culturelles !

C’est en 1985 que Lesley de Senger crée le Festival de Bellerive. Il se tient depuis 1999, dans le superbe domaine de la Ferme Saint-Maurice, situé sur les hauteurs de la commune de Col-longe-Bellerive à quelques kilomètres de Genève, offrant aux amoureux de la musique classique, un panorama grandiose mêlant la douceur du lac Léman à l’âpreté des vignobles.

Un objectif affiché : ramener la musique classique dans la campagne genevoise. Le succès est immédiat, et la première édition est suivie de cinq suivantes. Par la suite il faut déménager et la magie s’arrête pendant près de dix ans. Sous l’influence de certaines de ses connaissances, Lesley de Senger décide de relancer le projet en sollicitant cette fois-ci l’aide de la mairie de Collonges-Bellerive pour obtenir le nouveau de site de son choix : la Ferme Saint-Maurice. C’est donc en 1998 que le festival renaît de ses cendres et se tient dans son nouvel écrin, pensé pour accueillir toujours plus de mélomanes.

Depuis ce nouveau lieu à la vue exceptionnelle, le Festival de Bellerive propose une programmation originale qui se démarque des autres. En effet, la volonté de sa fondatrice est de programmer de jeunes artistes prometteurs à un public connaisseur. Certains d’entre eux sont devenus des piliers incontournables du paysage classique : András Schiff, Mikaïl Pletnev, Quatuor Takács, François-René Duchâble et Emmanuel Pahud entre autres.

Un autre trait caractéristique du festival: fonctionner aux coups de cœur, tant ceux du public que ceux de sa créatrice, avec très souvent de belles découvertes. Se tiendront également durant l’édition 2022, une exposition d’aquarelles de Delphine Gosseries ainsi que des sculptures de Lola-Menthe de la Hoop.

Gardant l’esprit collégial de ses débuts, le Festival de Bellerive, grâce à son lieu insolite et plein de charme, transmet à son public une ambiance chaleureuse et conviviale: voilà également ce qui donne à ce festival hors norme, tout son cachet.

Malgré sa petite taille, ce Théâtre de Poche né dans ce qui était alors un appartement, s’est toujours distingué par ses pièces avant-gardistes, ses créations audacieuses et sa mission dédiée aux textes contemporains.

Pièce Nino. – ©Samuel Rubio

Créé en 1948 par Paul Fabien Perret-Gentil, dans un appartement situé au 19 Grand-Rue, le Théâtre de Poche se transforme dès 1962 sous la houlette de Richard Vachoux en Nouveau Théâtre de Poche et déménage à la rue du Cheval blanc.

L’objectif premier du Nouveau Théâtre de Poche est de mettre à la portée d’un public populaire l’art du théâtre et les beaux textes. Il assume donc un choix de textes modernes dont les auteurs s’intéressent aux préoccupations contemporaines, le classant ainsi dans la catégorie de «  théâtre d’essais  ». Son ambition étant « (…) d’aider le public à réfléchir sur les problèmes actuels, mais également de transformer le monde en (…) un espace de rêve et de poésie », le temps d’une représentation.

Un lieu de réflexion en somme, à la fois ouvert et participatif : un terrain de partage donc, s’adressant à tout un chacun pour permettre un dialogue entre le public et les artistes à travers différents exercices comme des discussions ou des ateliers d’écriture entre autres. Ancré dans le monde actuel, il est politiquement, socialement et géographiquement au cœur de la Cité. Au service de la création locale, il présente des artistes confirmés mais encourage aussi l’émergence des talents de demain et permet à ses artistes un engagement sur le long terme (12 représentations minimum).

Enfin, il ne faut pas oublier la Fête du théâtre, qui propose un programme d’activités théâtrales gratuites afin de mettre en valeur le patrimoine des arts de la scène genevois et romand et de célébrer le théâtre sous toutes ses formes.

Fête du théâtre, affiche 2020.

Si Montreux a son Comedy Festival, Genève a son Festival du rire : initié en 2014 par deux amis, Estelle Zweifel et Tony Romaniello, le Festival prend ses quartiers au Casino Théâtre et propose des spectacles d’humour afin de promouvoir la scène romande.

Le mot de la fin

Depuis deux ans maintenant, victime directe des mesures prises pour lutter contre l’épidémie de Covid, la culture a été stigmatisée. Une lettre ouverte intitulée « No culture no future » fut d’ailleurs signée par une centaine d’associations et de lieux culturels pour dénoncer cet impact négatif. En effet, la culture et a fortiori l’Art, s’ils apparaissent au premier abord comme superflus, permettent pourtant le progrès humain, rien que cela. L’art est essentiel pour nous ramener à l’essentiel. Alors avec la levée de toutes les mesures sanitaires et la restauration de la mobilité, 2022 apparaît déjà comme une année salvatrice. Après tout, et Voltaire avait raison: « une bonne année répare le dommage des deux mauvaises ».

Christophe RAOUX, La passion de transmettre

Chef exécutif m3 RESTAURANTS, Christophe RAOUX revient dans cet entretien sur son rôle au sein de l’entité, la philosophie qu’il a de son métier et ce qui l’inspire en matière de gastronomie. 

Christophe Raoux

Originaire de La Roche-sur-Yon en Vendée, Christophe Raoux affirme très jeune sa passion pour la cuisine, largement inspiré par ses grands-parents auvergnats qui lui enseigneront la justesse du goût, l’excellence des produits et la richesse du terroir. En 1994, il intègre la brigade de Guy Legay à l’hôtel Ritz Paris en tant que commis de cuisine. Il gravit ensuite les marches une à une en multipliant les expériences dans des établissements de renom : Le Jamin de Benoît Guichard, le restaurant éponyme de Gérard Besson, puis Lenôtre, pour n’en citer que quelques-uns. Disciple d’Alain Ducasse durant 5 ans, il fera le tour du monde aux côtés de celui qu’il qualifie de « visionnaire » et l’emmènera au-delà de sa cuisine. Il participe ensuite aux ouvertures des différents restaurants du chef français, tels que le Jules Verne et le 58 de la Tour Eiffel, et le Benoît à New–York, avant de prendre la responsabilité des cuisines de L’InterContinental Paris Le Grand en 2009. Meilleur ouvrier de France depuis 2015, il décroche une étoile Michelin en 2020 avec l’Oiseau Blanc, l’un des restaurants du Peninsula à Paris. Christophe Raoux est désormais le chef exécutif de m3 RESTAURANTS.

Pourriez-vous nous parler de votre rôle au sein de m3 restaurants ? 

Ma mission est simple : j’accompagne les équipes des différents restaurants du groupe. Cela consiste à répondre à leurs interrogations ou à les aider à résoudre certaines problématiques afin que le service se passe au mieux. 

Je suis une personne exigeante, qui tend continuellement vers la réussite. C’est pourquoi j’essaie constamment que nos équipes aient cette même ambition d’excellence, de constance et de régularité dans leur travail, afin de donner le meilleur à nos clients. Cette perfection, à laquelle j’aspire, doit se refléter dans la qualité de nos produits, dans la préparation de nos plats et donc du produit fini. Dans notre métier, cette discipline est difficile à maintenir car nous sommes dépendants de certains facteurs extérieurs. 

L’autre volet de mon métier qui me tient à cœur et qui est également un axe très important pour le groupe, c’est la transmission de savoir. J’adore apprendre, mais j’aime aussi transmettre à mes collaborateurs – aux apprentis spécialement – et à mes équipes. Enfin, le fait de changer régulièrement de restaurant, de passer d’une équipe à une autre, apporte une dynamique nouvelle dans mon métier : il n’y a pas de routine. C’est une chance, mais qui force souvent à se remettre en question.

Qu’est-ce qui vous inspire ? 

J’évoquais précédemment l’importance de la qualité des produits dans notre métier. Or, cette qualité est bien sûr tributaire de la qualité des fournisseurs. C’est donc une chance que je sois un véritable passionné dans ce domaine. Les producteurs nous amènent des produits extraordinaires. Que ce soit de la truffe, des asperges du Valais ou des cuisses de grenouilles. J’aime travailler avec les personnes qui ont cette même philosophie : tant les amoureux de la mer que ceux du terroir. Et je prends plaisir à les rencontrer sur leur lieu de travail : visiter les vignes ou voir la fabrication des produits comme l’huile de noix. 

Je suis quelqu’un de très curieux, et sur des sujets totalement hétéroclites : j’aime apprendre, cela fait partie de mon ADN. Cette curiosité m’apporte plusieurs sources d’inspiration pour créer mes recettes. Je suis par exemple sensible à l’esthétisme : l’art m’inspire. Klimt et Dalí sont mes muses et on retrouve leur esprit dans l’esthétique de mes plats. Mes contemporains sont également un autre foyer d’inspiration. J’apprécie de discuter avec eux, de les découvrir, de m’imprégner de leur chemin de vie. 

Enfin, ce qui m’habite tous les jours, c’est le bonheur de « prendre la poêle », de cuisiner. De partager la gourmandise, l’épicurisme qui qualifie la cuisine. Lorsque j’ai eu mon étoile Michelin, on m’en a fait la remarque : « vous êtes trop technique, chef, il faut que vous soyez plus gourmand. »

« La perfection doit se refléter dans la qualité de nos produits »

Y a-t-il quelque chose qui vous déplaît dans votre métier ? 

J’ai une devise, celle de Theodore Roosevelt : « s’il échoue, qu’il échoue en faisant de grandes choses de sorte que sa place ne soit parmi ces âmes froides et timides qui ne connaissent la victoire, ni la défaite ». 

En effet, je n’aime pas l’échec, je ne le comprends pas. J’ai échoué en 2011 pour être MOF, et j’ai eu beaucoup de mal à m’en remettre. Mais j’ai retenté ma chance en 2015 et cette fois-ci, j’ai réussi. Je n’ose imaginer ce qui se serait passé si ce n’avait pas été le cas. J’ai la réussite chevillée au corps que ce soit pour moi-même ou pour la personne qui m’emploie. Aujourd’hui c’est M. Chatila via le groupe m3 : je souhaite que notre image soit à la hauteur de mes aspirations et je fais tout pour cela. 

Pouvez-vous nous raconter votre arrivée au sein de m3 GROUPE ? 

Lorsque Monsieur Chatila m’a proposé la place de chef exécutif au sein de m3 RESTAURANTS, j’ai accepté avec grand plaisir. Et ce, pour de nombreuses raisons. Néanmoins, la première d’entre elles c’est le ressenti que j’ai eu en le rencontrant. Je l’ai tout de suite apprécié, même si bien sûr nous avons dû apprendre à nous connaître. Ce qui me plaît dans mon poste aujourd’hui, c’est la franchise, la transparence avec laquelle nous travaillons. D’un côté comme de l’autre, il y a un vrai dialogue qui permet de s’accorder sur nos objectifs communs et la manière de les atteindre. C’est donc une chance d’avoir une ligne de conduite que je peux suivre. J’ai toujours choisi les « maisons » dans lesquelles j’ai travaillé non pas pour le renom de l’établissement, mais avant tout pour la personne qui la dirige. Et c’est encore le cas aujourd’hui. Je suis heureux d’avoir intégré ce groupe et d’aider au développement de la restauration. Nous sommes au début d’une belle aventure, à laquelle je souhaite pleinement apporter mon expertise et mon expérience. C’est un très joli défi !

 

LA RECETTE DE CHRISTOPHE RAOUX : Lièvre à la Royale

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Ingrédients :

  • Lièvres : 3
  • Foie gras : 2 lobes
  • Gorge de porc : 500 g
  • Jus de gibier : 500 g
  • Champignons (cèpes, champignons de Paris, etc.) : 400 g
  • Ail : 1 tête
  • Échalotes « cuisse de poulet » : 5 pièces
  • Cognac
  • Truffes
  • Pain de mie : 4 tranches
  • Sel, poivre (maniguette, poivre noir de Sarawak, etc.)
  • Vin rouge : 3 ℓ
  • Garniture aromatique
  • Farine
  • Genièvre (baies entières)
  • Prendre les lobes de foie gras. En tailler une partie en cylindres de 4 cm de diamètre. Assaisonner ces cylindres (sel et poivre), les emballer dans du film, puis les faire cuire à la vapeur pendant 10 minutes à 75 °C. Les réserver, refroidis en glaçante.
  • Réserver le foie gras restant pour l’incorporer cru en brunoise à la farce.
  • Désosser le lièvre, cuisses à plat. Réserver la chair pour la farce. Réserver les os et les déchets pour le jus de lièvre.
  • Détendre la chair des pattes en les incisant. Les dénerver et les débarrasser de leur membrane extérieure.
  • Étaler les cuisses de lièvre entre deux feuilles guitare puis les battre régulièrement. Assaisonner (sel, poivre, cognac). Laisser reposer une douzaine d’heures en prenant garde au sens des cuisses sur les feuilles guitare.
  • Préparer une duxelles à base d’ail et de thym hachés, d’échalotes ciselées. Les faire faire suer à couvert, puis ajouter la brunoise de champignons (cèpes, champignons de Paris ou autres). Pendant ce temps, tailler le pain de mie.
  • Torréfier les baies de genièvre pendant 3 minutes à 180 °C, les laisser refroidir avant de les moudre au Thermomix.

Farce :

  • Commencer par hacher à la grille à grands trous 50 % de chair de lièvre avec 50 % de gorge de porc.
  • Imbiber le pain de mie de jus de lièvre ou de gibier, de façon à le rendre pâteux. Ajouter la duxelles, la brunoise de foie gras, la brunoise de lièvre, les échalotes confites, le cognac, le sel, le poivre, les truffes et le genièvre moulu.
  • Laisser reposer une douzaine d’heures. Vérifier l’assaisonnement en cuisant un morceau.
  • Pendant ce temps de repos, il est possible de préparer des lèches (petites lanières) en vue du montage.
  • Étaler la farce en forme de rectangle régulier. Disposer les lèches par-dessus, puis le foie gras au centre des lèches. Rouler et laisser prendre au frais.
  • Il est également possible de réaliser des lèches de foie gras, truffe, lièvre et lard de Colonnata, et d’incorporer à la farce des mûres ou des marrons et du blanc d’œuf.

Sauce :

  • Pour réaliser la sauce du lièvre, commencer par concasser les os de la carcasse. Faire mariner au vin rouge et ajouter la garniture.
  • Laisser égoutter pendant deux heures. Colorer les car-casses sans insister afin d’éviter l’amertume.
  • Réaliser un beurre mousseux, singer (c’est-à-dire poudrer de farine tamisée) les os, puis les enfourner de façon à les pincer (faire colorer au four) et à torréfier la farine.
  • Débarrasser, déglacer les sucs avec le vin rouge de la marinade, préalablement réduit de trois quarts.
  • Laisser le tout réduire d’un tiers.
  • Rassembler le tout et enfourner pendant 4 heures. Rallonger au jus de veau si nécessaire.
  • Passer le fond de cuisson, le lier avec le sang du lièvre et le monter au foie gras.

Montage :

Récupérer les rhubarbes pochées, détailler des biseaux dans le cœur des bâtons, les brûler à l’aide d’un chalumeau si possible. Mixer le reste de la rhubarbe au robot avec le reste de la gelée. Puis passer le tout au chinois de façon à obtenir une purée lisse. Réaliser un sirop pickles en mélangeant sucre, vin blanc et vinaigre. Porter à ébullition. Détailler à la mandoline de fines tranches de betterave rouge. Puis les pocher dans le sirop pickles. Les garnir à froid à l’aide de la purée de rhubarbe et les plier en origami à 3 arêtes.

Tatiana Valovaya, femme de valeurs et gardienne de la paix

Directrice générale de l’Office des Nations Unies à Genève, Tatiana Valovaya surprend par sa simplicité, son franc parler, mais aussi son inlassable passion de la paix et des valeurs véhiculées par le multilatéralisme. Et puis au fait, le saviez-vous ? : la diplomate russe a profité du premier confinement, au printemps dernier, pour photographier le Palais des Nations sous un angle inédit. L’occasion de nous parler de sa passion pour la photographie, sans oublier son amour pour Genève qu’elle affectionne, et qu’elle a redécouverte… Grâce à la pandémie !

© UN Photo / Jean Marc Ferre 
 

Madame la Directrice générale, aimez-vous Genève ? Quels sont vos lieux, monuments, quartiers préférés à Genève ?

J’aime beaucoup Genève. Je commence à bien la connaître, maintenant que j’y ai passé deux ans. D’autant plus que pendant le confinement, on ne voyage pas beaucoup ! J’ai donc surtout passé du temps dans les environs. Mon quartier préféré est celui où je vis : les Pâquis, près des quais. Lors de mon premier séjour à Genève, je logeais dans un petit appartement de ce même quartier. J’aimais beaucoup l’endroit, et j’ai voulu y rester quand j’ai cherché mon logement actuel. C’est très beau, très animé, très proche de tout… J’adore me balader sur les quais, le soir… J’y rencontre beaucoup de gens que je connais, ce qui me donne de belles occasions de discuter, d’échanger nos points de vue. Ce quartier est aussi très proche de celui des Nations Unies car il se prolonge vers le Parc de l’Ariana avoisinant. En termes de monuments, j’aime beaucoup l’Église russe de Genève. C’est un magnifique monument genevois. Elle a été construite il y a plus de 150 ans. Elle est non seulement particulière du point de vue architectural, mais aussi parce qu’elle a été l’un des premiers monuments érigés dans ce secteur de la ville. Son orientation a donc déterminé le plan du quartier qui s’est ensuite construit autour d’elle. Le square adjacent a été nommé d’après un citoyen genevois, François Le Fort, né à Genève au XVIIe siècle. Mais, les russes, considèrent ce M. Le Fort comme russe, car il a passé la majeure partie de sa vie en Russie. Quand François Le Fort s’est rendu en Russie, il s’y est fait des amis et est devenu amiral et conseiller de notre tsar Pierre le Grand. Pour moi, le lien que ce personnage crée entre Genève, la Suisse et mon pays natal est très important ! Ce que les Genevois ignorent par exemple, c’est qu’à Moscou, on appelle cette église « Lefortova », d’après François Le Fort !

« La Genève internationale est une vraie réussite et le berceau de grandes initiatives »

Vous avez profité du premier confinement, au printemps dernier, pour photographier sous un jour différent le Palais des Nations… Et si vous deviez photographier Genève ? Que prendriez-vous en photo ?

Je photographie déjà beaucoup Genève ! Je photographie bien sûr les lieux historiques dans la vieille ville et la cathédrale, mais je suis surtout attirée par le lac. Il change tous les jours : la lumière, le soleil, les couleurs de l’eau, les gens, l’atmosphère y sont toujours différents. C’est l’élément essentiel, le cœur de Genève qui se concentre autour du lac.

© UN Photo / Antoine Tardy
Que représente la Genève internationale pour vous ?

La Genève internationale est une vraie réussite et le berceau de grandes initiatives. Par exemple, on ne pourrait plus imaginer notre monde sans l’engagement de la Croix-Rouge, car le monde entier connaît et reçoit l’aide, un jour ou l’autre, de la Croix-Rouge ! C’est elle qui a véritablement fondé la Genève internationale. Ensuite, Genève est aussi devenue le siège de la Société des Nations. C’était en 1919. Cette société a été la première organisation multilatérale. Et il me semble très important de relever que le multilatéralisme moderne est né à Genève.

En outre, ce qui compte n’est pas tant la création de ces organisations, mais le fait que celles-ci aient été créées avec l’intention d’avoir un impact durable. Après quatre années de guerre, les pays ont décidé de construire le Palais des Nations parce qu’ils avaient de l’espoir en l’avenir et dans le devenir des organisations internationales multilatérales. C’est une leçon importante pour nous, car dans les conflits, comme dans la pandémie, il est important de réfléchir, d’avoir une vision, de renforcer les organisations multilatérales. Les Nations Unies ont choisi Genève comme siège en Europe. Genève accueille maintenant une famille internationale unique, de nombreuses institutions de l’ONU, comme l’Organisation internationale du Travail, l’Organisation mondiale de la santé et beaucoup d’autres. Toutes ces organisations travaillent main dans la main, car nous opérons en réseau.

« Nous devons renforcer le système multilatéral »

Pandémies, crises climatiques, guerres, crises politiques, inégalités sociales… Alors que le protectionnisme se développe un peu partout dans le monde, comment convaincre les dirigeants que le multilatéralisme est essentiel pour résoudre les grands problèmes de notre temps ?

Les principaux conflits mondiaux du passé ont appris aux pays du monde entier qu’il leur fallait renforcer leur système multilatéral. Nous subissons maintenant un des plus hauts degrés de tensions géopolitiques depuis la fin de la Deuxième Guerre. Pour faire comme et mieux que nos prédécesseurs, nous devons renforcer le système multilatéral. Tous nos défis actuels sont mondiaux : le changement climatique, la pandémie… Or un bouleversement mondial implique une solution mondiale. Et pour définir une solution mondiale, nous avons vraiment besoin d’un système multilatéral, où tout le monde s’exprime et peut participer à la prise de décision. C’est la condition sine qua non pour pouvoir parvenir à une solution acceptable et bénéfique pour tous. Nous devons également tenir compte de ce que veulent nos concitoyens. Ainsi, l’an dernier, quand nous avons célébré le 75e   anniversaire de l’Organisation des Nations Unies, nous avons mené un « Dialogue mondial », une discussion avec les citoyens du monde entier sur le thème : « L’avenir que nous voulons, l’ONU dont nous avons besoin ». Dans ce cadre, un sondage a notamment été mené, auquel des représentants des Nations Unies et des citoyens de tous les États membres ont répondu. Des manifestations spéciales ont été organisées. Beaucoup de ces manifestations ont impliqué de jeunes participants et nous avons mené plusieurs tables rondes, ici à Genève, en personne et, pendant la pandémie, en virtuel. Les débats ont porté sur l’avenir du multilatéralisme. Ce fut un franc succès. Les participants étaient du monde entier, dont des jeunes de plus de 100 pays différents. Ces discussions ont abouti à un résultat très clair. Une très large majorité de la population, près de 90 %, souhaite davantage de multilatéralisme, davantage de coopération multilatérale. Monsieur et Madame Tout le monde s’est rendu compte que seuls, les gouvernements ne pourraient venir à bout du changement climatique et des autres bouleversements mondiaux. Nous devons donc vraiment travailler ensemble.

« J’aime photographier Genève : je suis surtout attirée par le lac. Il change tous les jours : la lumière, le soleil, les couleurs de l’eau, les gens, l’atmosphère y sont toujours différents. C’est l’élément essentiel, le cœur de Genève »

À l’heure de l’information de masse et des réseaux sociaux, quelles sont les qualités requises pour développer une action diplomatique efficace ?

À chaque fois que nous sommes confrontés à l’arrivée d’un nouveau moyen de communication, nous devons relever un nouveau défi. Aujourd’hui il y a les médias sociaux. Par le passé, la naissance des livres imprimés a été comparable : les gens ont commencé à lire, et tout cela a créé la tentation d’interdire certaines choses. À l’apparition de l’imprimerie, des autorités ont interdit certains livres, en créant même un index répertoriant ceux qu’elles censuraient. Alors comment faire face à la nouveauté, à l’inconnu ? À l’heure des médias sociaux, d’Internet, ce qui importe, c’est justement de mettre à disposition des informations honnêtes et transparentes. Il importe de combattre les fausses informations, comme nous le faisons dans le cadre de la pandémie avec l’initiative « Vérifié » du Secrétaire général. Parallèlement, les médias digitaux sont d’excellents instruments pour promouvoir nos valeurs et notre Nous devons renforcer le système multilatéral engagement. Très peu de gens savent à quel point le système des Nations Unies est important et diversifié. Alors nous allons davantage parler de ce que nous faisons, qui est très peu connu. Il est donc essentiel que nous renforcions notre stratégie de communication mondiale. Et en même temps, il est important pour nous de continuer de créer des projets locaux, et de communiquer sur ce que nous faisons ici, à Genève.

 

Genève – Six siècles de visiteurs

m3 HOSPITALITY conçoit des hôtels avec un ancrage artistique fort pour capter une clientèle sensible à la culture, source de multiples loisirs. La disparition progressive de la frontière entre hôtellerie d’affaires et de loisirs semble confirmer la justesse de cette stratégie.

Chronique d’Anne SOUTHAM AULAS, directrice de m3 HOSPITALITY

Genève, vue des Bergues prise du quai du Général-Guisan entre 1834 et 1863.

Genève, le commerce et les foires du XVe siècle
L’intérêt d’un emplacement géographique tel que celui de Genève, au centre de l’Europe, n’a échappé à aucun de ses Seigneurs et Bourgeois et ce depuis 1262, date probable d’une première véritable foire dans la cité. Au XVe siècle, le commerce s’est considérablement développé et la Cité de Calvin est devenue l’un des plus importants lieux d’échanges en Europe. Les voyageurs arrivent à pied, à cheval ou en voiture, descendent dans de modestes auberges au sommet de la colline ou dans les petites rues qui descendent vers le lac. La Grue d’Or est en bas de la Cité, les Trois Rois au-dessus du passage Bel-Air de l’époque, puis dès 1605 le Rouge Coq ouvre rue de la Fontaine. 

La Suisse entre dans le « Grand Tour »
Voyage de formation entrepris par les jeunes aristocrates européens dès la seconde moitié du XVIIe siècle, le Grand Tour vise à compléter les connaissances théoriques acquises par des observations in situ. La France, l’Allemagne, les Pays-Bas et l’Italie font partie du périple. Pour relier le Rhône au Rhin on passe souvent par Genève. Il faut cependant attendre le XVIIIe siècle pour que Genève fasse complètement partie du Grand Tour ; la science est au goût du jour – l’Encyclopédie est éditée dès 1751 – les travaux d’Horace-Bénédict de Saussure (1787) intéressent, et Voltaire à lui seul est devenu un but de voyage !


Au Rouge Coq. 

« Genève accueille depuis plus de six siècles des visiteurs venus des quatre coins du monde. Ses établissements hôteliers se sont adaptés aux époques, aux mœurs, aux modes et à la demande générée par le commerce, auquel est venu s’ajouter la haute diplomatie internationale. »
Les hôtels se trouvent alors dans la zone Bel-Air – rue du Rhône, où sont concentrées les entreprises de messagerie et de roulage. L’Auberge de Sécheron (aussi appelée Hôtel d’Angleterre, rue de Lausanne) est fréquentée par la haute société, et notamment Chateaubriand, Byron, Mme de Staël et Benjamin Constant. 

Les grands hôtels du XIXe
À la fin du XIXe siècle, Genève a bien évolué. Le site, embelli par les élégants quais imaginés par James Fazy et Guillaume-Henri Dufour, attire des voyageurs haut de gamme qui occupent dès 1834 le splendide Hôtel des Bergues, qu’aucun autre établissement genevois de l’époque ne peut concurrencer. Dernier des grands hôtels construits sur la rade au XIXe siècle après le Métropole, l’Hôtel de la Paix, l’Hôtel de Russie (démoli en 1968), le Beau-Rivage, l’Hôtel d’Angleterre et le Richemond, l’Hôtel National, situé rive droite, est inauguré en 1875. On ne sait pas encore que ce site deviendra bientôt le centre du monde…

Hôtel National avant 1905.

Le tournant de 1919
En 1919, la Société des Nations s’intéresse à Genève pour s’y installer. L’Hôtel National, fermé au même moment pour cause de rénovation, attire l’attention de Sir Eric Drummond, secrétaire général de la Société des Nations, pour y établir ses premiers quartiers. En concurrence avec Bruxelles, Genève et l’Hôtel National sont finalement choisis et la cité propulsée « en quelque sorte au rang de capitale du monde », comme l’écrit la Tribune de Genève le 30 avril 1919. Genève accueille depuis plus de six siècles des visiteurs venus des quatre coins du monde. Ses établissements hôteliers se sont adaptés aux époques, aux mœurs, aux modes et à la demande générée par le commerce, auquel est venu s’ajouter la haute diplomatie internationale. Genève n’a en somme jamais cessé de rayonner, d’entreprendre et d’innover, comme une réponse qui serait à la hauteur de ses paysages sublimes.

En savoir + sur m3 HOTELS

Sources: Geneve-en-zigzag.ch, salons-dufour. ch, geneve.ch, Dictionnaire historique de la Suisse, Confédération suisse, encycloge.org, ETH Zürich, e-periodica.ch, Bibliothèque municipale de Genève, doc. rero.ch, notrehistoire.ch, le Magazine de Proantic, Tribune de Genève.

 

Genève : une vocation internationale

Personnalités politiques, philanthropes, directeurs d’ONG et d’associations à Genève, ils se sont tous prêtés au jeu de « l’éclairage ». Retrouvez dans cette série d’interviews signées m3 MAGAZINE leur point de vue nouveau sur la Cité de Calvin, loin de l’image un peu désuète d’une Genève internationale alimentée par son attelage de mythes parfois écrasants.

Éclairage par Robert Mardini, Directeur général du Comité international de la Croix-Rouge (CICR)

« Le CICR est au cœur de la Genève internationale. Nous sommes d’ailleurs les seuls, parmi les 42 organisations internationales et les 750 ONG présentes, à avoir le mot « Genève » sur notre logo, et celui-ci représente le rayonnement de Genève dans plus de 100 pays autour de la planète. Cet emblème incarne notre action neutre, impartiale et indépendante. Au sein de la Genève internationale, cette « Genève humanitaire » est très importante car c’est un espace de dialogue, de négociation, un pôle de multilatéralisme, le deuxième en fait. Le premier étant New-York, mais celui-ci a une coloration bien plus politique : son rôle est de résoudre les conflits armés, d’assurer la paix et la sécurité. Genève, c’est avant tout la ville du Haut-Commissariat aux Droits de l’Homme. D’ailleurs, lorsqu’il y a des négociations délicates à mener, c’est ici en Suisse, et plus spécifiquement à Genève, qu’elles se font, en toute discrétion et neutralité. Deux qualités qui sont essentielles en matière de réunions diplomatiques.

Pour résumer le CICR en une phrase, je dirais que c’est le garde-fou pour la dignité humaine en temps de conflit armé. Notre mandat est très clair : il s’agit de réduire la souffrance humaine et d’aider les populations touchées de plein fouet par les conflits armés et autres situations de violence. C’est à travers ce prisme que nous priorisons nos opérations, que nous allouons nos ressources, notre capital humain, et menons nos programmes dans le monde. Le CICR continue malheureusement de croître parce que la majorité des conflits armés ne sont pas solutionnés politiquement.

Sur le terrain, le rôle du CICR ne se limite pas seulement à distribuer de la nourriture ou à soutenir les hôpitaux ; il doit jouer les intermédiaires et également dialoguer avec toutes les parties, tous les groupes du conflit, pour pouvoir traverser les lignes de front afin d’aider les communautés de l’autre côté. C’est pourquoi il est essentiel de maintenir un contact, une confiance permanente avec ces groupes, pour pouvoir assurer la sécurité de nos équipes. Nous faisons littéralement de la diplomatie humanitaire. L’Afghanistan en est un bon exemple : cela fait 30 ans que nous œuvrons là-bas et nous avons toujours maintenu un dialogue permanent avec toutes les parties, y compris les Talibans. Nos équipes ont un dialogue construit avec eux, et nous avons reçu des garanties de sécurité renouvelées. Nos collègues femmes peuvent continuer à travailler dans nos centres de réhabilitation physique, donc les centres orthopédiques, les hôpitaux que nous soutenons, ainsi que dans le cadre de nos programmes d’eau, d’assainissement, etc. Et c’est très important parce que c’est seulement ainsi que l’on peut assurer et honorer notre mandat d’aider les gens en fonction de leurs besoins.

Le CICR a commencé avec Henry Dunant et aujourd’hui cela fait plus de 150 ans qu’il représente l’humanitaire. Nous sommes passés de la chirurgie de guerre au cyberespace. Il est donc évident que nous avons évolué et ajusté nos activités en fonction des besoins et des priorités des communautés d’hier, d’aujourd’hui et de demain. Nos projets sont plus vastes et touchent désormais à la santé publique et à la médecine légale pour aider à retrouver les personnes disparues notamment, ramener les dépouilles aux familles par exemple. Aujourd’hui, nous effleurons le cyberespace, dans lequel les mêmes règles humanitaires sont applicables. Pour étudier cette problématique, nous avons d’ailleurs créé un bureau de la transformation digitale, qui réfléchit à l’impact du digital sur le futur et sur notre manière de fonctionner. Il est en effet de notre devoir de développer des services différents pour répondre aux besoins des communautés affectées par les conflits. Notre portail Red Safe, qui est en développement actuellement, permettra aux communautés de stocker des données sensibles comme des pièces d’identité, certificats, attestations, etc. dans des situations où la confiance dans les systèmes nationaux est brisée. Le CICR s’est adapté à un environnement changeant en cherchant l’équilibre entre tradition et innovation.

Le CICR aujourd’hui représente à peu près 3000 employés internationaux et 17 000 employés nationaux, le tout dans 100 pays. Et nous continuons de recevoir un grand nombre de demandes de recrutement, car notre mission inspire énormément. Toutefois, travailler au CICR doit être une véritable vocation. Il faut également une très grande motivation pour travailler sur le terrain, avec les risques que cela comporte, même si la sécurité de nos employés prime avant toute autre chose.

Nous disposons d’un budget annuel de 2,4 milliards de francs suisses, et la grande majorité de nos contributions sont étatiques, c’est-à-dire que nos dépenses sur le terrain sont couvertes par les États. C’est une manière pour eux d’exprimer leur soutien aux Conventions de Genève. Pour le reste, les fonds sont des dons privés de la philanthropie traditionnelle, de type corporate ou new financial model, 5 % environ. Cela dit, notre ambition pour 2030, est de diversifier nos sources de financements en élargissant la base des donateurs étatiques, tout en développant nos relations avec les acteurs du développement, et du secteur privé, sans oublier le grand public qui a toujours montré un fort attachement au CICR. En effet, le secteur humanitaire est en pleine mutation : il y a bien plus de concurrence qu’auparavant pour une raison simple : il y a malheureusement plus de personnes dans le monde qui ont besoin de soutien. Le nombre de réfugiés à l’échelle mondiale durant les dix dernières années est passé de 25 à 35 millions de personnes. »

Éclairage par Ivan Pictet, Président de la Fondation Portail des Nations

«  La Genève internationale présente immédiatement deux visages  : celui des organisations multilatérales, et celui qui englobe tout le tissu économique international et multinational. Mais en réalité, il en existe un troisième, plus discret, presque en filigrane, mais qui rend possible les deux autres : ce visage est symbolisé par sa population, d’une diversité culturelle, d’une richesse incroyable, et qui représente tout de même près de 40 % des Genevois. Sans toutes ces différentes strates culturelles, Genève ne serait finalement qu’une petite ville de province. C’est la raison pour laquelle j’ai toujours été intéressé par cette Genève-là, celle qui donne son véritable sens à tout ce qui y est entrepris, et qui oblige tous les citoyens, mais aussi la classe politique, à se sensibiliser à ce cadeau qui nous a été fait, et qu’il ne faut jamais tenir pour acquis.

La Genève Internationale vit actuellement une période de transition avec de nombreux défis à relever. Nous subissons par exemple une réduction des budgets en raison des dépenses importantes qui ont été réalisées pour tenter de résoudre la crise sanitaire. Cette coupe budgétaire a eu également un impact géopolitique, notamment avec les États-Unis qui ont coupé leur contribution à l’OMS: cette décision a produit un effet domino sur les ONG satellites, non pas les grosses structures, mais les plus petites, qui représentent tout de même 5000 ou 6000 salariés, les menaçant de licenciements massifs, voire de fermeture. Dans ce contexte, la physionomie des ONG est en train de se modifier avec la montée en puissance des ONG chinoises sur le territoire. La pandémie a également changé la manière de travailler. Il semblerait qu’il n’y ait actuellement que 40 % des employés des organisations internationales qui soient « physiquement présents », le reste d’entre eux étant en télétravail. Ces modifications ont eu un impact conséquent sur toutes les entreprises qui dépendent de toutes ces organisations.

Parallèlement nous traversons une véritable crise du multilatéralisme, car le monde est devenu multipolaire. Aujourd’hui les trois grandes puissances se regardent en chiens de faïence: cela faisait au moins 75 ans que l’on n’avait pas vu cela, et ceci explique en partie la tentation de repli sur soi et du protectionnisme ambiant. Autant de symptômes largement amplifiés par l’épidémie de coronavirus, sans parler de la méfiance à l’égard des institutions publiques qui n’a jamais été aussi forte. Cependant je suis convaincu que la transmission et l’éducation restent les meilleurs remèdes en temps de crise. C’est pourquoi nous devons nous préparer toujours plus: par exemple en anticipant les besoins d’information grandissants d’un large public qui souhaite mieux comprendre les enjeux du monde, et se familiariser avec les réponses apportées par le multilatéralisme. C’est la vocation première du projet « Portail des Nations ».

Éclairage par Joëlle Kuntz, Journaliste et écrivaine


© Eddy Mottaz

« L’architecture des bâtiments internationaux est dans la logique de l’histoire de l’architecture, avec cette restriction typiquement suisse : rien en hauteur. On fait un « palais » pour les nations dans les années vingt car il leur faut un Versailles. La grande bataille commence là : un palais de verre pour Le Corbusier, moderniste, ou un palais de pierres, classique, pour la plupart de ses concurrents. Ni l’un ni l’autre, le concours international n’aboutit pas. Ce sera un mélange, mais plus classique que moderne. L’actuel OMC, qui était le Bureau du Travail en 1927, était aussi un compromis entre le besoin de bureaux et le besoin de pompe. Tous les bâtiments qui suivront seront des compromis, mais d’une nature assez unique : il faut mettre d’accord des architectes, des dirigeants d’organisations, des autorités genevoises et des autorités suisses, qui discutent à la fois d’esthétique, de fonctionnalité et d’argent. La discussion est rude et compliquée. Les œuvres architecturales qui en résultent ne sont pas des « œuvres » au sens de performance, comme on l’entendrait – ou peut-être le voudrait – aujourd’hui. Bien qu’aux yeux de certains historiens de l’architecture, il faille considérer le bâtiment de l’OMS comme une œuvre d’art et la classer comme telle. Même le bâtiment énorme de l’actuel BIT est revisité en ce sens. Si l’on peut dégager une tendance générale, je dirais que la fonctionnalité et l’économie ont généralement pris le pas sur l’originalité esthétique. La tendance s’est inversée avec les bâtiments de l’OMPI, l’organisation la plus riche de la place de Genève qui n’a pas eu à économiser et qui pouvait se payer le luxe de se montrer. Depuis, la Maison de la paix, l’annexe de l’OMC et maintenant la Maison des étudiants de l’IHEID ont été pensées avec un fort souci esthétique, le visuel égalant le fonctionnel en importance. Même le CICR s’y met, après un siècle d’indifférence à l’art architectural. Au final c’est tout un ensemble évolutif qui représente le mieux la Genève internationale, plutôt que l’un ou l’autre de ses bâtiments. Le « Palais » en est certainement l’attrait principal, mais du fait de sa fonction et de son histoire plus que de son architecture. On le modernise, on démolit la barre ratée de 1972, qu’on transfère dans un enfouissement, on lui prépare un « portail » nouveau. C’est qu’on y tient. Il est une marque. Un rendez-vous. J’ai visité un jour la salle des droits de l’homme avec un groupe de touristes belges. Ils demandaient : « Où notre ambassadeur s’assoit-il pendant les séances ? ».

Éclairage par Marc Pictet, Président de la Fondation pour Genève

« La grandeur de la Genève internationale, c’est justement de parvenir à regrouper sur un petit territoire un écosystème unique au monde. Sa richesse, c’est la proximité des différents acteurs – locaux autant qu’internationaux, publics autant que privés, – qui rend la ville si particulière. « Il y a 5 continents, et puis il y a Genève », disait Talleyrand. Et finalement cette notion de « Genève internationale » devient si vaste que chaque acteur a la possibilité d’y apporter sa propre définition.

La vocation de la Fondation pour Genève est de réunir et de coordonner les acteurs locaux et internationaux. Chacun ayant à la fois quelque chose à apporter et un bénéfice à retirer de cet écosystème. C’est véritablement ce mariage entre les autorités, les organisations internationales, les ONG et le terreau local qui fait les atouts de Genève, et notamment d’être ce lieu incontournable de dialogue et de décisions sur nombre de grands enjeux internationaux, qu’il s’agisse du commerce mondial, de la propriété intellectuelle ou encore du droit humanitaire. Il est important de le rappeler à ses habitants, mais également à la Suisse elle-même, qui a tout intérêt à voir prospérer et se développer cette Genève internationale.

Nous essayons donc de rallier et rassembler les différents pôles existant à Genève : par le Club Diplomatique pour les diplomates ou encore le Cercle International pour les familles genevoises qui accueillent chez elles des ambassadeurs et des directeurs d’organisations internationales. L’objectif avoué étant que ces personnalités s’y sentent bien accueillies et qu’elles en gardent le meilleur des souvenirs et, qui sait, des liens personnels forts lorsqu’elles seront appelées à quitter Genève pour d’autres missions. N’oublions pas en effet que ce sont aussi ces personnes-là qui deviendront nos « ambassadeurs » à l’étranger : c’est quelque chose de très précieux, et l’occasion de remercier tous les bénévoles qui œuvrent au sein de notre Fondation et qui, par la chaleur et le professionnalisme de leur accueil, transmettent un peu de notre culture dans le monde.

La dimension locale de la mission de notre fondation est d’établir un lien entre le tissu public et privé de la cité. Dans cet esprit, nous avons des objectifs, 17 pour être précis, de développement durable1, qui nous touchent tous de près ou de loin, peu importe le secteur d’activité dans lequel nous exerçons. Ces objectifs représentent un axe de promotion important pour notre Fondation : nous avons ainsi bon espoir de présenter d’ici le printemps prochain, à Genève et dans toute la Romandie, une campagne d’information rappelant ces objectifs.

Un autre axe important de notre activité, plus académique, est la rédaction de bulletins d’information et d’analyse annuels  : « L’observatoire de la Fondation pour Genève ». Cette année, nous avons publié un mémoire très documenté sur la réponse apportée par la Genève internationale à la pandémie actuelle. Sa finalité est d’exposer comment Genève pourrait, à son échelle, répondre aux enjeux globaux qui se posent. Aujourd’hui la pandémie, demain les défis climatiques. C’est un travail passionnant et notre objectif est de sensibiliser l’ensemble de la population genevoise à l’ensemble de ces questions. En somme, nous essayons de proposer des idées innovantes pour répondre aux problèmes majeurs de notre société

Genève est un véritable joyau que nous avons poli depuis 45 ans et nous continuons de le faire  ; et ce n’est que le début car tous les enjeux n’ont pas encore été abordés. En effet, certaines questions cruciales se posent, par exemple, celle de savoir comment Genève pourra continuer à maintenir le rôle fédérateur qui est le sien envers les acteurs internationaux. Comment aussi continuer à communiquer en toute neutralité, tout en gardant cette ouverture d’esprit si propre à la Genève internationale ? Ma conviction est qu’il faut continuer à mener ces réflexions, mais dans une dynamique différente, de prospective, de transmission et d’information. »

  1. Le nom d’Objectifs de développement durable (ODD) est couramment utilisé pour désigner les dix-sept objectifs établis par les États membres des Nations unies et qui sont rassemblés dans l’Agenda 2030. Cet agenda a été adopté par l’ONU en septembre 2015 après deux ans de négociations incluant les gouvernements comme la société civile. Il définit des cibles à atteindre à l’horizon 2030. Les cibles sont au nombre de 1691 et sont communes à tous les pays engagés. Elles répondent aux objectifs généraux suivants : éradiquer la pauvreté sous toutes ses formes et dans tous les pays, protéger la planète et garantir la prospérité pour tous.

Éclairage par Yannick Roulin – Ambassadeur, Chef de la Division État hôte, Mission permanente de la Suisse auprès de l’Office des Nations Unies et des autres organisations internationales à Genève

« Beaucoup d’images me viennent en tête à l’évocation de la Genève internationale. Notamment l’image d’une ville de paix et de dialogue. Voyez le récent Sommet États-Unis/Russie : celui-ci exprime assez bien le rôle que peut jouer Genève: un lieu où les grands se rencontrent, pour discuter de grandes questions. Mais aussi pour discuter plus discrètement de solutions aux divers conflits. Cela est peut-être un peu moins visible, mais beaucoup de discussions sur la Syrie, la Libye, et dernièrement sur Chypre, ont lieu chez nous, à Genève, où nous tentons de résoudre des crises entre différents pays. Mais Genève n’est pas seulement une ville de paix et de dialogue, je dirais que c’est aussi et surtout le premier centre de gouvernance mondiale. C’est vraiment là que se négocient, se décident et se mettent sur pied des règlements portant sur des questions qui ont un impact sur la vie des citoyens du monde entier. On ne s’en rend pas toujours compte, mais énormément de sujets très concrets font l’objet de discussions à Genève, et auront des retombées pour tout le monde. Prenons l’exemple d’un téléphone portable : il ne fonctionnerait tout simplement pas sans l’une des organisations internationales siégeant à Genève, l’Union internationale des télécommunications (UIT), qui crée des règles communes et permet, sur le plan technique, les communications entre plusieurs pays. L’Organisation mondiale du commerce (OMC) s’emploie à faciliter la vente et l’achat des composantes et des produits finis, l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI) protège les brevets, qui favorisent l’innovation, l’OMS (Organisation mondiale de la Santé) veille à que les produits ne soient pas dangereux. Ce ne sont que quelques exemples parmi tant d’autres, mais beaucoup de choses très concrètes font l’objet de discussions ici, à Genève. On dit souvent de Genève qu’elle est le centre opérationnel du système multilatéral international. C’est ici que les choses concrètes se font, avec des conséquences directes sur les gens. Par ailleurs, à Genève, nous avons une chance incroyable, avec un écosystème unique au monde. Dans aucune autre ville on ne peut trouver autant d’acteurs différents sur un si petit territoire : organisations internationales, États représentés par des missions permanentes, une société civile engagée, un secteur privé innovant, un monde académique dynamique : tous ces acteurs travaillent ensemble pour élaborer des solutions aux défis du monde. Rappelons qu’à Genève, nous réunissons plus de 40 organisations internationales et des centaines d’ONG. 180 États sont représentés par une ou plusieurs missions permanentes. Au total, on répertorie 256 Missions, délégations d’États ou d’autres organisations internationales… Le tout réuni sur un tout petit territoire. C’est une grande chance, étant donné que nous sommes de plus en plus confrontés à des défis très complexes, qu’on ne peut plus résoudre seul dans son coin en tant qu’État ou organisation. La coopération entre les différentes composantes de la société est fondamentale. À Genève, cette collaboration est facilitée par cette concentration unique d’acteurs. De ce fait, nous pouvons profiter de pôles de compétences dans un large éventail de domaines : santé publique (on qualifie souvent Genève de « Capitale mondiale de la santé »), action humanitaire, droits de l’homme, commerce, paix, sécurité…

30 000 fonctionnaires internationaux travaillent dans les organisations et dans les Missions. La Suisse leur délivre un statut particulier pour leur permettre de s’acquitter de leurs tâches dans les meilleures conditions possibles. En comptabilisant également leur famille, on arrive à un total de 43 000 personnes qui bénéficient d’un statut particulier délivré par la Mission suisse. »

Éclairage par Salman Bal, Ambassadeur & directeur du Centre d’accueil de la Genève internationale (CAGI)

« La Genève internationale est le hub principal du multilatéralisme à l’œuvre dans toute une série de domaines comme par exemple les droits de l’homme, la science, la santé, le travail, le commerce, l’humanitaire, le désarmement et les Objectifs de développement durable. Ainsi les acteurs de la Genève internationale discutent et prennent des décisions qui s’appliquent également à des sphères qui ont des impacts sur nous tous et dans notre vie de tous les jours : il n’y a personne dans le monde qui ne soit pas impacté par une décision prise à Genève dans les 24 heures de sa journée ! Au niveau local, la dimension internationale fait partie intégrante de l’ADN genevois : aujourd’hui, les employés des organisations internationales, des missions permanentes et des ONG et leurs familles représentent l’équivalent du quart de la population de la Ville de Genève (environ 48 000 personnes). En plus, l’histoire de Genève et celle du développement du multilatéralisme moderne sont fortement liées. Depuis plus d’un siècle, l’écosystème de la Genève internationale a su s’adapter et s’ajuster à l’évolution de la politique internationale, mais aussi aux besoins des organisations internationales et des autres acteurs internationaux qui changent constamment. Sur le plan économique, l’importance de la Genève internationale est considérable car elle représente 11 % du PIB du canton de Genève. Vu cet impact important, le secteur privé a donc tout intérêt à s’engager davantage en faveur de la Genève internationale. Dans ce contexte, plusieurs entre – prises privées soutiennent la Genève internationale et quelques-unes sont membres du CAGI. Leur soutien est très apprécié et je salue leur engagement. Notre membre le plus récent est m3 GROUPE que je remercie de nous avoir rejoint.

Le CAGI est la porte d’entrée unique pour faciliter l’arrivée des employées et employés de la Genève internationale travaillant principalement au sein des organisations internationales, des missions permanentes et des ONG. Nous les aidons à s’établir et à s’intégrer à Genève. Nous sommes également présents pour répondre aux questions essentielles d’un nouvel arrivant : trou – ver un logement à Genève ou une aide pour apprendre le français. Autant d’interrogations qui peuvent aller de l’offre de loisirs disponible à Genève, jusqu’aux besoins de traductions, en passant par des conseils pour s’orienter à travers la ville. Mais également des questions telles que : comment trouver une crèche ou des écoles ? Quel est le jour de ramassage des poubelles en Suisse ? Comment fonctionnent les parkings ? Quid des zones bleues : quelle différence avec la zone blanche ? Genève est une ville bien plus complexe qu’il n’y paraît !

Aussi, pour répondre à une grande partie de ces interrogations et faciliter les premiers pas des internationaux à Genève, le CAGI a réalisé un ensemble de supports didactiques, sous forme de vidéos thématiques sous-titrées ou d’une brochure explicative sur la Genève pratique, qui sont consultables et téléchargeables sur le site internet du CAGI (www.cagi.ch).

Le CAGI promeut également une dimension de « vie associative » : à titre d’exemple, nous mettons en place des événements sociaux dans le but de rapprocher la rive gauche et la rive droite. Nous organisons également des excursions pour faire découvrir l’extérieur de la ville et la région. Notre but est de favoriser l’intégration par le biais d’évènements socioculturels, mais aussi à travers la culture et les traditions locales. Nous avons également mis en place une bourse « d’échanges linguistiques » : Genève bénéficie d’un grand brassage de nationalités qui amène une forte diversité linguistique. La demande est importante de la part de ceux qui désirent apprendre de nouvelles langues. Notre bourse regroupe actuellement 1500 membres pour 65 langues, et fonctionne sur le principe de l’échange et de la mise en relation de personnes complémentaires : un anglophone donnera une aide en anglais à une autre personne germanophone, et réciproquement.

Par ailleurs nous accompagnons les ONG internationales qui veulent ouvrir une représentation à Genève, mais soutenons également les Genevois et Genevoises qui veulent créer une ONG à vocation internationale. Nos interlocuteurs sont multiples : par exemple, une mission permanente qui cherche un bureau ou qui veut déménager et trouver des nouveaux locaux. Ça peut être aussi des ambassadeurs qui cherchent une résidence, ou encore des ONG qui souhaitent comprendre les mesures sanitaires concernant la COVID-19 pour les mettre en place.

Actuellement nous développons des formats de conférences hybrides, c’est-à-dire accessibles en présentiel, mais également en mode digital et retransmises sur plusieurs plateformes. Depuis le mois de mars de l’année passée, nous avons ainsi commencé à organiser nos conférences régulières en ligne sur des sujets variés touchant la vie quotidienne. Par exemple : le système de santé en Suisse, le système scolaire à Genève, ou encore la recherche d’un logement. La possibilité d’assister à ces conférences et de pouvoir les suivre sur notre plateforme permet aux nouveaux arrivants et aux futurs employés de la Genève internationale d’anticiper toutes les problématiques qu’ils pourraient rencontrer à leur arrivée à Genève. C’est justement dans la phase de préparation que notre aide peut être la plus efficace.

Notre vocation au CAGI est de favoriser l’accueil des internationaux, de faciliter leur intégration et leur établissement pour qu’ils se sentent chez eux. Des internationaux qui se sentent chez eux durant leur séjour chez nous seront probablement les meilleurs ambassadrices et ambassadeurs pour la Genève internationale après leur départ. »

Éclairage par Sandrine Salerno, Directrice de Sustainable Finance Geneva

« Genève a toujours été une place de dialogue. Elle est riche d’un écosystème impressionnant. Elle est donc idéalement positionnée pour accueillir des démarches multilatérales qui visent à faire converger les puissances de notre monde. Le GIEC nous l’explique depuis 1988. Notre mode de croissance et de développement économique basé sur les énergies fossiles n’est pas viable. Il crée depuis 70 ans la tension de nos écosystèmes naturels avec son corollaire d’incidences catastrophiques sur l’environnement, la biodiversité et les populations. Ces phénomènes concrets renforcent les disparités sociales et entraînent bien évidemment des conséquences considérables sur l’économie. Nous devons donc nous adapter, trouver des solutions rapidement et nous montrer solidaires. Sans l’effort des milieux de la finance rien n’est possible, mais les financiers à eux seuls ne pourront rien. Ce message commence désormais à être intégré. Il faut cependant accélérer le mouvement car le temps nous est désormais compté.

Sustainable finance Geneva (SFG) s’est créée en 2008 avec la conviction que la finance doit changer de perspective. Longtemps unique association sur la thématique, son objectif était de créer et d’animer un écosystème à Genève sur la finance durable. En 13 ans, l’association est passée d’un travail de niche à une très grande visibilité. L’initiative Building Bridges est notamment une des propositions concrètes de SFG à l’écosystème genevois et national. Cette conférence sur la finance durable est unique en son genre. Présidée par Patrick Odier, elle est portée par les autorités suisses (Confédération, Canton et Ville), les milieux financiers, les Nations Unies et organisations internationales basées à Genève, les organisations non gouvernementales et les milieux académiques. L’ambition commune à tous ces partenaires est d’accélérer le mouvement de la finance durable et de répondre ainsi aux défis sociaux et environnementaux de ce 21e  siècle ».

Éclairage par Patrick Odier, Associé-gérant senior, Lombard Odier

« La réalité a changé depuis les Accords de Paris de 2015, et de manière accélérée. Des dégâts climatiques, environnementaux et sociaux ont été constatés, mesurés et communiqués : certaines grandes entreprises ont même fait faillite pour avoir sous-estimé ces risques. De plus, les développements de la technologie nous permettent désormais de mieux identifier la source des problèmes, de les quantifier et de trouver des solutions : des milliers de satellites mesurent en temps réel la température sur presque chaque hectare de la Planète ! Il y a cinq ou dix ans, ce n’était pas possible. Bien au-delà des débats politiques, la pensée durable doit mettre en œuvre des solutions communes pour canaliser au mieux les capitaux publics et privés vers une croissance durable, corrigée de ses effets néfastes, génératrice de prospérité pour le plus grand nombre tout en préservant le fragile équilibre de notre Planète. C’est un effort collectif, mais il revient aussi à chacun de s’interroger sur la façon dont il peut apporter sa contribution, par son mode de transport, de consommation, ses activités professionnelles, mais aussi par son épargne par exemple.

La prise de conscience s’accélère et la dynamique vers la neutralité carbone se renforce rapidement dans l’industrie, au sein des gouvernements et dans le monde de la finance. Nous devons aussi garder à l’esprit qu’il s’agit d’une transition qui ne peut pas se faire du jour au lendemain pour certains secteurs industriels et certaines Renforcer l’impact positif de la finance dans la transition durable entreprises. L’engagement envers la neutralité carbone atteint cependant un niveau sans précédent ; nous estimons que près de 80 % du PIB mondial est couvert par un objectif « net-zero », contre seulement 16 % il y a deux ans.

Il s’agit d’un bond impressionnant, et il faudra que ces engagements se transforment en actions concrètes et solides. Pour y parvenir, les entreprises devront associer judicieusement réductions d’émissions et compensation carbone crédible, notamment grâce à des solutions impliquant la nature. Pour être solides et fiables, les objectifs « net zero » devront impérativement reposer sur des objectifs fondés sur des données scientifiques. À l’heure actuelle, près de 1600 entreprises se sont engagées à fixer des objectifs scientifiques, contre moins de 50 en 2015.

Building Bridges veut renforcer l’impact positif de la finance dans la transition durable. Plus globalement, nous voulons faire de Building Bridges un contributeur déterminant dans l’établissement des priorités de l’agenda de la finance durable au plan mondial. L’édition 2021 est la prochaine étape dans la poursuite de cet objectif. Plus qu’un événement, Building Bridges est un mouvement, une communauté des acteurs participants à cette transformation et qui vise à accélérer l’atteinte des Objectifs de développement durable (ODD) des Nations Unies.

Tirant parti de l’écosystème unique de la Suisse, Building Bridges réunira une diversité d’acteurs internationaux venant de la finance, des autorités gouvernementales, de l’ONU, des ONG et du monde universitaire, offrant ainsi l’ensemble des compétences en matière de finance durable et de mise en œuvre des ODD.

Genève, et plus largement, la Suisse, ont un rôle clé à jouer, car cet écosystème suisse et genevois n’existe nulle part ailleurs. Nous avons cette chance unique de réunir dans un même pays deux places financières internationales majeures, la Genève internationale, les ONG, des instituts de recherche de renommée mondiale et bien plus encore. »

Éclairage par Charlotte Lindberg Warakaulle, Directrice des relations internationales, CERN

«  La Genève internationale, avec ses multiples acteurs, est d’abord un territoire où il est possible de travailler tous ensemble en s’affranchissant des frontières thématiques et nationales. Elle représente aussi un état d’esprit tourné délibérément vers l’inclusion et les solutions d’avenir. C’est également un lieu où se rencontrent toutes sortes de partenaires à une échelle mondiale : gouvernements, organisations internationales, organisations non gouvernementales, universités, instituts de recherche… C’est quelque chose de tout à fait unique. On peut ainsi trouver des solutions plus satisfaisantes, plus interdisciplinaires, aux défis mondiaux, en particulier pour ce qui concerne les Objectifs de développement durable. Ce cadre constitue aussi un moteur de l’innovation, dans la mesure où il favorise les flux d’idées et de savoir-faire entre diverses communautés. Le CERN, organisation scientifique, est également enrichi par ces échanges, qui sont l’occasion de développer de nouveaux partenariats pour faire comprendre l’impact positif de la connaissance scientifique et du développement technologique. La communauté du CERN représente quelque 17 000 personnes – scientifiques, ingénieurs, informaticiens, personnel administratif – venues du monde entier. En temps ordinaire, hors pandémie, le CERN accueille chaque année plus de 150 000 visiteurs pour des visites guidées de ses infrastructures, qui s’étendent de part et d’autre de la frontière franco-suisse. Toutes ces personnes, ainsi plongées dans l’esprit de la Genève internationale, vont ensuite contribuer à le diffuser à travers le monde. Nous organisons également un certain nombre d’expositions itinérantes, qui font voyager avec elles la Genève internationale. Nous construisons aussi le Portail de la science, un nouveau centre d’éducation et de communication grand public, qui nous permettra de doubler au moins le nombre de visiteurs sur nos sites. Nous travaillons étroitement avec d’autres centres et musées de Genève pour donner à nos visiteurs une expérience complète de la Genève internationale. »

Éclairage par Beatrice Ferrari, Directrice de la DAI (Direction des affaires internationales)

« La Genève internationale est passionnante ! Ce sont, avant tout, près de 600  acteurs qui la composent  : il y a les missions permanentes des 177 pays qui ont choisi d’être représentés, ainsi que 39 organisations internationales. Sans oublier les quelque 430 organisations non gouvernementales (ONG) –  un nombre en croissance depuis plusieurs années  – qui témoignent du dynamisme de la société civile et contribuent activement à la Genève internationale, tout comme les institutions académiques avec lesquelles de nombreuses collaborations ont lieu. Tous les secteurs de la coopération internationale sont couverts, du commerce au climat, de l’humanitaire à la santé et aux télécommunications.

Mais la Genève internationale, ce sont également des individus, locaux et internationaux, publics et privés, qui apportent leur engagement et leur expertise. Ensemble, tous ces acteurs partagent un objectif commun : ils œuvrent à la construction d’un monde plus juste, plus sûr et plus durable – et Genève peut être fière d’y contribuer.

On a parfois tendance à voir la Genève internationale comme une bulle, certes importante pour Genève, mais déconnectée de ses habitants et de ses préoccupations. En réalité, il s’agit d’une partie intégrante du territoire, de l’histoire et de l’identité des Genevoises et Genevois, en faveur de la coopération internationale. À la Direction des affaires internationales (DAI), nous avons la chance de pouvoir accompagner et faciliter le travail des acteurs qui font partie de cet écosystème. Notre rôle est en effet celui de mettre en œuvre la politique du canton en faveur de la Genève internationale et solidaire, et de faire le lien avec les nombreux services concernés. Concrètement, nous travaillons de manière très étroite avec le Département fédéral des affaires étrangères et la Ville de Genève pour offrir les meilleures conditions d’accueil possible. Ceci passe notamment par des services d’accueil et d’information, dont ceux offerts par le Centre d’accueil de la Genève internationale, auquel m3 s’est d’ailleurs récemment associé. Mais aussi par la mise à disposition de locaux adaptés aux besoins, via la FIPOI. Ces dernières années, un certain nombre d’organisations internationales ont entrepris de rénover leur siège, avec un investissement total dépassant les deux milliards de francs. Les autorités hôtes ont soutenu ces efforts en accordant des prêts et le quartier des Nations, qui dispose d’un patrimoine architectural remarquable, a considérablement muté.

Genève doit rester une ville accessible, raison pour laquelle nous facilitons la venue de délégués et soutenons les missions des pays les moins avancés, pour lesquelles le niveau des prix représente un frein à leur présence. Avec près de 100 projets financés chaque année, nous contribuons également, dans le cadre de la solidarité internationale, aux projets de coopération des ONG installées à Genève. Nous aidons également certaines d’entre elles à couvrir leur loyer après leur arrivée.

Finalement, j’aimerais mentionner le travail de mise en réseau et de communication qui est effectué, afin de favoriser les échanges de savoir, les interactions, mais aussi les débats et les informations sur la Genève internationale, notamment en soutenant le nouveau média dédié : Geneva Solutions. Nous animons aussi un site d’information sur la Genève internationale : geneve-int.ch.

Comme dans d’autres secteurs, la pandémie laissera certainement des traces dans le fonctionnement des organisations internationales. Nous nous tenons prêts à adapter nos instruments aux nouveaux besoins qui se dessinent. »

Éclairage par Nathalie Fontanet, Conseillère d’État du canton de Genève, Chargée du Département des finances et des ressources humaines, auquel est rattachée la Direction des affaires internationales

« La Genève internationale représente avant tout une part importante de notre histoire et de notre identité. Elle est à la base de la renommée et du rayonnement de notre canton, qui sont sans commune mesure avec sa taille. C’est une source de fierté et une chance que nous devons chérir, mais également entretenir, ce à quoi le Conseil d’État s’emploie avec détermination.

Robert de Traz le décrivait en 1929 dans son ouvrage du même nom: l’Esprit de Genève symbolise le dialogue, la paix et la démocratie. Cette définition est plus que jamais d’actualité. J’y ajouterai également les notions d’ouverture sur le monde et de solidarité, auxquelles notre canton est très attaché. Depuis son adoption il y a 20 ans, la loi cantonale sur la solidarité internationale a permis de financer plus de 2000 projets et de soutenir 342 associations à travers le monde. Il s’agit là d’une contribution importante et très concrète de notre canton en faveur de la coopération et du développement, ce dont nous pouvons être fiers.

La Genève internationale s’affirme donc comme un lieu de dialogue et de concertation unique au monde. Mais c’est aussi un lieu où des choix majeurs s’opèrent, avec des impacts très concrets. Dans un monde confronté à une multitude de défis complexes et urgents, il ne se passe pas un jour sans que des décisions clés soient prises à Genève et ce, dans tous les domaines : santé globale, changement climatique, droits de l’homme, transformation numérique et conflits armés notamment.

Depuis la fondation de la Croix-Rouge en 1863, la Genève internationale a également construit une longue tradition d’accueil d’organisations internationales et non gouvernementales, d’acteurs académiques, de la société civile et du secteur privé. En tant que siège européen des Nations Unies, Genève est le cœur opérationnel du système multilatéral et le centre le plus actif de la gouvernance mondiale : elle accueille chaque année plus de 3400 réunions, 182 000 délégués du monde entier et reçoit quelque 4800  visites de chefs d’État et de gouvernement, de ministres et autres dignitaires. Avec une telle concentration d’acteurs, la Genève internationale est le lieu idéal pour échanger des savoirfaire et des bonnes pratiques, et développer des idées pour améliorer la vie des gens. En tant que canton hôte, Genève s’engage à offrir aux acteurs internationaux des conditions-cadres optimales pour faire leur travail et relever les défis mondiaux actuels et futurs.

Concrètement la Genève internationale représente quelque 35  000  emplois directs, soit plus d’un emploi sur dix. À cela s’ajoutent plus de 20 000 emplois indirects et induits, issus de l’activité déployée par la multitude d’entreprises locales qui fonctionnent grâce à la présence des organisations de la Genève internationale. Il s’agit donc d’une part significative de l’économie de notre canton. Les retombées de la Genève internationale en termes d’image et d’attractivité de notre canton, que ce soit pour le tourisme d’affaires ou de loisir, sont également considérables, bien que plus difficiles à chiffrer. Nous avons récemment pu l’observer avec le sommet Biden-Poutine. Genève en tant que destination a bénéficié d’une publicité hors du commun, qui portera vraisemblablement ses fruits sur la durée.

Aujourd’hui il y a des défis immédiats liés à la situation sanitaire. Pendant la pandémie, beaucoup d’événements ont été repoussés, ou sont passés en mode virtuel. Mais de manière générale, les activités ont pu se poursuivre pendant la pandémie et les organisations internationales se sont adaptées aux outils de télétravail et de téléconférences. Les formats virtuels sont un levier intéressant pour la Genève internationale, mais ils ne remplacent pas la qualité et la nécessité de rencontres en présentiel. C’est bien en combinant ces différents formats que Genève pourra poursuivre son rôle de plateforme de rencontres, indispensable dans un monde fortement interdépendant où il est nécessaire de trouver des réponses efficaces aux défis globaux.

Enfin il convient de relever que la concurrence entre les villes candidates à l’accueil d’organisations internationales est vive. Nous savons que rien n’est jamais acquis et que Genève doit faire 1. Joëlle Kuntz, Genève, l’histoire d’une vocation internationale, Editions valoir et renforcer ses atouts pour conserver sa place de choix ».

Éclairage par André Schneider Directeur de Genève Aéroport

« L’idée même de Genève Internationale fait partie intégrante de l’ADN de Genève Aéroport, qui a été fondé en 1920, presque en même temps que l’édification de la Société des Nations, – le précurseur de l’ONU –, qui a mis la première pierre aux fondations de ce rôle de Genève en tant que ville des institutions internationales. À l’époque, la Confédération et l’armée ont réalisé des études sur ce qu’il faudrait faire pour que le pays soit encore plus attractif: il est clairement ressorti que la création d’un aéroport était nécessaire. D’où cette naissance quasi concomitante avec la Société des Nations, et par conséquent la vocation internationale qui a pris forme.

Aujourd’hui 100 ans plus tard, l’aéroport accueille près de 5 000 arrivées protocolaires par an: c’est-à-dire autant de présidents, de ministres, de premiers ministres, d’ambassadeurs et de têtes couronnées qui passent à travers l’aéroport chaque année. C’est un nombre considérable, soit plus d’une douzaine de VIP internationaux par jour. Nous avons bien entendu un service dédié pour gérer leur passage, avec des salles et des espaces de rencontre pour toutes leurs arrivées et départs. En effet ces personnalités ne passent pas par les contrôles comme tous les passagers mais bénéficient d’un cheminement privilégié. Ils sont accompagnés directement à leur avion: et ceci est un service que Genève Aéroport leur offre, ce qui est loin d’être courant puisque les aéroports ont pour habitude de facturer ce genre de prestations aux gouvernements concernés. Voilà un exemple de plus qui montre que notre aéroport est résolument tourné vers l’international. »

Éclairage par Peter Brabeck-Letmathe, Président du Geneva Science and Diplomacy Anticipator (GESDA)

© Florian Cella

« La Genève internationale symbolise une manière de voir le monde plus équitable, plus inclusive, qui couvre tous les domaines : politique, organisations internationales et société civile. C’est dans cet état d’esprit que le Geneva Science and Diplomacy Anticipator (GESDA) a été pensé : créer une institution internationale avec une gouvernance qui se positionne comme un moteur de renouvellement de la Genève internationale. Le GESDA est une initiative du Conseil fédéral, en partenariat avec le Canton et la ville de Genève. Dans un esprit de continuité de la Genève internationale, la Fondation vise à tirer parti de cet écosystème pour anticiper, accélérer et traduire en actions concrètes des thèmes émergents à vocation scientifique.

En effet le monde a changé, le multilatéralisme scientifique s’est développé, et certains pays comme la Norvège, Singapour ou l’Autriche sont entrés en concurrence avec Genève. C’est la raison pour laquelle le Conseil fédéral a voulu s’assurer que Genève maintienne une position de leader, c’est à dire proactive, anticipant et se positionnant pour l’avenir. Pour que la ville ne réitère pas ses erreurs passées, comme celle de laisser échapper l’invention du web au profit des sociétés de technologie de la Silicon Valley Inversement et malgré le rôle de plus en plus prépondérant de la science et de la technologie, la communauté scientifique mondiale n’est pas assez impliquée, en tant que partie prenante, dans l’élaboration des politiques internationales et de la diplomatie, qui ont tendance à se concentrer davantage sur le rôle des gouvernements, des organisations internationales, des entreprises ainsi que des ONG. Dès lors une nouvelle diplomatie fondée sur la science doit participer à redéfinir les codes du multilatéralisme : c’est la mission du GESDA. Nous travaillons avec 4000 scientifiques du monde entier. Tous sont bénévoles et participent à cette aventure, car ils sont capables de voir les bénéfices que le GESDA peut apporter à la Suisse, et plus largement à toute la communauté scientifique. Notre rôle est donc d’analyser et de recenser tout ce qui se passe dans le monde scientifique : par exemple c’est la première fois qu’est établie une liste qui énumère toutes les innovations en cours dans tous les laboratoires du monde entier. Grâce à cela, nous essayons d’en anticiper l’impact dans les cinq à vingt-cinq prochaines années. Et c’est en confrontant les deux mondes : politique et scientifique, que nous pourrons appréhender les obstacles qui pourraient freiner ces avancées scientifiques. En somme notre vision est d’utiliser l’avenir pour construire le présent, en rassemblant différentes communautés afin d’anticiper conjointement les percées scientifiques et technologiques et, sur la base de celles-ci, développer des solutions inclusives et globales pour un avenir durable ».

Éclairage par Frédérique Perler, Maire de la Ville de Genève en charge du Département de l’aménagement, des constructions et de la mobilité.

© Julien Gregorio – Ville de Genève

« La cité de Calvin possède un tissu associatif très dense, des politiques très engagés issus de ce même milieu et qui s’attachent à défendre les droits humains de toutes et tous. Aujourd’hui, dans cette tradition de «  terre de refuge », nous avons lancé un appel à la Confédération pour augmenter nos capacités d’accueil. Il faut également mentionner les relations que la Genève internationale entretient avec les Genevois.e.s : attirance et ignorance en même temps. Le sujet est complexe et nous amène à réfléchir à la manière dont on peut parvenir à faire se rejoindre ces deux visages de la ville. Le but avoué étant de les faire interagir, collaborer, travailler ensemble. En témoigne la tenue du sommet entre les présidents Joe Biden et Vladimir Poutine qui a été à la fois un très grand honneur et un énorme défi en matière d’organisation et de sécurité. On manifeste à Genève un respect profond de la culture de l’autre, avec cette discrétion presque innée qui permet à l’hôte de se sentir à l’aise : nous sommes des facilitateurs discrets. Cela se ressent aussi dans l’ADN de la ville : Genève n’est pas une ville tapageuse. Cependant, elle doit continuer à faire ses preuves, car il existe une forte concurrence entre les pays qui sont prêts à accueillir des organisations internationales. Un de nos atouts majeurs est notre stabilité politique, qui renforce encore notre capacité d’accueil.

La Genève internationale rime aussi avec écologie et développement durable, notamment grâce à la présence du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), qui dépend de l’OMM (Organisation météorologique mondiale). Ce groupe d’experts est chargé d’analyser scientifiquement les changements climatiques et de mesurer leurs impacts environnementaux et socio-économiques. Les rapports du GIEC poussent à une transition climatique. En ce domaine, je considère que Genève a un rôle important à jouer en termes d’exemplarité, à l’instar de la réduction des gaz à effet de serre, avec un objectif de moins 60 % d’émissions d’ici à 2030.

Nous devons également modifier nos modes de production et de consommation. Mon projet en tant que Maire, c’est de donner un rôle plus participatif à la population : lui permettre d’être actrice de ce changement grâce à une prise de conscience qui se traduise par exemple par la réhabilitation d’un quartier. Cela crée souvent un effet boule de neige avec les autres quartiers et les communes voisines. Enfin, l’urgence climatique est aussi une urgence sociale : il y a des gens privés d’eau, de logements. Nous essayons donc de répondre à cette urgence-là, c’est-à-dire à ce besoin de relation et de concertation beaucoup plus étroite entre les habitants et leurs élus. »

Éclairage par Raymond Loretan, Ambassadeur, président du Club diplomatique de Genève

« La Genève internationale est le meilleur atout de la politique étrangère de notre pays » : c’est un message que mes collègues et moi-même – en tant qu’ancien ambassadeur de Suisse – véhiculons toute notre carrière durant. C’est pourquoi nous avons un attachement bien particulier pour Genève, un lien presque émotionnel, avec ce je-ne–sais-quoi qui donne le sentiment de servir son pays et plus largement le monde. Avec le temps, Genève s’impose de plus en plus comme le centre de la gouvernance mondiale, le berceau mais aussi le terreau de la diplomatie multilatérale. Comme l’action en bourse d’une valeur sûre, son cours peut varier au fil des jours mais il sera à la hausse sur le long terme. Il faut donc y investir.

Complément indispensable à New-York, centre politique du système onusien, Genève, tel un bon vin du terroir, est un assemblage de compétences où s’entremêlent diplomatie, politique, économie et, de plus en plus, science et technologie. Mais pour que cette terre (d’accueil) fleurisse, nos autorités, tant fédérales que cantonales et communales, ont pour mission première de nourrir et de soigner ces multiples pôles de compétence qui confèrent à Genève ce caractère unique et exclusif en matière de coopération multilatérale.

Comme Suisses, nous avons certes des domaines de prédilection tels le droit humanitaire ou les droits de l’homme. Genève en est l’emblème et la garante, ce qui entraîne une forme de responsabilité morale pour nos autorités et même notre population. Mais nous devons en même temps devenir pionniers dans la promotion de solutions novatrices dans d’autres domaines tel celui de la santé où, avec la Health Valley, nous offrons un environnement et des sources d’inspiration particulièrement stimulantes. Le campus biotech en est un exemple. Et soyons également précurseurs sur des thématiques qui reviennent à l’avant-scène. L’initiative en cours de la GESDA, Geneva Science Diplomacy Anticipator, qui vient de tenir son premier sommet et où la diplomatie scientifique reprend tout son sens, en est un des meilleurs exemples1.

La politique de neutralité que la Suisse poursuit est également une des conditions-cadres pour que ces développements puissent avoir lieu dans un environnement harmonieux et impartial. Mais elle ne doit pas se limiter à un rôle d’hôte empressé et bienveillant. Activement, elle doit mettre les mains dans le cambouis, offrir ses bons offices ou proposer des solutions qui seront d’autant moins suspectes qu’elles viennent d’un État neutre.

Au-delà des principes et des thématiques, mais plus prosaïquement en termes d’infrastructures, de logistique et de services, Genève doit être une véritable « machine de guerre » pour entretenir, améliorer et promouvoir cette plateforme unique au monde de rencontres, d’échanges et de recherches de solutions. Elle l’a démontré de manière convaincante lors du récent sommet Biden Poutine.

Il est un point où l’on peut faire mieux dans cette politique d’accueil et d’action : la diplomatie suisse doit peut-être encore mieux embrasser les nouvelles techniques de communication digitale et de gestion des réseaux sociaux. Car à l’heure des fake news et autres tentatives de manipulation, il est impératif d’encore mieux traduire et transmettre les enjeux, défis mais aussi les réussites de la Genève internationale. Le web permet non seulement de toucher de nouveaux publics, notamment les sociétés civiles, de Suisse ou de l’étranger, mais aussi de les impliquer dans des processus de réflexion et de recherche de solutions. Quant au Club diplomatique de Genève, que j’ai l’honneur et le privilège de présider depuis 2016, il apporte sa modeste contribution à la promotion de la Genève internationale. Son objectif est de décloisonner les mondes qui se côtoient à Genève, de rassembler sur une même plateforme les différentes communautés – politique, économique ou académique – pour apprendre à se connaître, pour dialoguer, pour esquisser des collaborations et des projets. Cette mise en réseau est d’autant plus nécessaire qu’il reste encore de nombreux ponts à construire ou à consolider pour que la communauté internationale et la population de Genève se rencontrent, se comprennent et entreprennent ensemble.

  1. Voir supra l’éclairage de Peter Brabeck-Letmathe sur le GESDA. Le Geneva Science and Diplomacy Anticipator (GESDA) est une fondation indépendante fondée par les gouvernements suisse et genevois pour tirer parti du pouvoir d’anticipation de la science avec la diplomatie et les citoyens travaillant à Genève et dans le monde entier afin d’anticiper, d’accélérer et de traduire en actions concrètes l’utilisation de sujets émergents axés sur la science. La fondation a commencé à fonctionner en janvier 2020.

Les coulisses de la Genève internationale vues par Jérémy SEYDOUX, Présentateur et Rédacteur en chef adjoint à Léman Bleu TV

« Ce sommet a constitué pour nous un véritable marathon télévisuel. Léman Bleu TV a été le seul média à diffuser sans interruption l’ensemble des temps forts de la rencontre, soit neuf heures quinze de direct. Il va sans dire que toute l’équipe avait bien mérité sa bière sur le rooftop du Cube, au PAV, où nos studios sont situés ! Un sommet exceptionnel à bien des égards pour nous : vingt personnes mobilisées autour du studio, trois satellites connectés pour la diffusion en direct des images, trois équipes mobiles déployées sur les points chauds de la rencontre – Villa La Grange, Hôtel Intercontinental et Pont du Mont-Blanc – et un plateau de choix. Pour Léman Bleu, un tel dispositif était jusque-là inédit. Les équipes ont relevé un défi immense et j’en suis très fier ! Les 15 et 16 juin 2021 ont marqué une étape importante de l’histoire de cette chaîne, dans la droite ligne de la haute ambition que Laurent Keller, directeur de la chaîne, a placée lors de son entrée en fonction il y a six ans.

Techniquement, l’opération s’est déroulée sans accroc, grâce aussi à l’exceptionnel plateau que nous avons réuni. Cela a créé un enthousiasme magnifique au sein de la chaîne. Le journaliste Xavier Colin, ancien chef du service étranger de la TSR très apprécié du public, a tout de suite accepté de nous accompagner sur l’événement, un grand honneur  ! Évidemment, nous ne pouvions pas imaginer cette émission sans la présence de Daniel Warner, politologue émérite et spécialiste des États-Unis. Micheline Calmy-Rey, notre ancienne présidente et ministre des affaires étrangères, a su apporter un éclairage passionnant, elle qui a durant sa carrière été au cœur des grandes rencontres, tout comme l’ancien vice-chancelier Claude Bonnard, historien genevois implacable sur la grande comme la petite histoire. Car si un événement éminemment important s’est joué au niveau de l’Histoire – les États-Unis et la Russie ont renoué leurs contacts diplomatiques suite à cette rencontre – c’est aussi de Genève, dont le public avait envie que nous parlions et des conséquences plus prosaïques que ce sommet a eues sur la vie quotidienne, comme les perturbations de trafic. Nous avons toujours eu cela en tête durant le direct.

Si nous n’avons rien raté des images et des prises de parole des présidents, une interview exclusive aurait été la cerise sur le gâteau. Ce n’est pas faute d’avoir essayé ! Avec quelques collègues, nous avons réservé une table aux Armures le mardi soir : la rumeur courait que Joe Biden allait s’y rendre pour une fondue. Il est finalement resté dans son hôtel ce soir-là. Essayé, pas pu. Manifestement, le public ne nous en a pas tenu rigueur, puisque 200 000 personnes nous ont suivis durant ces deux jours hors du commun qui ont replacé Genève au centre de l’échiquier politique mondial. Un sacré coup, alors que l’avenir de la Genève internationale semblait s’assombrir en raison de la pandémie et des profondes remises en question qu’elle a suscitées. Pour nous journalistes, il a été aussi intéressant de voir à quel point l’administration genevoise, qu’on moque parfois pour sa lourdeur et son côté procédurier, a fait preuve d’une souplesse et d’une efficacité inédite. Comme quoi, quand on veut, on peut… »

Éclairage par Jean-Marie Paugam, Directeur général adjoint de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC)

« La Genève internationale est indissociable de la recherche de la paix. Elle est cet espace, mi-physique, mi-moral, qui contribue à rendre possible l’effort humain pour faire primer la coopération sur la confrontation. La rencontre des esprits procède toujours d’une rencontre des personnes. Les conditions d’une telle rencontre sont forcément très importantes. La Genève internationale, c’est rassembler des gens, si possible dans des conditions positives, pour faire naître un certain esprit de « club » qui facilite la résolution de problèmes communs. C’est un phénomène bien connu aussi au sein de l’Union européenne : on pourrait dire d’ailleurs que c’est la base de la méthode Monnet. En sera-t-on surpris ? Historiquement, le premier président de la Commission européenne, Jean Monnet, avait auparavant été secrétaire général adjoint de la SDN à Genève, qu’il avait contribué à créer.

L’OMC fait partie intégrante de l’ADN géographique et physique de la Genève internationale: elle occupe aujourd’hui les locaux historiques de l’Organisation internationale du Travail (OIT) fondée par le Traité de Versailles en 1919, dont on trouve une belle reproduction à l’entrée de notre organisation. Elle s’y inscrit à titre politique et moral : l’OMC a pour objectif la négociation d’accords commerciaux contribuant au développement durable, au plein-emploi et au relèvement des niveaux de vie. Le développement durable, cela veut dire conjuguer ensemble les piliers de la croissance économique, du progrès social et de la durabilité environnementale. Elle s’y inscrit de manière fonctionnelle  : l’OMC appartient à un petit écosystème genevois du commerce et, plus largement, de l’économie internationale, où différentes organisations jouent des partitions complémentaires : la CNUCED discute des meilleures politiques de développement économique et commercial, le Centre du commerce international se concentre sur le soutien au secteur privé, en particulier les PME, l’OMC fournit le cadre de règles apportant stabilité et prédictibilité aux gouvernements et aux entreprises. Si on élargit au-delà du cercle strict du commerce, on trouve l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle, dont les normes sont reconnues à l’OMC, l’Union internationale des télécommunications, si importante pour l’essor du commerce numérique, etc.

Face aux tensions géopolitiques et économiques, les règles de l’OMC jouent un rôle de « stabilisateur automatique » comme dirait un macro-économiste : elle a ainsi beaucoup contribué à garder sous contrôle, voire à prévenir, les logiques protectionnistes face aux récentes guerres commerciales et à la tentation du « nationalisme sanitaire » dans la lutte contre la pandémie de la COVID. Ce que l’organisation doit parvenir à faire pour l’avenir, c’est de renforcer ses propres règles pour réaliser une plus grande équité concurrentielle, dans l’agriculture, dans l’industrie, les services, et en élaborer de nouvelles pour garantir que les deux grandes transformations actuelles de l’économie se produisent de manière coopérative : la digitalisation et la décarbonisation qui sont les deux révolutions économiques en marche ».

Éclairage par Vincent Subilia, Directeur général de la Chambre de commerce, d’industrie et des services de Genève (CCIG) et député au Grand Conseil genevois

© Steeve Iuncker-Gomez

« La Genève internationale incarne l’esprit de Genève, soit cette ouverture au monde qui fait de Genève « la plus grande des petites villes  »  ; terre d’accueil historique, Genève doit sa prospérité à la confiance témoignée par celles et ceux qui y ont trouvé un terreau neutre, stable et dynamique pour y déployer leurs activités. Cette « Genève internationale » désormais gravée dans notre ADN constitue la spécificité d’une ville dont le rayonnement international est inversement proportionnel à sa taille  ; un « branding » unique que beaucoup nous envient et qu’il convient de préserver et de renforcer.

L’atout majeur de la Genève internationale tient précisément à la concentration sur un terreau restreint d’un spectre très large d’acteurs internationaux. Qu’il s’agisse de santé, de commerce international, d’environnement ou de droits l’Homme, Genève est le berceau et le bastion du multilatéralisme. Le rôle de cette capitale de la gouvernance mondiale qu’est Genève est plus indispensable que jamais, dans un monde complexe et troublé, où seule la coopération internationale permet d’apporter des réponses concrètes à des défis systémiques.

Comptant quelque 2500 entreprises membres, la Chambre de commerce, d’industrie et des services de Genève (CCIG) est une association de droit privé, fondée en 1865. Indépendante de l’Etat, elle a pour objectif d’assurer une économie forte, permettant aux entreprises qui constituent le tissu économique local d’exercer leur activité de manière pérenne. Son autonomie et sa représentativité en font le porte-parole de l’économie face aux autorités publiques. La CCIG se distingue également par sa dimension internationale puisqu’elle s’emploie à défendre et à promouvoir le tissu économique genevois depuis un siècle et demi. À ce titre, elle est activement engagée au sein du réseau constitué par la Chambre de commerce internationale (ICC), laquelle a récemment ouvert un bureau à Genève, au sein de la Maison de l’économie (siège de la CCIG) ; seule institution représentant le secteur économique privé à disposer d’un statut d’observateur auprès des Nations Unies, notre « maison-mère » fédère plus de 45 millions d’entreprises dans 110 pays. L’une de ces entités est la Fédération mondiale des chambres de commerce, et qui tiendra son congrès 2023 à Genève. Par ailleurs, la CCIG est active au sein d’institutions comme le Centre d’accueil de la Genève internationale, qu’elle soutient de longue date, le Club diplomatique ou encore le Groupement des entreprises multinationales ».

Éclairage par Florence Notter-Daugny, Membre du Conseil de la Fondation pour Genève, présidente du Cercle International de la Fondation pour Genève

« Genève a été, depuis toujours, à la croisée des routes, un lieu d’échanges, de commerce et de rencontres. Genève s’est construite comme symbole de paix, de dialogue et de démocratie. De plus elle a accueilli les opprimés depuis la Réforme, faisant de l’ouverture au monde sa bannière. Enfin les Conventions de Genève signées en 1949 ont été et sont les piliers du droit humanitaire international. Les générations futures devraient toujours garder à l’esprit ces valeurs qui ont fait ce qu’est Genève aujourd’hui et ce qui en fait un lieu si exceptionnel et unique dans le monde ; s’en inspirer, les transmettre et surtout en être les garantes.

Dans cet esprit le Cercle international de la Fondation pour Genève a pour mission de faciliter l’intégration des diplomates, des membres de la direction générale des multinationales et de leurs conjoints, dans la vie de notre région et dans la société locale. Il permet à ceux-ci de lier des liens professionnels et personnels avec les représentants des milieux économiques, financiers, industriels et culturels, ainsi qu’avec les personnes qui contribuent au rayonnement international de Genève et de la Suisse. Liens qui perdurent souvent après le départ de nos visiteurs étrangers et contribuent à l’image de la Suisse, tout en pouvant générer de futures collaborations, créant ainsi un véritable réseau à travers le monde. Le Cercle international met en avant ce qui fait l’excellence de la Suisse, contribue à faire connaître et découvrir ce qui fait notre histoire, notre identité et notre patrimoine. Le Cercle organise, depuis plus de 20 ans, environ 200 rencontres par an ; rencontres multilingues articulées autour d’entretiens, de conférences, de débats, de visites d’entreprises ou de demeures historiques et de sorties festives ou culturelles. Chacune de ces rencontres est suivie ou précédée de moments d’échanges dans une atmosphère décontractée, chaleureuse et ouverte sur le monde. La plupart de nos rencontres ont lieu dans des demeures privées ou dans des lieux d’exception. Le Cercle est animé par une soixantaine d’organisateurs bénévoles, exerçant tous des activités professionnelles dans de multiples domaines, mais offrant de leur temps et ouvrant leur maison dans le but de contribuer au rayonnement de Genève et de la Suisse, curieux de découvrir d’autres horizons et d’autres cultures, au travers des échanges avec nos invités ».

Éclairage par Adam Said, Président de l’association GVA2

« Depuis toujours, l’esprit de Genève est profondément ancré dans notre cité. Cela dit, la question est pertinente car on assiste peu à peu à sa détérioration ; cette ville ouverte, pleine de grands esprits et source d’inspiration dans le monde depuis des décennies, semble malheureusement se refermer sur elle-même. Certains de ses représentants portent des messages clivants, oubliant l’importance de cet esprit qui fait sa grandeur à l’international. Plus que jamais, les jeunes Genevois et Genevoises doivent s’en faire l’écho pour être des agents d’une évolution ouverte sur le monde et progressiste. Afin de rendre compte de cet esprit de Genève et de donner une image de ville ouverte sur le monde, nous travaillons depuis près d’une année sur un ouvrage en collaboration avec les éditions Assouline: « Geneva at the heart of the World » retrace l’histoire de notre ville en mettant en avant sa richesse et sa diversité à travers les institutions qu’elle accueille, les lieux symboliques qui la représentent et les événements qui s’y déroulent toute l’année ; le tout en faisant la part belle au foisonnement culturel sans oublier bien sûr, la Genève internationale.

GVA2 est née de l’attachement de ses membres fondateurs pour notre ville. Au départ, nous étions un groupe d’amis qui se retrouvait autour d’un dîner pour mieux comprendre les sujets sur lesquels nous étions amenés à nous prononcer, avec la volonté de créer du lien entre les divers cercles genevois. Nous nous sommes rapidement pris au jeu en soutenant telle initiative ou en récoltant des fonds pour de petits projets avec parfois de grands effets. À ce jour, nous avons organisé une quarantaine d’événements sur des sujets tels que « Les grands chantiers de la culture », « Le sport en Ville de Genève », « La RFFA » ou encore « Le recyclage des déchets » et bien d’autres, avec des intervenants de tous bords. À l’issue de ceux-ci, nous mettons en lumière des actions précises que chacun peut entreprendre à son niveau afin d’être vecteur de progrès. Sans être une entité donatrice, nous avons mené ou apporté notre soutien à une douzaine de projets. En 2019, la Fondation pour Genève nous a invité à devenir membre de son réseau ; c’est pour nous une magnifique reconnaissance de nos efforts et de notre utilité».

Double éclairage par Bernard Lescaze, Historien et par Suzanne Hurter, Éditrice

« Au regard d’une situation géopolitique dégradée, il eut été simple de tirer à boulets rouges sur le multilatéralisme. Trop simple peut-être. Quoique imparfaite et résolument perfectible, cette organisation des relations interétatiques demeure la voie privilégiée pour tenter de résoudre des problématiques inhérentes à un contexte international particulièrement délicat. Et ce depuis le XVe siècle, où des penseurs comme Georges Podiebrad, roi de Bohême, ou, deux siècles plus tard, le Français Émeric Crucé, ont posé les jalons d’une union des nations pouvant aboutir à une paix durable. Du moins tel était le postulat de départ. Ainsi, les premières négociations multilatérales ayant vocation à esquisser les contours d’un nouvel équilibre européen se déroulèrent dans les villes de Münster et d’Osnabrück, afin de mettre un terme à la guerre de Trente Ans. Un événement à marquer d’une pierre blanche qui va ensuite faire office de « canon » en termes de multilatéralisme. Un modèle à suivre, certes précaire, mais qui aboutira quelques siècles plus tard à une « mise à jour » du concept même des relations internationales avec la fondation et l’émergence de la Société des Nations (SDN), au sortir de la Première Guerre mondiale – établie en 1919 par le Traité de Versailles – qui jetait les bases d’un multilatéralisme moderne. Certes, la SDN ne pouvait se targuer d’être un modèle d’équilibre et de mansuétude – son universalité et le sort réservé aux vaincus étant sujet à caution – mais elle avait le mérite de la modernité et de rebattre les cartes dans un monde encore traumatisé par un conflit armé d’ampleur internationale qui a laissé de nombreuses nations à genoux.

En outre, pour en revenir aux prémices de la création de la Société des Nations, il convient de rappeler le rôle prépondérant joué par la Suisse et par Genève dans la démocratisation de ces nouvelles pratiques internationales. Mise sur orbite dès 1919 comme susmentionné, la SDN va véritablement voir le jour en tant qu’institution l’année suivante, en 1920. D’abord basée à Londres, la Société des Nations va en effet prendre ses quartiers, au mois de novembre de cette année-là, à Genève, afin d’y tenir sa première Assemblée générale. La SDN va ainsi, durant vingt ans, « gérer les affaires courantes » mais ne brillera malheureusement jamais par son universalité et sera rapidement viciée par les dérives de pouvoir du système. Conséquence : sa crédibilité s’en retrouvera altérée que ce soit auprès de l’opinion publique ou des gouvernements. Mais certaines personnalités publiques suisses ont œuvré, à cette époque, tant bien que mal, à la prise en considération du multilatéralisme, permettant ainsi à la Suisse de jouer sa partition dans le concert des nations. Citons pêle-mêle le Grison Felix Calonder, le Genevois Gustave Ador ou encore le Tessinois Giuseppe Motta. Ces derniers vont, dès lors, redéfinir les contours de la sacro-sainte neutralité suisse, défendre la place de Genève comme siège de la Société des Nations et de l’Organisation internationale du Travail (OIT), et, surtout, réussir à intégrer leur pays au sein du nouveau système multilatéral. Une feuille de route particulièrement fournie et ils bénéficieront, dans leur tâche, du concours d’experts, en particulier le juriste Max Huber et le professeur William Rappard. Signe de sa singularité plus que de sa fameuse et légendaire neutralité, la Suisse est le seul État qui adhère à la Société des Nations après une votation populaire en 1920. Modus operandi qui sera reconduit en 2002 pour son adhésion aux Nations Unies.

Ayant vocation à « promouvoir la coopération internationale et obtenir la paix et la sécurité », il semble simple de dire, de prime abord, que la SDN a failli à sa mission première avec l’éclatement, vingt ans plus tard, de la Seconde Guerre mondiale. Et de facto, signer le premier échec retentissant du multilatéralisme moderne. Mais l’entre-deux-guerres ne fut pas, pour autant, un exemple d’immobilisme, loin s’en faut. La Société des Nations a su faire montre, durant ce laps de temps, d’une certaine vitalité en matière de réponses apportées aux défis sociaux, économiques et humanitaires. Elle a su, avec une certaine maestria, trouver des solutions pérennes face au défi de la crise des réfugiés russes ou encore face à la banqueroute de l’Autriche. Deux problématiques d’envergure auxquelles les experts de la SDN ont su apporter des réponses et des solutions originales. Au-delà de ces deux exemples répondant à une urgence ponctuelle, l’ancêtre de l’ONU, comme il est de coutume de le désigner, a également joué un rôle non négligeable dans la mise en place d’une réflexion nouvelle autour de la protection de la jeunesse. Mais la Société des Nations s’est également évertuée à favoriser la mobilisation des femmes autour d’enjeux politiques, civils et sociaux. Tout cela pour dire qu’il serait réducteur de considérer la Société des Nations comme un échec total eu égard à toutes les avancées susmentionnées et à sa contribution non négligeable à certains sujets de société encore sur le devant de la scène aujourd’hui, comme l’urgence climatique.

Néanmoins, se servir des erreurs du passé pour éclairer l’avenir peut constituer un élément moteur susceptible d’offrir un second souffle aux relations internationales. Dès lors, sur de nouveaux fondements, l’Organisation des Nations Unies (ONU) reprendra le postulat de la Société des Nations en y adjoignant des mécanismes renforcés, au premier rang desquels les organisations non gouvernementales (ONG). Soit, par extension, un processus permettant à la société civile de s’infiltrer dans les relations multilatérales. Et ce, parfois, alors que l’essence même de ces organisations est de défendre une certaine forme d’indépendance et d’autonomie par rapport aux États, mais également par rapport aux organes officiels comme l’ONU. L’histoire même du multilatéralisme peut s’entremêler avec l’histoire des organisations internationales. Quid, dès lors, de l’évolution du positionnement de la Suisse et de son concours au multilatéralisme post Seconde Guerre mondiale ? Si l’Organisation a, cette fois, pris ses quartiers outre-Atlantique – même si le siège européen des Nations Unies demeure à Genève à partir de 1946, parvenant à maintenir le statut de la Genève internationale – la Suisse ne participe pas, cette fois, au nouvel ordre multilatéral qui se met en place dès 1945. En cause : son attentisme durant le conflit qui lui est reproché par les deux futurs protagonistes de la Guerre froide qui suivra, à savoir l’URSS et les États-Unis. Prise en tenaille par ces deux puissances, la Suisse s’enlise dans un isolement diplomatique au sein duquel elle éprouve toutes les peines du monde à convaincre ses contempteurs du bien-fondé de sa neutralité. Toutefois, ces griefs n’auront pas d’effets à long terme sur l’attractivité de Genève puisque de nombreuses organisations viendront s’y installer tandis que d’autres, comme l’Organisation internationale du Travail, continuent d’y prospérer. Pour rappel, deux tiers des activités du système de l’ONU s’accomplissent aujourd’hui à Genève, faisant de la ville une véritable plaque tournante de coopération internationale et de négociation multilatérale.

En conclusion, si le multilatéralisme est un concept loin d’être idéal, l’histoire des cent années écoulées ayant vu l’émergence de la Société des Nations et, dans son sillage, la création de l’Organisation des Nations Unies (ONU) prouve que la paix « envisagée comme une réglementation des rapports internationaux » est redevable, à bien des égards, au multilatéralisme. Fût-il imparfait ».

*Sous la codirection de Bernard Lescaze, voir l’ouvrage récemment publié aux éditions Suzanne Hurter: 100 ans de multilatéralisme à Genève. De la SdN à l’ONU.

Éclairage par Scott Weber, Président d’Interpeace

Photo: Antoine Tardy for Interpeace

« La Genève internationale peut être, à mon sens, assimilée à un véritable écosystème composé de nombreux acteurs référents dans leur domaine. Que ce soit dans le commerce, la santé, la paix, le développement durable ou encore l’humanitaire. Et que toutes ces personnes ou entités soient regroupées dans la même ville permet d’échanger avec d’autant plus de facilité et, de fait, de trouver des solutions aux problèmes connexes à plusieurs secteurs. Je suis d’ailleurs intimement convaincu que les solutions face aux problèmes complexes de ce monde résident dans la création de passerelles entre les différents secteurs susmentionnés. À ce titre, Genève peut être considérée comme une plaque tournante de ce dialogue intersectoriel qui ne peut être que bénéfique pour tout le monde. Ainsi, Genève fait office d’interface unique non seulement en termes d’apprentissage et de connectivité, mais aussi d’influence sur les différents secteurs et organisations ayant une carte à jouer dans les pays en situation de conflit.

Dans ce contexte, Interpeace est une organisation internationale qui œuvre au renforcement de la résilience et qui milite pour une restauration durable de la paix au sein de pays touchés par un conflit. Je mets ici en avant le terme durable à dessein car très souvent ( 60 % du temps ) les accords de paix pilotés et négociés à l’extérieur des pays concernés échouent au bout de cinq ans. Une proportion qui grimpe à 80 % au bout de 10 ans. Or, pour qu’un accord de paix puisse être véritablement considéré comme durable, il doit trouver son essence et sa raison d’être sur la terre même où s’est noué le conflit. Il faut, à ce titre, que les populations de ces pays, bien que divisées, soient les acteurs de leur propre destin et de leur futur. C’est ce postulat qui rend la paix durable et qui fait la force et la spécificité d’Interpeace. Nous nous considérons comme une organisation entièrement dédiée à ce que des pays durement touchés par un conflit de quelque nature que ce soit puissent jouir du droit à disposer d’eux-mêmes et tracer leur sillon vers une paix durable. Sans ingérence extérieure. Ainsi nous avons contribué à la stabilisation du Timor oriental, à l’aplanissement des tensions entre le nord et le sud de la Somalie, et encore par exemple à appuyer une paix durable, notre raison d’être, après le génocide. Nous avons accompagné les Rwandais dans la mise en œuvre du processus de réconciliation. Plus méconnu médiatiquement, il faut citer notre contribution non négligeable au processus de paix en Colombie où nous avons participé activement à la réforme de la police au sortir de la guerre civile. Nous agissons, de manière très différente au regard des spécificités de chacun, au sein d’une vingtaine de pays. Que ce soit de façon directe ou indirecte avec plusieurs partenaires que nous recrutons sur place. C’est d’ailleurs ce qui fait notre force. Nous ne travaillons qu’avec des locaux.

Avant de bâtir la paix, il faut bâtir la confiance. Les faiseurs de paix sont des gens dotés d’une grande intégrité : c’est la qualité requise et une condition sine qua non pour construire la confiance qui, elle-même, pourra tracer la voie à un processus de paix. Nous cherchons donc des personnalités éminemment respectées par leurs concitoyens et, cela a également son importance, d’une grande humilité. Elles doivent savoir mettre leur ego de côté pour faciliter un processus de paix où tout le monde doit trouver sa place. Car le pire ennemi d’un processus de paix, c’est l’ego. Ceux qui viennent chercher la lumière ou le pouvoir peuvent littéralement faire capoter les discussions. Nous voulons des gens qui travaillent dans l’ombre, en coulisses, et qui savent s’effacer au moment idoine, quitte à laisser les locaux eux-mêmes récolter tout le mérite. Ils pourront ainsi dire que ce sont eux qui ont réussi et cela va créer des précédents très importants dans le cadre d’autres processus. Cela fait partie du triptyque de qualités requises pour travailler au sein d’Interpeace : humilité, intégrité et surtout intelligence émotionnelle ».

Éclairage par Jürgen Kreipl, Directeur de l’Hôtel InterContinental Genève

« Personnalités célèbres, dignitaires et conférences de paix, tous font partie de l’histoire et du patrimoine d’InterContinental Genève. Pour l’anecdote, 265 chefs d’État et plus de 3000 ministres et ambassadeurs ont séjourné à l’hôtel. Par conséquent, l’hôtel contribue à la grande histoire, à travers ses installations et ses services, en facilitant les discussions, entretiens et sommets confidentiels ou non officiels. Les dignitaires avaient l’habitude de dire que les décisions importantes ou les étapes importantes des conférences internationales de 1980 avaient eu lieu dans les coulisses de l’hôtel plutôt qu’aux Nations Unies elles-mêmes. L’équipe dresse le tapis rouge selon la préférence de la personnalité et se souvient de chaque séjour, ainsi que des boissons et collations préférées pour chaque individu. Certains, très reconnus, préfèrent venir à l’improviste et porter leurs propres bagages tandis que d’autres préfèrent avoir une intimité absolue et traverser le hall par eux-mêmes : nous verrouillons l’ascenseur pour eux afin qu’ils n’interagissent avec personne, personnel ou clients, pendant leur transfert. Pour la petite anecdote, lors du sommet Reagan-Gorbatchev en 1985, l’équipe de maintenance de l’hôtel avait sculpté un oiseau de paix blanc (colombe) à placer dans l’espace de réunion : celui-ci a été conservé dans notre entrepôt jusqu’en 2011 lorsque l’hôtel a commencé sa rénovation. »

Éclairage par Stéphane Duguin, Président de CyberPeace Institute

« Il y a plus de 100 ans, la Croix-Rouge et la Société des Nations ouvraient la voie à la vocation humanitaire et internationale de Genève, s’appuyant sur la tradition de la ville à rapprocher les communautés, à connecter les nations et à fournir un espace neutre pour la libre expression des idées et actions. Un siècle plus tard, la capitale mondiale de la paix est devenue un centre international d’interactions politiques, universitaires et économiques, à travers un écosystème dynamique de représentations gouvernementales, d’initiatives multipartites et d’organisations internationales et non gouvernementales. Cet écosystème a permis la création de politiques et de partenariats pour le désarmement, la santé mondiale et la lutte contre la prolifération des mines terrestres et contre le changement climatique. De par la nature horizontale des engagements aux défis mondiaux, il est donc naturel que la gouvernance numérique figure aussi en tête de l’agenda de Genève.

Au cours des dernières décennies, nous avons assisté à une multiplication d’initiatives à Genève sur la gouvernance numérique, telles qu’Internet Society, les Geneva Digital Talks ou encore la Swiss Digital Initiative. Au-delà de ces initiatives centrées sur le numérique, un effort important d’acteurs genevois « historiques » de la société civile et des organisations intergouvernementales a été mis en œuvre pour traiter d’autres aspects de l’espace virtuel tels que le droit humanitaire dans le cyberespace, la santé numérique, les normes Internet, etc. Cela démontre le profil engagé et fort de Genève, mais aussi son potentiel à être plus qu’une plaque tournante internationale de l’échange et de la négociation, et à devenir un incubateur de solutions innovantes pour parvenir à une paix numérique.

C’est sur cette toile de fond que le CyberPeace Institute, une organisation non gouvernementale (ONG) neutre et indépendante, a été créé à Genève en novembre  2019. Nous reconnaissons que la gouvernance numérique est un domaine multidisciplinaire et complexe avec des acteurs d’horizons divers dans des domaines d’intervention très distincts, mais pour le CyberPeace Institute, il est essentiel de garder au centre des actions la protection des personnes. Notre mission est donc de garantir les droits des personnes à la sécurité, à la dignité et à l’équité dans le cyberespace, dans un contexte de menaces croissantes de cyberattaques sophistiquées contre les populations et communautés vulnérables.

L’Institut travaille en étroite collaboration avec les acteurs de la Genève internationale et au-delà pour réduire les dommages causés par les cyberattaques sur la vie des gens dans le monde entier, et leur fournir une assistance. En analysant les cyberattaques, nous mettons en évidence leur impact sociétal ainsi que la manière dont les lois et les normes internationales sont violées, et promouvons des comportements responsables pour faire respecter la paix dans le cyberespace. Parmi les activités que nous menons pour atteindre la paix numérique, nous aidons les ONG qui fournissent des services essentiels en renforçant leurs compétences et en leur offrant un soutien en matière de cybersécurité par le biais notamment du programme CyberPeace Builders. Il s’agit du premier réseau mondial de volontaires en cybersécurité qui œuvre à protéger les ONG à vocation humanitaire grâce à une assistance gratuite et au plus près du terrain. Nous sommes d’ailleurs fiers d’avoir gagné pour ce programme le Prix de l’innovation en sécurité internationale 2021 du Geneva Center for Security Policy.

Dans un contexte difficile de pandémie globale, les cyberattaques se sont particulièrement multipliées dans le secteur de la santé. Protéger ce secteur est donc une de nos priorités, pour laquelle nous avons lancé en 2020 un programme dédié : le Cyber4healthcare (cyber4healthcare.org). Ce programme inclut notamment une toute nouvelle plateforme unique au monde, lancée en octobre 2021 : le Cyber Incident Tracer #Health (cit. cyberpeaceinstitute.org). Cette plateforme, en ligne et en accès libre, analyse les cyberattaques qui mettent en péril le secteur de la santé par leurs impacts sur les patients, les professionnels et établissements de santé. Elle montre l’ampleur du problème et l’impact de ces attaques sur les personnes et la délivrance des soins de santé. En facilitant l’accès à des données fiables et en encourageant le signalement et une plus grande transparence sur les cyberattaques, le CyberPeace Institute espère que des mesures plus appropriées pour réduire ces attaques seront prises par tous les acteurs concernés, gouvernements, secteur privé, professionnels de santé. Ce projet a d’ailleurs été sélectionné par le Paris Peace Forum 2021, parmi les projets innovants pour une meilleure gouvernance face aux enjeux complexes de cette époque. Seulement deux ans après notre création, nous sommes reconnus à Genève et à l’international pour notre approche singulière et innovante, ainsi que pour la qualité de nos analyses techniques et sociétales des cyberattaques et de l’assistance aux victimes de ces attaques. L’Institut est constitué d’une équipe d’une grande diversité qui prône l’équité et partage l’ambition commune d’une réponse centrée sur l’humain à un des plus grands défis de notre époque. Notre souhait est de voir cette ambition partagée par le plus grand nombre ».

Double éclairage par Martine Brunschwig Graf, Présidente de la Fondation Eduki et par Françoise Demole, Philanthrope et lauréate du Prix 2018 de la fondation pour Genève


© Yves Rossier

« L’esprit de Genève existe pour autant que nous veillions à l’entretenir : c’est celui du dialogue, de la paix et de la démocratie. Il y a plus d’un siècle, les États créaient à Genève la Société des Nations. Aujourd’hui, Genève abrite le second siège de l’ONU, de nombreuses organisations internationales et ONG, sans compter le Comité international de la Croix-Rouge. 177 pays ont ouvert à Genève une représentation diplomatique. On y vient pour débattre, négocier et trouver des accords. On y examine les problèmes de notre temps, des droits humains au commerce mondial, tous les thèmes qui touchent la vie des gens de cette Planète y sont traités. L’esprit de Genève existe bel et bien, et Genève nous donne tellement, que l’on se doit de lui redonner un peu, notamment en assurant un rôle de transmission et d’éducation. Nous devons mieux faire connaître les missions et le fonctionnement de cette coopération internationale, d’échanger avec celles et ceux qui s’y engagent, de rendre accessible ce monde international qui traite de l’avenir du monde et de ses habitants. Faire vivre l’esprit de Genève est le devoir de chacun. Nous pouvons tous y contribuer par notre engagement, par les valeurs que nous défendons et par notre volonté de les transmettre.

Eduki a pour mission de contribuer à la formation des jeunes en matière de coopération internationale. Elle vise ainsi à conforter la vocation internationale de la Suisse et contribue à tisser un lien durable entre les organisations internationales et les jeunes. Une petite équipe très performante assure des prestations dans ce domaine, par le biais de dossiers pédagogiques, de visites, de rencontres et de débats avec des acteurs de la Genève internationale, ainsi que des collaborations dans le cadre d’options complémentaires dans les collèges genevois. Le réseau d’Eduki s’étend sur toute la Suisse, grâce notamment au Concours national organisé tous les deux ans avec l’appui de l’ONU et qui récompense les meilleures œuvres artistiques, productions vidéo et actions concrètes produites par les élèves, en lien avec les objectifs du développement durable. L’édition 2021-2022 s’intitule « Je passe en mode durable. Penser global, et agir local ». Même si la crise sanitaire a freiné certaines actions, Eduki a su conserver le lien avec les milieux éducatifs et adapter ses prestations. Pour Eduki, la formation des jeunes aux problématiques de la coopération internationale passe aussi par des démarches dont les jeunes sont les acteurs, à l’exemple de l’activité intitulée « Jeunes reporters à l’ONU ». Il faut également mentionner la Bourse Françoise Demole: Tous les deux ans, un soutien allant jusqu’à 10’000 francs est attribué à un projet exemplaire présenté au concours Eduki. Il devra, en outre, intégrer une relation étroite avec un acteur de la coopération internationale engagé sur la thématique du concours et basé en Suisse ».

Pour accéder en ligne au dernier m3 MAGAZINE, c’est ici.

ART & HÔTELLERIE,
Une alliance qui dure depuis longtemps

L’art et l’hôtellerie de luxe font bon ménage et ce depuis longtemps. Acteurs dynamiques de la scène culturelle, les palaces brillent depuis le XIXe siècle par leur architecture spectaculaire, leur mobilier de style, les collections de leurs propriétaires ou tout simplement la présence d’artistes eux-mêmes en leurs murs.

Chronique d’Anne SOUTHAM AULAS, directrice de m3 HOSPITALITY

 

L’art et la culture comme éléments démarquants
Dès les années 2000, profitant du tout nouvel accès au marché mondial du tourisme apporté par Booking.com, de nombreux hôtels indépendants des segments 3 et 4 étoiles ont « joué au palace », avec des décors à thèmes ou inspirés par un courant artistique en particulier.

Le pari – affirmer son identité, se démarquer des produits de chaînes  – est in fine réussi. Les hôtels indépendants ont été capables de proposer des univers originaux, des œuvres d’artistes locaux ou encore une approche très décalée de la décoration dans ce qui est devenu un véritable segment de marché, le « boutique hôtel ».

Plutôt réservé à de petits établissements indépendants, le concept « boutique » a ensuite été élargi et exploité par de nouveaux acteurs, désireux de proposer un univers totémique décliné dans tous leurs établissements. Quelques groupes ont exploité le filon à fond et servent aujourd’hui de modèles : 25Hours et son approche « brocante cool amusante », Mama Shelter et son univers signé Starck, Citizen M, Moxy ou encore Okko, pour ne citer que les exemples les plus connus. Communément nommé « lifestyle », ce type d’hôtel cumule en réalité une approche « boutique » avec une utilisation des espaces repensée, beaucoup moins gourmande en m2 : on mange, on travaille, on prend un verre, on se réunit aux mêmes endroits, voici le style de vie proposé, d’où « lifestyle ».

Les artistes prennent la main
Offrir à ses clients une expérience hors des sentiers battus n’est plus réservé à quelques grands architectes. Les artistes ont aujourd’hui une véritable place à prendre dans la décoration d’intérieur hôtelière. Drawing Hotel Paris en est un exemple très réussi, ses espaces ayant été confiés à six artistes confirmés, avec autant d’interprétations différentes de ce que peut ou doit être un lobby, un couloir ou une entrée d’hôtel.
La mode est donc maintenant aux « consortiums » d’artistes, chacun apportant une touche d’originalité au chef d’orchestre qu’est devenu l’architecte d’intérieur, voire l’hôtelier lui-même. Si cette musique à plusieurs voix peut surprendre, elle est résolument innovante et donc susceptible de séduire les clients.

Quelques exemples spectaculaires
Les palaces restent les grands spécialistes de l’alliance culture, art et expérience client. Ils disposent d’une longue expérience dans l’art de surprendre et d’émerveiller, le phénomène étant poussé à son paroxysme par certains groupes ou établissements, acteurs dynamiques de la scène culturelle. Chez 21c Museum Hotels, des installations spectaculaires animent les espaces publics et sont régulièrement renouvelées. Pour The Art Series Hotels, chaque établissement porte le nom de son artiste principal, dont les œuvres sont vendues sur le site. Au Royal Monceau de Paris, un poste de « Art Concierge » a spécialement été créé pour gérer les collections. Enfin, Derby Hotels Collection est devenu le lieu principal d’exposition de la collection de son propriétaire, Jordi Clos. 

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DE LA CONVIVIALITÉ,
avant tout et pour tous !

On dit souvent que la pâtisserie est la haute couture de la cuisine. À juste titre, et peut-être même bien plus encore : la pâtisserie est un art. Et comme tous les arts, elle doit s’exposer ! La rédaction de m3 MAGAZINE a eu le privilège de rencontrer son meilleur ambassadeur en la personne de Dominique Costa, récemment nommé Chef Exécutif Pâtissier pour m3 RESTAURANTS. Un programme visuel et gourmand qui a été riche de surprises et d’enseignements, avec à la direction un Chef-maestro passionné, humble et dynamique, qui puise l’essentiel de sa motivation… Dans le sourire de ses clients !

 

DOMINIQUE COSTA, POUVEZ-VOUS VOUS PRÉSENTER VOTRE PARCOURS ?
J’ai suivi un cursus normal de cuisinier et puis je me suis orienté vers la pâtisserie où j’ai rencontré les belles personnes qui ont façonné mon parcours. J’ai travaillé à l’Intercontinental et puis, au palace Peninsula qui était plus orienté gastronomie étoilée. C’était pour moi un aboutissement, cette étoile, avant de partir vivre mon aventure personnelle. Par la suite, je devais aller ouvrir un établissement à Cannes, puis je suis venu 6 jours ici à Genève, pour aider à l’ouverture du restaurant Home à Meyrin. Au bout de six mois, je suis toujours là car Abdallah Chatila a voulu que je reste !

COMMENT VOUS EST VENU CET ATTRAIT POUR LA PÂTISSERIE ?
Cela s’est fait progressivement car je n’ai pas vraiment eu le déclic tout de suite. Au début, je travaillais dans le secteur de la restauration pour aider financièrement ma maman qui élevait seule cinq enfants. Comme cela m’a plu, je suis resté dedans. Pour la pâtisserie, c’est un peu pareil : je travaillais chez un étoilé Michelin et j’allais souvent aider le chef pâtissier. Un jour, suite au départ du pâtissier, le chef m’a demandé de reprendre le poste et c’est ce que j’ai fait pendant six mois avant d’aller reprendre mes études en pâtisserie. Ensuite, j’ai commencé au Lutecia. Puis s’en est suivie une période d’apprentissage en Polynésie où j’ai expérimenté les fruits exotiques, les épices et en particulier la vanille. À mon retour en France, je suis rentré dans les Relais & Châteaux, et chez Ducasse où j’ai rencontré Christophe Raoux.

QUELLE EST LA PHILOSOPHIE DE m3 RESTAURANTS ?
Le but est de créer des moments de convivialité en famille ou entre amis, avec de la belle cuisine simple et raffinée à la fois, comme on peut en trouver dans de grandes métropoles.
Notre idée est vraiment de dire : « Venez comme vous avez envie ! Venez comme bon vous semble ! ». Car on ne veut pas être dans le snobisme : nous voulons séduire des gens décontractés, afin qu’ils passent un vrai moment de qualité et leur faire découvrir nos pâtisseries. La convivialité est notre mot d’ordre, dans une ambiance familiale. Par ailleurs, et pour moi qui travaille le visuel autant que les saveurs, la devise «  Beau et bon  » résumerait également un autre aspect de notre philosophie. La motivation qui nous anime, c’est de voir entrer les clients avec le sourire et ressortir… avec le sourire ! Discuter avec les clients, parler de belles et de bonnes choses, échanger des recettes : tout cela est enrichissant. Les personnes qui viennent nous rendre visite ne sont pas juste des clients !

QUELS SONT LES PROJETS DE m3 RESTAURANTS ?
Nous travaillons depuis plusieurs mois sur un concept de pâtisseries pour Genève. Notre but est d’amener un nouveau modèle à Genève, quelque chose de nouveau et de 100% Swiss made qui n’existe pas, en adaptant notre offre aux différents quartiers où nous nous implanterons. Nous pensons par exemple à un concept de pâtisseries qui fassent à la fois salons de thé : cela fonctionnera car les Genevois aiment vivre et prendre le temps de s’arrêter pour une boisson chaude et une bonne pâtisserie.
Dans cette optique nous continuons de participer au développement de la gastronomie à Genève. Un autre projet serait de créer de vrais restaurants gastronomiques, mais pour le moment je ne peux pas vous en dire plus !

QUELLES SONT LES PÂTISSERIES, LES INGRÉDIENTS QUE VOUS AIMEZ TRAVAILLER ?
Depuis une dizaine d’années, nous avons « désucré » énormément. Cela ne revient pas seulement à enlever du sucre, mais par exemple à compenser avec des fruits. Pistache-framboise, marmelade de citron, tartelette mangue, entre autres exemples, ont été créés en jouant sur les goûts et le sucre des fruits. Sauf bien sûr quand on est dans le chocolat pur ; sinon il y a des fruits dans tout.
Nous avons même élaboré, avec Abdallah Chatila, une pâtisserie sans gluten, sans lactose, ni sucre raffiné… et je vous assure que c’est délicieux !

 

À PROPOS DE DOMINIQUE COSTA

Dominique Costa est cuisinier de formation : il complète sa formation en desserts sous la direction de Paul Rey, au Kléber à Paris. Plus tard, il intègre le  Lutecia  avant de devenir le chef pâtissier de l’hôtel Mont Royal à La Chapelle-en-Serval pendant une année. Par la suite, il enchaîne avec le Hilton à Bora-Bora, puis le Drugstore Publicis et la Tour Eiffel pendant trois ans.

En 2008, il revient au Lutecia avant de devenir chef pâtissier à l’Hôtel Intercontinental et au Café de la Paix deux ans plus tard. En 2017, il devient le chef pâtissier du palace Peninsula. Tout ça avant d’arriver chez m3 !